GROS TEMPS
Cependant le titre que l'artiste hollandais avait reçu du roi Charles IT et la pension qui lui était assurée le forçaient de temps à autre à peindre des tableaux officiels, des flottes rangées non plus pour le plaisir des yeux, mais selon les hiérarchies de l'ordonnance; des vaisseaux qui, pour se conformer à la vérité historique, devaient avoir telle fonction, être représentés dans tel ou tel moment. On voyait eton voit encore plusieurs de ces tableaux au palais de Hamptoncourt. Horace Walpole nous apprend qu'au palais de Buckingham se trouvait la Bataille de Solebay, que Van de Velde le père avait peinte d'après nature où pour mieux dire ad vivum, ayant installé son chevalet dans un bâtiment léger, par ordre du due d'York ?. Weisbrod, le capitaine Baillie et
beaucoup de gravures anglaises nous ont conservé quelques-unes de ces compositions, tant du père que du fils,
! C'est le sujet d'un des plus piquants tableaux de Guillaume Van de Velde. ? .… Several are at Hamptoncourt and at Huichinbroock. AL Buckingham house was a wiew of Solebay-fight with a long inscription. (Van de Velde, by the order of the duke of York, attended the engagement in à smal vessel.) Anecdotes of Painting.
compositions si peu faites d'ailleurs pour mettre en lumière le génie du peintre. Un jour Van de Velde peignit la jonction des deux flottes anglaise et française, à l'endroit où le roi Charles IT vint les voir, et où il était lui-même représentémontant à bord de son yacht. Lemêème Horace Walpole rapporte 'que «deux commissaires de l'amirauté convinrent de demander au roi la permission de couper en deux le tableau et d'en prendre chaçun leur part. Le peintre, en présence duquel se concluait ce spirituel traité, s'empressa d'emporter sa peinture et la tint cachée jusqu'à la mort du roi Charles. À cette époque, il l'offrit an marchand d'estampes Bullfineh de qui M. Vertue tient l'histoire), pour quarante livres sterling. Bullfinch prit le temps d'y penser ; mais étant revenu chez le peintre pour terminer l'affaire, il trouva le tableau vendu pour cent trente guinées. Ce tableau passa plus tard entre les mains de M. Stone, marchand retiré, dans le comté d'Oxford. » WEISBROD,
Les célèbres ventes des cabinets de Choiseul, de Neyman et de Poullain firent connaitre au dix-huitième siècle le nom de Weisbrod, et ce nom ne saurait être oublié parmi ceux des graveurs qui.méritent d'être encadrés dans l'Histoire des Peintres. Charles Weisbrod, dessinateur et graveur à l’eau-forte, né à Hambourg en 1754, vint fort jeune à Paris pour }
apprendre la gravure, qu'il pratiquait déjà, mais pour se perfectionner dans cet art sous la conduite de Jean-Georges Wille,
à le rendre
qui était alors le maitre par excellence. Le talent de ce jeune homme consistait à saisir l'esprit d'un tableau, e vivement dans une rapide eau-forte. Il était donc tout à fait propre à exécuter ces estampes libres et hâtives qui sont destinées à faire valoir l'original, qu'elles n’ont cependant pas la prétention de traduire. Weisbrod se plaisait à ces sortes
d'ébauches et y excellail, Dans la suite de gravures qui composent le cabinet Choiseul, les siennes et celles de Dunker
sont en ce genre les meilleures, et de beaucoup. Il grava, par exemple, les deux paysages dessinés par Adrien Van de Velde, Scènes de Bergerie, comme on disait alors, et il le fit d'une pointe spirituelle, fine, trop fine peut-être. Ruysdael, Karel Dujardin, Pynaker, Weirotter, tous les paysagistes, tous les maitres surtout qui ont senti le pittoresque, illes rendait avec beaucoup de bonheur ; on peut lui reprocher pourtant de n'avoir pas suffisamment grossi les {ravaux du devant, de
manière à bien distinguer les divers plans de la composition.
