‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 216 sur 239 · MICHEL VAN · texte numérisé non relu

MICHEL VAN

MUSSCHER

Les jugements qu'on porte sur Musscher sont très-différents, par cela même que ses œuvres sont trèsdiverses, et, ressemblant à plusieurs autres, ne se ressemblent pas entre elles. Personne n'a eu plus de maitres que Musscher, et personne n’en avait plus besoin, car il était complétement dépourvu de personnalité et d'initiative, Il travailla successivement chez Martin Zaagmorlen, chez Abraham Van Tempel, chez Gabriel Metsu, chez Adrien Van Ostade, et successivement il les imita, tantôt nourri et mordoré comme Ostade, tantôt piquant et délicat comme Metsu, tantôt large comme Van Tempel. Ce n’est pas tout: il peignit encore dans la manière de Jean Steen, et je connais un (ableau de lui où il a cherché les empâtements de Pierre de Hooch, sa peinture corsée el son prestigieux clair-obseur, mais il reste, en comparaison, délayé et mou. Ce tableau est à Londres, dans la galerie de sir Thomas Baring, et, si j'ai bonne mémoire, il représente le peintre Guillaume Van de Velde le jeune, oceupé à peindre une marine sur son chevalet, dans un atelier rempli de dessins et d’esquisses. C'est, je crois, celui qui appartenait à M. Verstolk de Soclen, et qui a été gravé pour le Cataloque raisonné de Smith. Enfin, il existe un autre moreeau de Musscher dans le cabinet de M. le baron de Croze, rue du Cherehe-Midi, à Paris, et ce morceau rappelle en même temps Netscher et Albert Cuyp. On y voit un élégant gentilhomme, — un portrait, — assis près d'une fontaine sculptée, en marbre rouge. Son cheval est tout harnaché dernière lui, et son chien est couché à ses pieds. I est vètu d'une casaque de velours noir, rehaussée de passementerie d'argent el recouvrant une veste richement brodée d'argent et d'or. Un paysage habilement sacrifié fait valoir la tête, qui est chandement colorée et finement peinte dans le goùt de Netscher. Les bottes, le baudrier, l'épée, le linge, les rubans sont étudiés

avec une attention toute hollandaise. Le cheval, la tête busquée, sort des écuries d'Albert Cuyp. Les mains

sont naïves de dessin et grassement rendues. Les ombres sont vraies si on considère le fond comme un

mur d'atelier dissimulé. Le tableau est signé et daté de 1669... De sorte que ce Michel Van Musscher est le caméléon de l’école hollandaise. Il peignit des intérieurs, des paysanneries, des gentilshommes et des

ribauds, des portraits et d'honnêtes collations.

Il était né à Rotterdam en 1645. Après avoir passé par les ateliers des maîtres que nous nommions {out

à l'heure, il se fit peintre de portraits et réussit en ce genre par le talent qu'il avait de saisir le côté le plus aimable de toutes les ressemblances, de flatter ses modèles. Du reste, en imitant Ostade, Metsu, Mieris, Jean Steen et autres, il s'essaya naturellement dans les sujets familiers à ces peintres excellents. Il faut croire qu'il exerça son art, j'allais dire son industrie, à Amsterdam, car Descamps nous dit que M. Witzen, un curieux des plus riches, avait acheté d'avance {ous les morceaux que Musscher pourrait faire et qui ne seraient pas de commande. Or, ce Witzen était d'Amsterdam, où sa famille avait exercé les plus hautes fonctions. Corneille Witzen, le père sans doute de celui dont parle Descamps, était bourgmestre d'Amsterdam : il fut l'ami de Rembrandt et son créancier, et, pour le dire en passant, il avait une singulière idée, ce Witzen, de descendre ainsi de Rembrandt à Musscher! Cela seul est un symptôme de la décadence où fut précipitée la peinture hollandaise dans la seconde moitié du siècle, Quoi qu'il en soit, ce peintre pow tout faire eut aussi l'ambition de composer quelques tableaux d'histoire. Descamps dit qu'ils furent bien payés, et que par conséquent ils n'étaient pas médiocres : la conséquence, il faut l'avouer, n’est pas bien

rigoureuse; mais nous n'en pouvons rien dire

, W'ayant jamais vu de ces Ærstoires. « Les connaisseurs, ajoute le naïf biographe, se réunissent à regarder comme son meilleur ouvrage le tableau de sa famille, où il s’est représenté lui, sa femme et ses enfants. Si l'ordonnance n’est pas des plus savantes, si son dessin n’est pas

une vérité

des plus corrects, surprenante, une grande fraicheur de coloris répare ces défauts. » Le tableau de famille dont il est ici question est sans doute celui que nous avons vu au musée de La Haye. Il en existe un autre du même genre au musée Van der Hoop, et, pour ne pas nous en rapporter uniquement à nos souvenirs, nous le décrirons ainsi d'après M. Bürger (Musées de Hollande, tome I) . « L'homme, debout, tient un verre; la mère est assise avec un enfant sur ses genoux; une petite fille est assise par terre. Beaucoup d'accessoires, tables, tapis, paniers, pots... et un petit épagneul. La peinture a de l'effet et de la vigueur et cherche autant Pieter de Hooch ou Jean Steen que Metsu. »

Ce bon Musscher, qui à aimé tous les genres et qui épousait si volontiers toutes les manières, a peint une autre fois, dans le sentiment de Gaspard Netscher, des enfants qui tressent des guirlandes de fleurs. Ce tableau, qui est au musée de Rotterdam, est signé M. 0. Musscher pinxit, 1690. L'artiste avait alors 45 ans. Il mourut à Amsterdam, quinze ans plus tard, le 10 juin 1705.

Le Louvre ne renferme aucun ouvrage de Michel Van Musée Van DER Hoop — Tableau de famille, quatre

Musscher figures. Ce tableau est sans doute celui qui représente le

Paris. — Cabinet de M. le baron de Croze. Un Cavalier peintre et sa famille, et celui dont parle Descamps.

assis près d'une fontaine, ayant à ses pieds un petit chien couche, et derrière lui son cheval sellé et bride.

Musée pe RorTrenpam. — Des Ænfants jouent avec des O7, f RAC hs quirlandes de fleurs. Signé M. v. Musscher pinæit, 1690. | DC 12 1 US Cher /@66Ca Musée DE La Haye. — Portrait du peintre avec sa | LA

femme et ses enfants. Grandeur demi-nature |

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