LES MULETS
exploitation dura peu. Karel tomba malade et mourut à Venise en 1678. Jean Glauber assurait que son confrère était mort pour avoir mangé avec excès, à la suite d'une maladie dont il était à peine "établi. Un amateur hollandais, Gabriel Van der Leuw ou de Lione, qui se trouvait alors à Venise,
ébénistes appellent sergent. Si le panneau a voilé, il faut le mettre en presse à l'humidité et le fixer par un parquet. Si le bois est vermoulu, il faut procéder à l'opération qu'on appelle enlevage et que nous aurons occasion de décrire. Si la peinture est sur toile, et que la toile soit crevée, trouée el déchirée, on emploie un moyen fort simple pour
prit soin de faire enterrer Dujardin, et, quoiqu'il fût mort protestant, on ne laissa pas de revêtir son corps d'un habit de capucin, suivant l'usage du pays, et il fut inhumé avec les cérémonies de l'Église romaine. C'est l'historien Houbraken qui raconte ces détails comme les tenant de Jean Glauber, son ami.
En dépit de sa prosaïque mort, le pauvre Karel Dujardin était un poète, un vrai poète. L'homme qui eut un sentiment si vif des beautés agrestes, l'homme qui peignit le tableau à jamais admirable de la Fileuse, l'homme qui, pour ravir tant de générations d'amateurs, n'eut besoin que de grouper dans une campagne presque nue une pauvre bergère, un taureau se frottant contre un arbre, un pelit âne couché, deux moutons et une chèvre qui prête l'oreille aux propos de sa maitresse, tandis qu'un enfant reçoit l'aumône d'un voyageur à cheval..…., celui-là, dis-je, ne saurait être mis au second
rang des peintres. L'on peut dire même qu'aucune époque ne fut aussi favorable que la nôtre à l'appréciation de ces mailres qui eurent, il y a deux cents ans, ce même sentiment de la nature qui n'a paru qu'au dix-neuvième siècle dans l'œuvre de nos peintres et dans les vers de nos poètes.
Le]
A une ironie lé
à sa gaieté, à son esprit on reconnait Karel Dujardin, mais surtout à l'émotion qu'il éprouve et qu'il nous fait éprouver en présence des beautés rustiques, et à
‘heureuse clarté de sa lumière. Il a plus de finesse que Bamboche, plus de naturel que Berghem, avec un génie moins abondant : il ressemble parfois à Van de Velde pour le sentiment; mais il n'a pas la profondeur de Paul Potter, ni sa mélan(
ie. Mème lorsqu'il a peint ou gravé des chevaux morts, ses voiries n'ont pas l'aspect sinistre que produisent dans un sujet pareil les sublimes eaux-fortes de Paul Potter.
Mais, comme graveur, il n'est pas inférieur à ce maitre. Il n’est guère possible, en effet, de pousser
lus loin la science du modelé, l'intelligence des moindres détails de la vie, des moindres indices de o
a mort. De même que, dans ses peintures, il sait juste où il faut porter les touches du pinceau, de même, dans ses estampes, il sait à merveille où doivent se donner de préférence les accents de la iointe ou les morsures redoublées de l'eau-forte. En quelques traits, il indique la charpente osseuse de l'animal, accuse les jointures et y insiste à propos, se bornant pour tout le reste à un modelé
sommaire. Gà et là pourtant quelques menus détails le séduisent. Il revient alors à les reconnaitre du
out de sa pointe : ce sera, par exemple, le reste du licou rompu de la bête, le dernier clou de son er usé, l'excroissance que n'a pas encore brûlée le maréchal.
Plus délicate que celle de Pierre de Laër, la pointe de Kardel Dujardin en a du reste tout le ragoût, tout le pittoresque. Il se complait à faire sentir, quand il en est besoin, par la différence des travaux,
a laine crottée des brebis, les toisons nouées et mèlées, la soie des cochons paresseusement vautrés dans le fumier de la basse-cour, tandis que d'autres compagnons de saint Antoine barbotent en grognant dans l'auge et salissent leur groin avec délices. On croit mème reconnaitre des personnages humains dans ces muscaux qu'allonge la luxure et qu'attendrit la paresse. C'est dans les détails surtout que se trahit, chez Dujardin, la grâce du sentiment, l'esprit ou plutôt le naturel de l'observation.
« Il est remarquable, dit Adam Bartsch', que, parmi les cinquante estampes de cet excellent artiste
Karel Duiardin) qui ont été gravées entre les années 1652 et 1660, les pièces marquées de la
première de ces dates é
alent parfaitement celles qui furent faites plus tard, non seulement pour la
beauté du dess
n, mais aussi pour la lé
reté de la pointe, et l'on est étonné d'apprendre par ces
mêmes estampes à quel degré de perfection Dujardin était parvenu à l'âge de dix-sept ans. Les
Cochons, les Chevaux, la vache dans l'estampe du Berger derrière l'arbre ; âne dans celle de la Paysanne,
rejoindre les déchirures ou boucher le trou. On plonge dans la cire fondue la pièce de canevas qui doit {oucher le trou et en maintenir les bords ; on l'applique toute chaude et toute liquide derrière la place déchirée, qu'on aura ainsi imbibée de cire fondue, après avoir bien remis en position les bords du trou. La pièce se refroidit et se durcit assez promptement ; c'est pourquoi on l'aplatit avec une spatule, de manière qu’elle adhère et que le dehors du tableau soit plan et uni. Quand
tout est bien aplati, et que l’e lent de la cire est enlevé, on mastique avec du blanc mêlé d'empois. Ce mastic adhère sur la cire, à laquelle la peinture à l'huile s'attacherait mal. On colore ensuite par lavis ce blanc selon le ton des alentours, el où repeint. Il va sans dire que ce n'est pas l'amateur qui, celte fois, se charge lui-même de ces restaurations. (Cu. BL.)
1 Le peintre graveur, t. Ier, pages 161 et 162.
et les Deux Mulets, sont autant de preuves de l'étude que Dujardin avait faite de ces animaux. Formes, attitudes, mouvement, tout les caractérise avec une vérité frappante. Ses moutons et ses chèvres décèlent le même génie, et ce n'est que la critique la plus sévère qui puisse trouver, dans quelques-uns de ces derniers animaux, un peu de manière. Du reste, les eaux-fortes de cet artiste méritent, sans contredit, un des premiers rangs parmi les plus belles estampes qui aient été produites par
dans ses paysag il ne l'a guère été dans ses sujets d'animaux,
des peintres. Et s'il a été surpassé où l'expression et la vérité des caractères, et la conduite d'une pointe fine et spirituelle, sont
également admirables. »