Plus précis que Saint-Non, Weisbrod donne moins aux hasards du grignotis ; sa pointe reconnail et sent la forme des
objets sur lesquels on la voit courir. Ses tailles rompues, courtes et tremblées en apparence, mais dirigées par une main
savante etsûre, expriment à merveille les murailles dégradées, les pierres disjointes et couvertes de mousse, les plantes grimpantes et en général la capricieuse végétation des ruines. On en peut citer pour preuve sa jolie planche d'après
Alex. Kierings, qui se trouve dans le catalogue des dessins de Neyman, imprimé en 1766.
Ces légères improvisations de Weisbrod conviennent aussi à reproduire l'aspect des sites agrestes, des campagnes
accidentées; elles s'adaptent aux collines crayeuses d'un Huysmans et à ses terrains écorchés, aux broussailles d'un
Waterloo, aux troncs inégaux et tourmentés d’un vieux chène de Ruysdael, interrompu par des touffes de feuillages, aux larges plantes qui tapissent toujours les premiers plans d'un paysage de Pynaker, et enfin à ces tertres sablonneux, mêlés de cailloux et de graminées, que Wynants et après lui Adrien Van de Velde peignaient avec tant d'amour et de grâce. Weisbrod a bien soin alors de ménager du noir au blanc, des transitions de points imperceptibles, pour rendre ces passages adoucis que forment dans la nature les pousses de l'herbe au milieu des terrains sablonneux.
Én général, le défaut de Weisbrod est de n'avoir point mis assez de variété dans les grosseurs de la taille..Il est à
rémarquer aussi que ses masses d'arbres ressemblent quelquefois à. des décorations de théâtre qui s'enlèvent sur le ciel en
silhouette plate : je veux dire qu” Ssirerait autant de relief dans les milieux qu'il y a de précision et de finesse dans
les contours. Weisbrod a aussi > pelites planches d’après Paul Potter, et il n'y à jamais manqué la physionomie
des bêtes, la véritable et profonde expression de l'original. Retiré à Hambourg vers l’année 1780, si l’on en juge par la date de ses estampes, Weisbrod y grava des paysages de sa
composition; toutefois il ne put se défendre d'imiter les maitres qu'il avait traduits. Il arrangéa des ruines dans le goût
de Breenberg, des pastorales dans la manière de Berghem ; mais on peut dire au sujet de ses inventions ce qu'en disaient
stampe ; Daudet,
Hubert et Rost, qu'il avait fait espérer davantage de ses talents. Weisbrod ne sut jamais lerminer une
Dequevauvilliers et le célèbre Lebas achevèrent au burin plusieurs de ses eaux-forles, notamment la Fuite en Eyypte
d'après Téniers, des paysages d'après Ruysdael et Pynaker, et deux Vues des environs de Meinen, de sa propre composition Weisbrod mourut sans doute à Hambourg vers la fin du dix-huitième siècle. On peut dire de lui qu'il n'eut de son talent que la fleur. Cu. BL.
i «.… Two commissioners of the Admiralty agreed to beg it of the king, to cul it in {wo, and each to take à part. The painter, in whose presence they concluded this wise treaty, took away the picture and coucealed it, till the king's death when he offered it to Bullfinchthe printseller (from whom Vertue had the story) for fourscore pounds. Bullfinch took time to consider, and relurning to the purchase, found the picture sold for 130 guineas. Afterwards it was in possession of
M. Stone a merchant relired into Oxfordshire. » Anecdotes of Painting. ubi supra.
Guillaume Van de Velde mourut à Londres en 1707, comme le constate l'inscription suivante : Gulielmus Van de Velde junior, Navium et prospectuum marinarum pictor, Et ob singularem in illà arte peritiam
A Carolo el Jucobo secundo magnæ Britanniæ regibus
Annud mercede donatus Obiit 6 april. A. D. 1707,
Ælalis suæ T4.