LES QUATRE MOUTONS
des contrastes fiers et ressentis, une brusque opposition de clairs vifs et de fortes ombres, un effet rude et violent, convenable au sujet représenté comme à l'impression prévue.
Hätons-nous, cependant, de revenir aux pastorales du maitre, à ses paysages où il verse des rayons si doux. C’est là qu'on le retrouve toul entier avec son talent, son caractère et son esprit. Sous le rapport de l'humeur, Karel Dujardin ressemble beaucoup à Berghem. C'est un arliste bienveillant et gai qui voit les choses quelquefois sous leur aspect comique et ordinairement par le côté le plus aimable. Je ne connais rien de plus attachant que son Bocage, une «
es merveilles du Louvre. Quel heureux mystère dans ce bocage ! on y respire le bonheur des cham
JS; On y est gagné par le goût
de la paix rustique; sur le devant coule, sans bruit, une rivière que des fermiers traversent avee un
petit troupeau de bœufs, d'ânes et de moutons. La fermière est montée sur une charrette attelée d’un cheval blanc. Un paysan, prenant dans ses bras une jeune fille, va lui faire passer le gué. La familiarité des figures forme ici un contraste charmant avec la solennité des arbres de la forêt qui sert de fond. On n'entend au débouché de cette forêt silencieuse que le braiement de l’âne et le mugissement du taureau. Il y a ainsi dans ce paysage, admirablement conservé comme ceux de Kareli', un mélange du sentiment champêtre avec une certaine noblesse de style, et, pour être traversés par des villageois avec leurs chariots et leurs bêtes, ces grands bois ne perdent rien de leur
majesté ni du mystère imposant de leurs ombrages.