s. August.f De coHseusii Evangeliorurn , LI
transcrire, en quelque sorte, Topinion des païens, des Juifs, et de plusieurs chrétiens de son temps, lorsqu'il alléguait que les prodiges accomplis parle Christ étaient le fait d'opérations magiques ; et ne se fondait-il pas, d'autre part, sur quelque document écrit quand il ajoutait que c'était pendant un séjour prolongé en Egypte, qu'il s'était initié aux arts occultes ? La vie du Christ dans nos Écritures canoniques ne comprend au plus que ses deux ou trois dernières années. Son enfance est en général la matière des Évangiles apocryphes, dont la rédaction fut postérieure, mais entre l'enfance et Fâge mur, dans cette obscure période qui s'étend jusqu'au moment où les évangélistes l'introduisent dans la pleine lumière de l'histoire, il y avait un grand vide. L'imagination des amis ^ et des ennemis put s'exercer à le remplir. Nous supposons que parmi ces derniers, on raconta que Jésus en Egypte avait vécu en aventurier, gagnant sa vie comme il le pouvait^, et s'apprêtant à son rôle futur, à l'école des thaumaturges et des magiciens du pays. On lit en effet dans le Talmud : « Josua ben Perachja et Jésus se rendirent ensemble à Alexandrie d'Egypte. A partir de ce moment, Jésus exerça la magie, et induisit les Israélites dans les voies les plus fâcheuses ^ »
1. Il est remarquable déjà que TÉvaogile apocryphe dit Evangile de r Enfance, remplit le voyage d'Egypte d'une foule de miracles que la mère de Jésus opère à l'aide des couches de Tenfant ou de Teau qui a servi à le laver. — Ch. 10 et suiv.
2. Celse ne pouvait-il pas combiner, du reste, le passage évangèlique où Jésus dit qu'il n'a pas où reposer sa tôte (Matth., Tiii, 21) et le passage où saint Paul marque, allégoriquement il est vrai, que le Christ fut pauvre et mendia : èirTcûx^uoE? — 11, Corinth., viii, 9.
Cf. S. Justin, Dial. c. Tryph,, 88, 103.
3. Strauss fait remarquer que c'est un anachronisme considérable, vu que ce Josua ben Perachja a vécu un siècle auparavant; mais il
C'est également de traditions juives hostiles que Celse a tiré certainement ce qu'il fait dire à son Juif <( que la mère de Jésus fut chassée par le charpentier son mari, ayant été convaincue d'avoir commis adultère avec un soldat nommé Pantère *. » C'est un blasphème juif que le Talmud a recueilli, et que Celse a ramassé, sinon dans le livre même, au moins dans la bouche de quelque juif fanatique. « Ceux qui ont fabriqué ces fables, [/.uôoTrctViaav'usç, ditOrigène, ont été bien aveuglés^. » Nous remarquons qu'Origèn'e ne prête pas cette invention à la malignité de Celse. Ce dernier se prévaut de n'avoir rien tiré dans sa critique que de ceux qu'il combat. Il écrit qu'il ne dit pas tout ce qu'il sait contre les chrétiens et le fondateur de le\ir secte et ne veut invoquer que leurs écrits ^. » Mais de ces deux traits, le premier n'est sans doute qu'une sorte de prétention oratoire, et le second doit être pris dans le sens large d'écrits juifs et chrétiens, les adversaires de Celse ne formant qu'une seule famille qui s'était divisée. Le dialogue de Papisque et de Jason, que Celse a eu sous les yeux, devait sortir d'une main chrétienne. Origène en parle avec sympathie et Celse avec un profond dédain. « Mon dessein, dit-il, n'est pas de relever les absurdités de ce livre. Tout le monde les peut reconnaître aisément. Il suffit d'avoir le cou-
cite d'un texte talmudique une tradition analogue : « Traditio est R. Eliezerem dixisse ad viros dodos : Ânnon f. Satdœ (id est Jésus) magiam ex iEgypto adduxit per incisionem in carne sua factam ? » — Vie de Jésus. iNouv. édit. franc, de 1856, t. I, p. 345, en note.