UN COUP DE VENT
Sur Ja fin de sa vie, Bakhuizen fut atteint de la gravelle, et il en supporta les douleurs avec le même in vrai philosophe, il
courage qui lui avait fait braver les périls de la mer pour la mieux peindre. conserva la gaieté de l'esprit au milieu des souffrances du corps. On rapporte de lui un trait singulier. C'est un usage à Amsterdam de présenter un verre de vin à ceux qui sont priés d'assister à un enterrement. Bakhuizen, un peu avant de mourir, était allé chez son marchand de vin goûler du meilleur, et il en avait fait mettre en bouteilles, qu'il scella de son cachet. D'autre part, il avait mis dans une bourse 6 la liste des amis qu'il invitait à son enter-
autant de florins qu'il avait vécu d'années, et ayant dre rement, il les priait, par une disposition testamentaire, de dépenser gaiement l'argent qu'il leur laissait, et de boire son vin d'aussi bon cœur qu'il le leur avait donné. Ces dernières volontés furent
pieusement accomplies le 8 novembre 1709, qui était le lendemain de sa mort.
CHARLES BLANC
Bakhuizen a gravé à l'eau-forte treize pièces, dont Bartsch à donné la description dans le quatrième volume du Peintre graveur et que nous indiquerons ici sommairement.
1-10. — Différentes marines, de six pouces environ de hauteur sur huit de large, qu'on dit être des Vues de l'Y. Sept de ces pièces sont numérotées au milieu du bas,
mais on en à des épreuves avant ces numéros A la tête de ces six estampes, se trouvent ordinaire-
ment 1° Ce titre : Shroom en Zeigerichten, grleckent, engeest door Ludolf. — Bakhuizen, annc 1701. — In Amstrdam. — Met privileg. — Vun de Hoog Mog Hecrèn Staten general. — out T1 Jaar, gravé sur une planche de la même
grandeur q les cstampes. — Un éloge de Louis
Bakhuisen, en vers hollandais, par Jean Van Broekhuizen, imprimé en caractères ordinaires. —
Le portrait de Louis Bakhuizen, à mi-corps, la tête vue de face, le corps dirigé vers la droite. Dans un ovale au bas duquel on lit: L. Bukhuizen, out 71 Jaar. Ce morceau, gravé en manière noire, est, suivant toute apparence, de Jean Gole. Il a lignes de haut sur 5 pouces 5 lignes. Il est
6 pouces accompagné d'un distique latin qui commence ainsi : Æmulu Natwræ Bakhuisia, gravé sur une planche séparée
servant de marge. — Vente Paillière, 10 francs. (La première pièce manquait.) 11. — Un port de mer quis'étend de gauche à droite. On
remarque vers le milieu de l’estampe un rocher surmonté d'une tour ronde, au bas duquel un vaisseau allant à voiles semble se diriger vers le devant, où l'on voit un autre grand vaisseau accompagné de deux chaloupes. Au fond, un troisième bâtiment. — Morceau rare. Il porte 9 pouces sur 14.
12. — Rocher escarpé portant une tour ronde. Sur le devant, à droile, on remarque une femme chargée d'un ranier. Ce morceau n'a que 4 pouces environ sur 6.
14. — Le portrait de Louis Bakhuizen, en buste, vu de face. Il porte une grande perruque. Deux houppes endent entre les deux feuillets de son rabat. Ce portrait, qui a beaucoup de rapport avec celui gravé en manière noire, mais qui est éclairé du côl6 gauche, au lieu de être du côté droit, est gravé à l'eau-forte. Il est extrémement rare. “
LE MUSÉE DU Louvre renferme cinq tableaux de Bakhuizen, dont les plus rémarquables sont : — L'Escadre hollandaise. Ce tableau a toujours passé pour être celui dont es bourgmestr Amsterdam firent présent à Louis XIV; mais il est daté de 1675, et non, comme celui dont parle Houbraken, de 1665. D'autre part, il ne figure pas sur l'inventaire dré par Bailly en 1709, et l'auteur du catalogue, M. Villot en conclut que ce n'est pas le même.— Lu mer, couverte de barques et de vaisseaux.
