‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 75 sur 239 · LA TRICOTEUSE · texte numérisé non relu

LA TRICOTEUSE

costume que portaient alors les régiments espagnols, envoyés dans les Pays-Bas pour réprimer l'insurrection de ces contrées. Quel beau costume, en effet ! Si la tête n'élait pas ici remplie de vie, de beauté de l’art ?, Il se trouve au surplus, par un hasard des plus heureux, que la paix gravée et niellée par Finiguerra, pour l’église

1 On peut voir l'histoire de cette découverte de l'abbé Zani dans l'ouvrage qu'il publia à Parme en 1802, sous le titre : Maferiali per servire alla storia dell” incisione in rame e in legno.

et d'intelligence, on croirait vraiment que ce Trompette n'est que le prétexte d'un élégant uniforme. Un justaucorps violet couvert d'un harnais et garni de manches jaunes, un bonnet de Mezzetin de la même

de Saint-Jean-Baptiste à Florence, existe encore dans cette église, de même que le registre sur lequel fut inscrit le paiement fait à l'artiste en 1459, et qui fixe désormais une date que l’on avait cherchée aux environs de 1460. Il existe également, outre cette épreuve sur papier, peut-être unique, du Cabinet des Estampes, deux épreuves en soufre qui ont appartenu aux illustres

amateurs Serrati et Durazzo, de sorte qu'il ne manque aucune pièce à l'information de ce curieux procès, irrévocablement vidé

aujourd’hui !. Maintenant, que l'honneur de cette belle invention appartienne simultanément aux Allemands et aux Italiens, où aux uns plutôt qu'aux autres, qu'il puisse même être revendiqué par les Hollandais, aussi bien que la découverte de

l'imprimerie par Laurent Coster de Harlem, ce sont là des discussions que nous laisserons aux purs érudits, parce qu'il est

probable qu’elles intéresseraient fort peu nos lecteurs.

A peine échappée du laboratoire de son inventeur, la vure se répandit aisément par cette force d'expansion qui lui est

propre; mais les progrès de l'art ne furent pas rapides. La paix de Finiguerra était remarquable par la beauté de l'exécution,

la finesse du burin et l'expression des figures, qui s’y trouvent au nombre de quarante-deux, symétriquement groupées, suivant

l'usage du temps, et représentant l’assomption de la Vierge. Mais Baldini et Sandro Botticello, qui eurent les premières

confidences de Finiguerra, ne le suivirent que de loin. Dessinées par Botticello, gravées par Baldini, les planches que produisit

la collaboration de ces deux artistes, et dont quelques-unes se rapportent à des sujets tirés de la Divine Comédie du Dante,

portent tous les caractères de l’inexpérience et de la naïveté. Toutefois, presque en mème temps que l'Italie inventait la

gravure, le peintre et orfèvre, Martin Schoen, natif de Culmbach, que nous appelons le beau Martin (Schoen en allemand veut

dire beau) mettait au jour, dès 1460, des morceaux admirables par la délicatesse du travail, la fermeté, la netteté du burin, si admirables mème qu'on a dû supposer que les œuvres d'un tel artiste n'étaient pas les premières productions du burin en

Allemagne, et que leur beauté même a été un argument qu'on a fait valoir pour prouver l’antériorité des Allemands dans

l'invention de la

ravure.,

La seconde moitié du quinzième siècle vit paraître des graveurs auxquels il ne manqua pour être sublimes qu’un art plus avancé et des moyens mieux connus. On comprend que nous voulons parler ici, non seulement de Pollajuolo, qui pressentit la

yon, mais encore et surtout d'André Montegna

gravure historique dans ces grandes planches où il imitait les jeux faciles du cr

qui, avec des procédés encore rudimentaires, fit renaître le style grec dans des estampes que ce parfum de l'antique rend à jamais précieuses. La vérité est cependant que le bel âge de la gravure ne commence réellement qu'avec le seizième siècle au

