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pensaient leur petit nombre par leur activité doctrinale, poussant au dernier excès la tendance qui avait séparé l'Église de la Synagogue, et cultivant en même temps cette espèce de polythéisme transcendant que Jean et l'école d'Éphèse semblaient avoir inauguré par la doctrine du Dieu-Logos. L'Église était partout en proie aux disputes : on échangeait les plus amères récriminations et les plus aigres paroles. Divisés de la sorte, les chrétiens, comme disait Celse, semblaient n'avoir plus rien de commun que le nom. Or bien que le polémiste païen ne soit pas arrivé à faire le jour dans cette obscure mêlée des systèmes, et qu'il triomphe un peu complaisamment et un peu vite ausâ des discordes et de la dislocation apparente deTÉglise, il faut avouer qu'il connaît l'état des choses , et que le tableau qu'il trace n'est pas un tableau de pure fantaisie.
Si Origène conteste l'exactitude de cette peinture, s'il prétend que Celse attribue aux chrétiens des sentiments et des actes qui ne sont pas les leurs, s'il proteste que plusieurs des opinions qu'on leur impute leur sont étrangères, ce n'est peut-être pas que Celse ait mal vu, ou ait mal rendu ce qu'il voyait ; mais c'est que, dans l'intervalle des soixante-dix ans qui séparent la composition du Discours véritable de la réfutation qu' Origène en a faite, bien des choses dans l'Église et autour de l'Église avaient changé. Les rapports de l'Église et de Tempire s'étaient adoucis ; trente ans de paix avaient considérablement multiplié le nombre des fidèles, et, sans réconcilier tout à fait le christianisme avec l'opinion, lui avaient fait une situation plus tolérable et moins précaire. Dans l'Église les outranciers
de r exégèse et de la théosophie étaient morts sans laisser de disciples ardents ni dangereux. Les opinions condamnées par « la Grande Église, » laquelle avait encore singulièrement grandi, avaient leur place dans le catalogue des erreurs passées, avaient cessé d'être, un danger, pour devenir objet d'étude et souvenir historique.
On risque de mal apprécier les hommes et les choses, lorsqu'on les retire de leur milieu vivant, ou lorsqu'on veut juger de ce qu'ils étaient par ce qu'ils sont devenus. Plusieurs systèmes, entés sur le christianisme et se couvrant de son nom, n'avaient pas survécu à leurs auteurs ; telle construction demi-philosophique et demi-chrétienne s'était écroulée, dont Origène, deux tiers de siècle plus tard, pouvait dire en toute bonne foi qu'elle avait échappé à ses recherches, parce qu'elle n'avait pas laissé de traces et ne comptait plus d'adhérents parmi ses contemporains. Mais de l'ignorance sincère d'Origène, on ne peut rien arguer contre la sincérité deCelse, la variété et la sûreté de ses informations.
De même Celse allègue que parmi les chrétiens la prétention de prophétiser persistait, que plusieurs annonçaient avec des transports frénétiques la des- ■ truction et le renouvellement des choses, les flammes qui brûleront les impies au milieu des gémissements et des repentirs stériles, et d'autre part le salut et le bonheur ineffable de ceux qui seront restés fidèles*. Origène nie que Celse ait pu voir prophétiser de son temps. C'est que la secte montaniste, au milieu du troi-