‹ Histoire des persécutions de l'église;Chapitre 119 sur 286 · Cf. Pr«/., G, et Cont. Cels., III · texte numérisé non relu

Cf. Pr«/., G, et Cont. Cels., III

de ces citations donne un volume qui n'aurait guère moins d'une centaine de pages, il ne laisse pas d'y avoir çà et là quelques lacunes ou solutions de continuité manifestes et des traces de désordre qu'il paraît dur et injuste d'attribuer au manque d'habileté , à l'étourderie ou à la passion de l'auteur. Quelque idée,- en effet, qu'on ait de la portée de l'ouvrage de Celse et de la valeur de son argumentation, on ne saurait lui refuser ce qu'on accorde au plus médiocre écrivain , à savoir le mince talent de composer un livre, l'art d'ordonner ses idées, de leur donner la suite et la cohésion, sans lesquelles une œuvre d'esprit ressemblerait aux rêves d'un malade ou aux hoquets d'un homme ivre.

Il serait d'un autre côté assez étrange, on l'avouera, si les fragments du Discours véritable cités par Origène pouvaient, étant soudés et cousus bout à bout, former dans son intégrité l'ouvrage perdu de Celse, — comme les pierres d'un monument qu'un tremblement de terre eût seulement désagrégées et qu'on pourrait relever sans effort d'imagination, — il serait étrange, disons-nous, que cette œuvre si facile de restitution n'eût pas été faite, qu'elle n'eût tenté personne ; bien plus, que plusieurs critiques très-autorisés et très-pénétrants, comme Baur, la déclarassent nettement chimérique, et prétendissent que les nombreux fragments conservés par Origène, quoique capables de nous donner une juste idée du génie de Celse et de la haute valeur de son livre , sont essentiellement et grandement incomplets. On aura le même sentiment si, sans parti pris, on veut bien prendre la peine de les séparer du milieu où ils nagent submergés et d'en essayer une lecture continue. On se trouvera fréquemment arrêté et troublé par le

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manque de suite et rincohérence de ces extraits, et ils paraîtront souvent moins unis que juxtaposés. Or, a priori, il n'est pas admissible que Celse fut étranger à Fart de lier ses pensées.

Enfin, en laissant les raisons fondées sur des impressions générales et des hypothèses, et sans parler du préambule de Celse dont le texte original manque en entier, il y a de nombreux passages où les abréviations et les suppressions sautent aux yeux les moins attentifs, d'autres où Origène a rompu Tenchaînement des idées, soit en revenant en arrière, soit en anticipant; d'autres, où le polémiste chrétien remplace la citation littérale par le sens qu'elle a, résume Celse, au lieu de le citer, prend la parole à la place de son adversaire, et substitue le discours indirect au discours direct. De tout cela on peut aisément donner de fréquents exemples dans les huit livres d'Origène.

Pour ce qui regarde les quarante-quatre derniers paragraphes du premier livre, il serait absolument impossible de rétablir, si ce n'est avec la large approximation d'un morceau de rhétorique semé de traits historiques, le discours que Celse met dans la bouche d'un Juif imaginaire parlant à Jésus. On a remarqué un manque de proportion entre ce discours et celui que Celse fait adresser par le môme personnage aux Juifs devenus infidèles, c'est-à-dire chrétiens, lequel discours remplit le second livre tout entier. Mais se fonder là-dessus pour imaginer plusieurs suppressions, c'est donner, ce semble, dans la fantaisie. Il n'y a pas de raison, même esthétique, pour supposer que les deuxprosopopées de Celse avaient même étendue. Au contraire, la

raison d art, qui est ici de petite valeur, permettrait plutôt d'affirmer que la première devait être plus courte, parce qu'elle s'adressait à Jésus seul, qu'elle ne pouvait guère porter que sur les traits saillants de sa vie et ne viser, ce qui a lieu en eflFet, que sa prétention à passer pour Dieu. D'un autre 6ôté, l'incohérence qu'on y peut noter et les répétitions s'expliquent assez par la figure que Celse emploie, par la passion qu'elle suppose chez celui qui parle et la rapidité d'allure qu'elle exige. Des idées qui se pressent dans une interpellation véhémente et indignée ont quelque peine à se coordonner avec rigueur. La passion n'a pas la logique de la froide raison, et l'obsession d'une seule pensée produit d'inévitables redites. Bien loin donc de prétendre qu'Origène a abrégé la première prosopopée de Celse, nous inclinerions plutôt à croire que le mélange d'analyse et de citations qu'il en fait donne l'idée d'un morceau plus étendu qu'il n'était réellement. Ceci est une impression toute personnelle, de laquelle on peut disputer, et nous la donnons comme telle. Ce qui est moins contestable, c'est que passée de la sorte au laminoir, si l'on peut dire, la prosopopée du premier livre a perdu l'accent et la vie, que le défaut d'ordre y est à la fois plus apparent et plus choquant, qu'on ne saurait dire si telle ou telle indication d'Origène porte sur un seul mot ou sur un paragraphe, et qu'encore qu'Origène n'ait rien passé et que nous ayons dans ce premier livre toutes les idées du discours du Juif à Jésus, nous ne les avons pas peut-être à leur place, dans leur suite et leur valeur relative , et sauf quelques mots, dans leurs termes propres. D'où il suit que du contenu de ce premier livre, on ne peut donner qu'une analyse.