“arrière d'un de ces ription : « An de Spiegel 1666. Ludolf Bakhuizen. » A l'horizon, la ville d'Ams terdam, dont le nom se lit à gauche, au bas du tableau. — Donné par les héritiers du sc ulpteur Bouchardon.
MUSÉ RDAM. — On y à remarqué, entre autres l'Embarquement du grand pensionnaire Jean de Witt lors: qu'il fut chargé du commandement de la flotte en 166: Oa y voit cet homme illustre suivi de ses gardes el entouré de spectateurs.
bâtiments est sculpté et porte l'in
D'AMSTI
On trouve encore des Marines de Bakhuizen dans les musées de La Haye, De BRüxeLces, de BEerziN, dans la
DE DRESDE, au BELVÉDERE, à Vienne, au Mt DE , dans la GALERIE NArioxaLe DE Lonpres et dans les collections particulières de la reine d'Angleterre, de lord Ellesmere, de feu sir Robert Peel, ete.
NTE LORANGERE, 1745. — Une Marine peinte sur bois, pouces environ sur 8. — 45 livres.
NMDITATIDNS
TE PRINCE DE CoNTi, 1777. — Deux Marines, L'une est agitée, dit le catalogue; on y voit une barque au milieu des flots et une autre qu'on se dispose à mettre au vent, L'antre est un calme : une grande barque est en mer ; sept figures sont au bord. Ces deux tableaux, peints sur bois, portent chacun 12 pouces de haut sur 17. — 1,800 livres.
VENTE Ranpox DE Boisser, 1 — Des vaisseaux et des chaloupes en mer, remplis de figures. — 2,410 livres.
Vente pe MExars, 14782. — Deux Marines faisant pendants. Dans l'une on voit plusieurs bàliments marchands hollandais et des chaloupes ; dans l’autre un vaisseau à trois mâts, un yacht, ef, au fond, la ville de Rotterdam.
VENTE DE CALONNE, 1788. — Une Vue des environs de Scheveling. L'on y voit arriver plusieurs barques de pêcheurs. — 4,004 livres.
VENTE TALLEYRAND-PériGORD, 1817. — Un yacht, à peu de distance du rivage, louvoie sur une mer agitée par un gros vent, en attendant les personnages de distinction qui se disposent à se rendre à son bord; à gauche
sur un
monticule, cinq autres personnages. — Retiré à 10,000 francs.
Vente LerouGe, 4818. — Un tableau capital représen-
tant un point de vue de la ville d'Amsterdam, du côté du exel, par un temps calme. A droite, on voit l'amiral Ruyter prêt à s'embarquer et plusieurs barques remplies de curieux; à gauche, une chaloupe pavoisée portant pavillon amiral. Du même côté, Bakhuizen est à dessiner
celte fête patriotique, — Toile de 40 pouces de haut sur 58 de large. — 21,990 francs.
VENTE DUCH DE Benxt, 1837, — L'Entrée du port d'Amsterdum. 3,200 fr. — Marine par un gros temps. 3,160 francs
VENTE Henis, à BruxeLzes, 4841. — Butavia. Ce tableau
capital représente la vue du port et de la ville de Batavia. L'avant-plan se compose d’une terrasse derrière laquelle on apercoit le canal de la ville; vers la droite, le gouverneur et sa famille dans une voiture attelée de bœufs, etc. 1,505 fr, — Côte de Scheveling. Sur la plage sont rassemblés plusieurs pêcheurs, dont l'un s’entretient avec une femme. Ce tableau est le même qui figure plus haut dans la vente Calonne. 9,200 livres. — Le départ des pécheurs. Plusieurs sont rassemblés sur la plage; u barque s'éloigne, et dans le fond on en voit d'autres qui longent la côte. — 2,960 francs.
VENTE PERREGAUX, 1841. — Mer orageuse. Sous un ciel sombre, un bateau pêcheur suivi d'une chaloupe qui vogue à pleines voiles non loin d'un terrain où se repose un matelot. Quelques navires sillonnent la mer. — 5,500 francs.
