‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 70 sur 239 · Y!ÉR3S DANS SON ATELIER · texte numérisé non relu

Y!ÉR3S DANS SON ATELIER

tandis queceux quis’occupen{sanseesse de pelits objets ne peuventque difficilement passerensuiteaux grandes exécutions. Miéris, ce peintre si justement célèbre par ses pemntures en petit, a perdu toute l'estime que lui

accordait le grand-due de Toscane, son Mécène, pour avoir voulu peindre des portraits de grandeur naturelle elil en est de même de plusieurs autres". » On peut en croire ici Gérard de Lairesse, non-seulement parce que c'est un esprit distingué, qui n'avance rien légèrement; mais aussi parce qu'il élail lié avec François Miéris. Celui-ci en effet l'avait chargé de l'éducation d’un de ses fils, Jean Miéris qui, plus tard, alla exercer la peinture en Italie où il mourut. Mais par une heureuse contradiction de sa nature, François que l'exemple de Jean Steen avait entrainé, comme on le verra, dans les écarts de l'ivrognerie, détestait chez les autres le vice dont il n'avait pu lui-même se défendre. Or, Gérard de Lairesse, si grave et si contenu dans ses livres, était fort relâché dans ses mœurs ; c'est pour cela que Francois Miéris relira son fils Jean de l'atelier de ce maitre, craignant de lui voir contracter des habitudes de débauche.

C'est un fait assez rare dans la vie des peintres que ce contraste entre le caractère de leurs ouvrages el les allures de leur vie privée. Miéris qui employait tout son talent à poursuivre la beauté, à peindre le luxe intérieur de la bourgeoisie la plus riche et la mieux réglée de l'univers, fut lui-même, puisqu'il faut le dire, un ivrogne. Il s'était lié d'une étroite amilié avee un peintre de Leyde, le fameux Jean Steen, philosophe amusant et buveur de profession. Les propos de Jean Steen, son humeur joviale, les saillies continuelles de son esprit tourné à la plaisanterie, el sa manière de vivre sans souci du lendemain, tout cela avait séduit Miéris, qui en élait venu à ne pouvoir se passer de la compagnie de son ami. Jean Steen s'étant fait cabaretier, François Miéris devint une des meilleures pratiques du cabaret, après le cabarelier lui-même.

Souvent nos deux peintres passèrent les nuits entières à boire et à rire avec Jean Lievens, Ary de Voys el

quelques autres. Lorsque Jean Stcen, ruiné, fut contraint d'ôter son enseigne e{ de fermer son bouchon, Miéris l'accompagna encore dans les cabarets de ses anciens confrères, et, versant toujours à boire à ce eintre toujours alléré, il s'oubliait à l'écouter fort avant dans Ja nuit.

Houbraken raconte qu'une de ces parties nocturnes pensa coûter la vie à Miéris. Un soir, dit-il, que nos deux amis s'élaient séparés fort tard, Miéris, obligé de traverser un pont, tomba dans un cloaque. Il allait y

érir, car il élait pris de vin et quel secours espérer à une heure aussi indue? Par un heureux hasard, il y

avail dans le voisinage un savetier qui, n'ayant pas encore quitté son ouvrage, s'amusait à chanter en ravaillant, Sa femme qui lui tenait compagnie entendit du bruit. Elle fit taire son mari et, prélant l'oreille, elle erut ouir des cris plaintifs. Nos bonnes gens prirent leur lampe, accoururent, et trouvèrent, enfoncé dans

un tas de boue, un homme dont F'habit était garni de boutons d'or. Is s'empressèrent de le retirer du cloaque,

e reconduisirent chez eux, leréchauffèrent et le mirent enfin en état de regagner sa demeure. Miéris revenu à lui, et tout honteux d'une telle aventure, se garda bien de faire connaître son nom et la cause de sa chute.

Cependant Miéris, en homme de cœur, résolut de reconnaitre le service qu'ilavait recu de ces braves gens, el en vrai peintre, il songea d'abord à s'acquitter au moyen d'une peinture. Il se mit donc à l'œuvre et composa tout exprès un petit tableau (dont Fhistorien ne nous dit pas le sujet), mais qu'il ne termina qu'au bout de deux années, parce qu'il y travaillait seulement à ses heures de loisir. Quandil y eut mis la dernière main, ils’'en alla un soir chez le savetier, ayant caché sa toile sous son manteau. Il ne trouva que la femme de l'artisan, lia

conversation avec elle et lui ayant adre

é plusieurs questions relatives à l'aventure, il s'assura qu'elle ne connaissait pas encore le nom de celui qu'elle avait secouru. Découvrant alors le tableau qu'il avait apporté, 1l

l'offrit gracieusement à sa bienfaitrice : « Tenez, dit-il, conservez ceci comme un gage de la reconnaissance

de l'inconnu que vous avez tiré d'un si mauvais pas. Si cependant, il vous convenait mieux d'avoir de

l'argent, vous n'aurez qu'à porter ce tableau chez M. Praats.. » Après quoi il disparut, sans dire son nom. La femme du savetier fit voir le tableau à plusieurs de ses voisins qui lui affirmèrent que c'était un morceau de prix. Piquée dans sa curiosité, elle porta le cadeau de Miéris chez M. Jacob Vandermaas, bourgmestre,

demeurant sur le Hoys

aft, chez qui elle avait servi autrefois. Celui-ci reconnut au premier coup d'œil que

le tableau était de la main de François Miéris, et surpris de voir un tel bijou en la possession de son ancienne

? Le Grand Livre des Peintres ou l'Art de la Peinture, considéré dans toutes ses parties et démontré par principes, par Gérard de Lairesse

servan(e, il se fit expliquer toute l'histoire, et apprécia le tableau cent ducatons. « Je les donnerais moi-même, ajouta-t-il, mais auparavant, allez chez tel ou tel amateur, qu'il lui nomma, et demandez-en huit cents

florins : vous les aurez. » Elle les eut en effet,

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