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laquelle, ne portant pas sur l'œuvre originale, n'est en somme que l'analyse d'une analyse \

Le second livre du traité d'Origène porte sur le discours du même Juif qui, après avoir interpellé Jésus, s'adresse à ceux des Juifs qui, pour le suivre, ont abandonné Moïse et les patriarches, et laissant les coutumes de leurs pères, se sont faits chrétiens.

Les extraits du livre de Celse sont ici plus nombreux et plus étendus, mais on ne peut prétendre non plus qu'en les ajoutant au bout les uns des autres, on aurait dans sa continuité le texte même de cette partie du Discours véritable. En plusieurs endroits, les fragments ne paraissent pas très-bien se lier. Par exemple, la courte citation par laquelle commence le paragraphe 5, ne s'ajuste pas naturellement à la citation précédente, et, ce qui vient après, est un résumé ou peut-être une amplification d'Origène sur une parole sans doute dite en l'air, et qui placée dans la bouche d'un Juif, prêtait à une facile réplique. De même, la citation par laquelle conunence le paragraphe 20 suppose une lacune. Car, pour conclure que « ce n'est point le caractère d'un Dieu ni d'un fils de Dieu, » il fallait que Celse, après avoir rappelé dans le passage précédent, l'idée que les prophètes donnaient de la grandeur future du Messie, opposât à cette idée la prétendue bassesse réelle de Jésus, et la marquât en quelques traits. Il le fait ensuite abondamment, il est vrai ; mais encore convenait-il tout

1. Dans le premier tiers du \^ livre, qui n'est qu'un large et rapide rôsuQié, on peut noter, à la fin du § 12, une citation qui se termine par les mots xal rà IÇvi;, qui équivalent à et cœtera. De môme, dans le dernier tiers de ce livre, au § 49 et aux §§ G8 et 69, Orlgène analyse au lieu de citer.

au moins que le développement qui, aux yeux de Celse, justifie cette conclusion anticipée, fût annoncé ou indiqué d'une façon générale. De même encore, au début du § 48, Origène, au lieu de citer, résume un passage. Il s'agit des guérisons miraculeuses de Jésus et des prodiges attribués par le Juif de Celse à d'occultes pratiques, et dont Jésus aurait dit lui-même qu'ils seraient imités par des imposteurs dont il faudrait se garder. Dans les derniers paragraphes de ce même livre, et notamment dans les deux courtes citations du § 78, les idées ne se suivent pas non plus très-rigoureusement. Origène, à la fin de ce second livre, laisse voir qu'il a abrégé quelque peu le discours du Juif de Celse ; d'abord, en ce qu'il omet volontairement l'accusation de séducteurs que ce Juif adresse aux fidèles, et au sujet de laquelle nous n'avons que ce seul mot, et lorsqu'il termine ainsi : « C'est ici que s'arrête le Juif que Celse a fait parler selon les principes de sa loi ; ce qu'il ajoute ne mérite pas qu'on s'y arrête, y.at auTou tcou Y.OL'zi'îzocjae tov Xé^cv y.al aX\a diziùv ou iJi.VTfî[JL*r)ç à^ia * ». Le

Juif de Celse ajoutait donc quelque chose. On peut croire ce qu'en dit Origène, que cela ne valait pas la peine d'être mentionné ; cependant il est d'une bonne critique de préférer un texte, quel qu'il soit, à l'expression sommaire du dédain, fût-il, comme sans doute dans l'espèce, parfaitement justifié.

Les fragments du livre de Celse cités dans-le livre III du traité d'Origène paraissent placés en ordre et s'enchainer naturellement. Qui pourrait cependant soutenir qu'il n'y ait entre eux aucune lacune, ou qu'on

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