VaxTE canDiNaL Fescu, 1845, — Bütiments en rude. Deux navires, dont le plus rapproché a déployé ses voiles. Une barque chargée de passagers aborde le premier : un autre, à voiles tannées, s'en éloigne. Sur un ballot, le monogramme du maitre et la date de 1667. — 4,200 scudi, soit 23,220 francs. — L'Apparcillage. On y voit un vaisseau amiral qui se présente de bâbord et laisse voir sa
poupe richement sculptée et ornée de cariatides, — 1,890 scudi, soit 10,206 francs. — Mer orageuse. Plusieurs vaisseaux voguent sur une mer agitée. Un bateau à voiles tannées cherche un abri; il est précédé d'une chaloupe. 1,060 scudi, soit 5,724 francs. Les tableaux de Bakhuizen sont quelquefois signés en lettres capitales, ou portent seulement les initiales L. BACK. — Ses divers monogrammes cités par Brulliotsont
encore : LB. — J 4. — L. B AK.— L. B AKH.
EUX, IMPRIMERIE
CHARLES HÉRISSEY
\ … CON .) Vocnes jante ES, AA NA
NICOLAS MAAS
tiré des historiens Houbraken et Wevyermann qui n'on
Le comte de Vence, célèbre amateur du dix-septièmt
| siècle, possédait un tableau de Nicolas Maas, qui
représentaitune dame hollandaise faisantdesreproches
| à son jeune mari, tandis qu'une jolie servante écoute
au bas del'escalier cette mercuriale,et paraity prendre
| : Oh :
| quelque intérêt. Mais ce tableau charmant, le seul
ableau de Maas qui fût alors connu en France, n'avait )u tirer son nom de l'obscurité. Ce n'est que vers là
in du siècle dernier que l'on vit à Paris quelques
ouvrages de ce peintre et que l'on commença de ‘apprécier. Toutefois, le biographe Descamps lui avait consacré deux pages dans le second tome de sa Vie
des peintres, publiée en 1755, et le peu qu'il en dit est
parlé de Maas que comme d'un peintre de portraits L { ( l
Nicolas Maas naquit à Dort en 1632. Ses premières leçons lui furent données par un artiste médiocre
qu'il abandonna bientôt pour aller se mettre à Amsterdam sous la conduite de Rembrandt. En homme bien
Maas se garda bien d'imiter servilement son maitre, mais il profita de ses enseignements pour
organisé
se créer une manière à lui, manière qui se distingue par une étonnante vigueur de ton, le relief extraordinaire des figures et le piquant de l'effet. IL se servit de la lumicre fantastique de Rembrandt pour éclairer les épisodes les plus vulgaires de la vie commune. Il mit de la magie à peindre une servante dans
sa cuisine ou une vieille femme en lunettes devant sa Bible. Comme Gérard Dow, il ne prit de Rembrandt
rd Dow avait mis de la fines
que son naturalisme ; mais ‘là où Géré se, il mit, lui, de la force, et l'extrême
fini que son condisciple n'obtenait qu'avec des soins, une adresse et une patience extraordinaires, Maas y
atte
ait sans effort, sculptant toutes les formes, accusant tout d'un pinceau mâle et par un modelé
énergique.