—Antoine. Ces illustres graveurs, dont le premier ne fut rien moins

moment où brillent Albert Durer, Lucas de Leyde et Ma qu'un grand homme, inaugurèrent à nouveau la gravure, et nous pouvons dire qu'ils en firent, par leurs chefs-d’œuvre, un grand art, sans mème tenir compte du mérite qu'ils eurent tous les trois de graver leurs propres inventions, ce qui arriva

souvent aussi à Marc-Antoine. Si nous considérons, par exemple, l'estampe de saint Jérôme, il faut reconnaitre qu’Albert

des travaux et la précision du burin. Que d'originalité, que

Durer y a poussé déjà presque à ses limites dernières et la varié

e finesse, que d'harmonie dans cette estampe qui a plus de trois siècles! Une lumière vive entre par deux croisées à vitraux dans

la chambre de l’anachorète et dessine l'ombre tremblante des châssis sur les embrasures. Le saint, dont la tête est d’un grand caractère, assis devant son pupitre, paraît plongé dans l'étude des Écritures. Il entre une foule d'objets dans La composition de

tte estampe, et, pour la première fois peut-être, chacun de ces objets conserve la physionomie qui lui est propre. Un plancher

de sapin est rendu avec une vérité surprenante. Un lion et un renard, couchés sur le premier lan, sont traités avec des

travaux qui expriment très bien le poil fin du renard, le rude pelage du lion; les tailles sont surtout fines et serr sans maigreur, et toujours établies dans le sens qu'indiquent la perspective, la forme, la nature des choses; enfin le cuivre est

coupé nettement, avec une élégance et une propreté qui enchantent l'œil. Et combien d’autres ouvrages de ce grand maître ne

d'admirer le plus, du génie fantastique et sombre qui a présidé à la composition, ou du

devrait-on pas citer où l'on ne sait q

sentiment exquis qui a dirigé la main de l'artiste : les Armoiries à la tête de mort ; le Cavalier et la Dame ; la Mélancolie, où, sans parler du sublime de la pensée, il a exprimé avec tant de bonheur des substances si variées, le poli des métaux, la légèreté

des plumes, la dureté de la pierre, le poil d’un chien qui dort; l'Enfant prodigue, si remarquable par le rendu des pourceaux

ui mangent à l’auge ; les Armoiries à la téte de coq, qui sont peut-être, comme exécution, le dernier mot de l'art ; le Satyre où

il a montré un si beau sentiment du paysage, et le saint Hubert, enfin, et le Cheval de la mort, qui réunissent toutes ces beautés

ifférentes, et dont les épreuves, déjà si rares, seront bientôt sans prix !

Il manquait à Durer, considéré seulement comme graveur, l'observation de la perspective aérienne. Ce fut son contemporain

et son émule, Lucas de Leyde, qui le premier en appliqua les principes. Dès l'âge de quinze ans, il gravait, soit au burin, soit

L'Essai sur les nielles, par M. Duchesne aîné,

rale d'une collection d’estampes, par de Hein de la gravure, par M. Émeric David, et un opuscule tout récent de M. Vallet de Viriville,

1 Nos lecteurs pourront consulter à ce sujet l'Idée gét

conservateur du Cabinet des Estampes, l'éloquente Histoire goût de l'érudition peut trouver amplement à se satisfaire, el aussi le goût de l'art. Enfin, nous

l'Iconog renverrons les amateurs au beau travail que vient de publier M. Henri Delaborde, dans la Revue des Deur-Mondes.

hie historique de la France, ouvr

couleur que le justaucorps, un haut-de-chausses vert avec un baudrier à franges d'or et une épée dont la poignée étincelle : tel est cet uniforme. Et soit qu'il se place dans un corps de garde, soit qu'il se montre à côté de son chevalet, Miéris est toujours au sein du luxe. Tous les objets qui composent le savant dé-

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