‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 23 sur 239 · SAN DNS · texte numérisé non relu

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qui pisse dans son cabinet, vis-à-vis d'un fameux tableau de Gérard Dow dont il est parlé à l'article de ce maitre.

Aux environs de la Haye est un joli bois qui touche presque à la ville par la porte du Nord. Le prince d'Orange y avait un petit palais qu'on appelait la Maison du bois. En 1574, Philippe I avait

été si frappé de la beauté de ce bois, qu'il défendit à ses officiers de le détruire ; et parmi les choses

dont la jouissance ne lui était pas personnelle, c'est la seule peut-être dont ce destructeur fanatique de la race humaine et de sa propre famille ait ordonné la conservation. Louis XIV ayant lu quelque part l'éloge de cet acte de clémence,voulut laisser, Ini aussi, un monument de sa sensibilité, et dans

une invasion qui coûta la vie à dix mille hommes il éparg

ia le Mail d'Utrecht. Le bois de la Haye était une des promenades favorites de Paul Potter. Aussi en a-t-il fait plusieurs fois l'objet de ses tableaux, notamment d'un de ses plus célèbres, qui fut vendu vingt-sept mille livres à la vente du due

de Choiseul. On voit à l'entrée une grande meute de chiens conduits par un valet et disposés pour la

chasse ; à travers les arbres passent des cavaliers et aussi quelques vaches qu'un pâtre mène devant lui. La Vue du bois de la Haye est un véritable paysage, c'est-à-dire que les figures n'y ont pas autant d'importance qu'ailleurs, si on les compare aux grands arbres sous lesquels on les voit passer. On

disait volontiers de Paul Potter que le paysage était sa partie faible, qu

ses fonds étaient monotones,

et les envieux cherchaient à le déprécier par là. Mais ce reproche, adressé à un peintre d'animaux, manquait de justesse. Sans doute Paul Potter n'a pas le feu, l'esprit, l'imagination de Berghem ; il ne sait pas, comme lui, jeter capricieusement des gerbes de lumière sur un paysage accidenté de

ruines héroïques ; mais il est plus naïf, plus vrai, plus hollandais surtout. Élevé dans un pays humide

et plat d'où jamais il ne sortit, Paul Potter n'a pas emprunté du soleil d'Italie le chaud rayon qui

anime souvent les nobles campagnes de Berghem ; il n'a vu que le ciel gris et lourd de la Hollande,

l'horizon des plaines unies qui tendent à perte de vue et dont la ligne est interrompue çà et là

par des pointes de clochers ; et cet horizon bas, ce ciel pâle, il les a reproduits fidèlement, sans y

mettre du sien, sans les tourmenter ou les embellir. Et du reste rien ne iui convenait mieux qu'une

nature ainsi faite. Son ciel terne est un fond tout préparé pour faire valoir les toisons et les robes tachées des animaux, qui occupent le premier rang dans sa composition comme dans son amour. Avec ce tact

‘un maitre qui craint de diviser l'intérêt et comprend la puissance de l'unité, Paul Potter se

garde bien d'ajouter à la valeur du pays:

>; il le tranquillise au contraire, il l'endort dans la brume, et se contente, pour le devant de son tableau, d'un chardon, d'une branche morte et de quelques

fleurs des champs. Chez Berghem le paysage a du mouvement, il brille, il va de pair avec les ani-

maux ; chez Paul Potter, la campagne est secondaire, et le reste de la nature est sacrifié à la grâce

du troupeau.

Ce n'est pas que le soleil soit toujours absent des paysages de Paul Potter, ni que le peintre ait

aunulé complètement ies derniers plans, pour laisser tout le relief désirable à ses principaux person-

nages, les moutons et les bœufs ; seulement il a choisi pour ses tableaux une certaine heure du jour, non pas une heure arbitraire, car Paul Potter n'a jamais rien donné à la fantaisie, mais précisément

l'heure à laquelle le soleil se montre dans son pays. En Hollande, le soleil reste couvert de nuages

presque toute la journée ; il ne se lève pour ainsi dire que vers les quatre heures, et alors il égaye les prairies jusqu'à son coucher. À cette heure du jour, la lumière, venant de l'horizon, rase la Jusq J

campagne, avivant tout ce qu'elle rencontre, détachant les objets par leur ombre allongée et faisant

vibrer les riches couleurs des bêtes. Mais le haut du ciel n'en reste pas moins assoupi et grisàtre, et, à moins qu'il ne s'y Lrouve qnelque nuage qui accroche la lumière, le fond demeure assez tranquille

pour laisser ressortir les premiers plans. Telle est l'heure du jour que Paul Potter a voulu peindre.

Mais de peur que le ciel ne nuise à l'attention que doivent exciter ses animaux, il le peint mollement et tombe parfois dans le cofonneux plutôt que d'enlever la moindre importance à la robe colorée de ses taureaux, à la laine frisée de ses brebis et au poil lustré de ses chèvres bondissantes.

Qui ne sent que Paul Potter devait être un homme aimable et doux? « Quand on le connaissait à fond, dit d'Argenville, on ne pouvait le quitter. » Et cependant ce peintre de la paix des champs ne put obtenir la paix domestique. « Sa femme, qui avait du penchant pour la galanterie, s'était fort accommodée du grand monde qui fréquentait l'atelier de Paul Potter : elle y trouvait des adorateurs. L'artiste, tout occupé de son art, les voyait tranquillement, et elle ne se donnait pas la peine

de sauver les apparences. Un jour, pourtant, l'ayant surprise avec un de ses galants dans les moments

les plus tendres, il s'avisa, à l'exemple de Vulcain, de les entourer tous les deux du réseau qui servait

asser les mouches de son cheval et de les garrotter avec de fortes cordes qu'il avait sans doute jarées. Ensuite, imitant jusqu'au bout le mari de Vénus, il appela tout son monde, et sûr que

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dans le nombre il se trouverait d'autres amants, il leur fit voir les coupables ainsi garrottés, ven-

geant de la sorle et du même coup les outrages de l'infidélité et l'injure de ja trahison. Les galants, furieux, se retirèrent et pour toujours. La maison du peintre devint moins bruyante; sa 7 punie : il lui pardonna.»

femme,

confuse d'un tel châtiment, demanda son pardon. Paul Potter la crut as Toutefois, après un éclat de ce genre, il était malaisé de continuer son séjour dans une ville où de pareilles mésaventures avaient fait naturellement du bruit, comme elles en font partout. C'était Paul Potter quitta la Haye pour retourner à Amsterdam, où il allait retrouver sa famille. Il

en 165 y était, d'ailleurs, sollicité par le bourgmestre Tulp, qui était un de ses tableaux. Aussi la plupart des ouvrages de Potter passèrent-ils dans le cabinet de ce riche amateur.

es amis, et qui enchérissait tous

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