Bien que la peinture de Nicolas Maas ne porte pas les caractères de la facilité, il paraît qu'il poussa si
loin cette qualité qu'il y vit un moyen de faire fortune et ne le négligea point. Comme il avait surtout le
talent de saisir la ressemblance des physionomies, il se fit peintre de portraits et, au lieu de retourner à
Dort, il s'établit à Amsterdam pour y exercer son art et devenir riche. Dans cette ambition, Maas ne se contentait pas de faire saillir ses têtes de la toile, il flattait ses modèles, dit-on, et ce fut la principale
cause de la grande vogue qu'il eut à Amsterdam, presque au sortir de l'atelier de Rembrandt, bien qu'il
rendit lui-même un éclatant hommage à l'immense supériorité de son maître. Sa politesse, d'ailleurs, ses bonnes façons, son esprit naturellement enjoué et rompu au commerce du monde augmentèrent encore sa clientèle de peintre de portraits, et lui valurent une réputation qui se traduisit en florins, car il se faisait payer fort cher. Descamps et beaucoup d'autres après lui ont dit que les tableaux de Maas étaient clairs et
que Sans de grandes ombres il produisait de grands effets. Cela n'est pas fort juste, car les tableaux de Maas
sont d'ordinaire très-vigoureusement ombrés. Siles ombres n'y sont pas étendues par grandes masses comme
chez Rembrandt, elles sont du moins fortement accusées et cernées, et comme les demi-teintes sont tres-sommaires, le passage de la lumière à l'ombre se fait brusquement, et c'est ainsi que le peintre arrive à un si puissant effet, à tant de rondeur, à tant de relier.
Une fois riche et fatigué de toujours peindre les bourgeois et les bourgeoises d'Amsterdam, Maas eut
envie d'aller voir les ouvrages des grands artistes d'Anvers, dont on parlait alors dans toute l'Europe. Initié chez Rembrandt à la haute franc-maçonnerie de l'art, il fut cordialement reçu par les peintres anversois et bientôt reconnu par eux pour un confrère. Comme il rendait visite à Jordaens, il fut introduit dans un salon rempli de peintures, qu'il eut le temps de parcourir en attendant que le maître de la maison arrivat. Jordaens, qui observait son visiteur par le trou de la serrure, s'aperçut qu'il s'attachait au plus beau tableau de la galerie : « Je vois bien, lui dit-il en entrant, que vous êtes un grand connaisseur ou peut-être un
« habile peintre, car les meilleurs morceaux de ma galerie vous ont retenu plus longtemps que les autres.
— Je suis peintre de portraits, lui dit Maas. — En ce cas, reprit Jordaens, je vous plains sincèrement.
Vous êtes donc aussi un de ces martyrs de la peinture qui méritent si bien notre commisération ? » « Et, en elet, dit Campo Weyermanr qui rapporte cette anecdote, Maas avait passé sa vie de peintre à se trouver aux prises avec là vanité humaine, si difficile à manier. »
Maas était vraiment trop modeste quand il disait à Jordaens : « Je suis peintre de portraits. » Non que e portrait doive être considéré comme un genre secondaire dans l'art et qu'il ne présente les plus hautes difficultés de la peinture; mais, dans la pensée de Maas, cette parole adressée à un artiste de la taille de Jordaens était prononcée dans le sens de la modestie. Pour la postérité des amateurs, Maas est resté un peintre de scènes familières comme Pierre de Hooch. Moins varié que lui dans ses procédés, moins
Les tableaux de
souple, mais non moins robuste, Maas a égalé ce maitre dans la puissance de ses effets. ui que nous avons vus à Londres, dans la Galerie nationale, sont merveilleux : la trivialité du sujet y est
eur et d'esprit. Vous voyez, je suppose, en
relevée par le charme d'une exécution surprenante de
assant dans une cuisine, une vieille femme qui ratisse des navets, ayant auprès d'elle quelques ustensiles
de ménage. un seau, un ronet.….. Si c'est dans un tableau de Maas que cet humble intérieur vous est
apparu, il vous sera impossible de n'y pas arrêter longtemps vos regards et de l'oublier. La peinture de
NICOLAS MAAS (1632). 3 Nicolas Maas est de celles qui s'incrustent dans le souvenir. La lumière y éclate, la toile s'enfonce, l'objet saillit, l'œil en fait le tour, et si les figures étaient de grandeur naturelle, on irait à leur rencontre, tant
l'illusion est puissante, tant le ton est solide, tant les formes sont sculptées en relief et palpables.
Dans ses petites scènes familières, Maas n'est pas toujours insigniliant on vulgaire par le choix du sujet. Souvent, le plus souvent même, sa composition est ingénieuse, spirituelle, piquante. D'abord, elle est placée
dans l'endroit le plus pittoresque du logis; le peintre se met volontiers à une place d'où il peut voir à la