Cont, CeU,, II
puisse les combler toutes sans risquer de mettre une pensée à la place d'une autre? Au § 9, par exemple, on trouve ces deux phrases de Celse séparées seulement par quelques observations, que la première suggère à Origène : « L'établissement des Juifs, et plus tard celui des chrétiens, ont pour origine une scission. Si tous les hommes voulaient être chrétiens, ceux-ci certes ne le voudraient pas '. » Ne semble-t-il pas que ces deux phrases ne se puissent lire ainsi de suite, et qu'il faille entre elles une transition ? De même la citation du § 15 et celle qui commence le § 16 ne se lient pas très-étroitement. De même les détails dans lesquels entre Origène aux paragraphes 23, 24 et 25, visent des allégations de Celse dont l'expression au moins fait défaut. De même au § 36 et au § 42, Origène analyse ou résmne au lieu de citer. Le texte cité au début du § 44 ne paraît pas tout à fait complet. Au § 64, Celse, d'après ce que nous dit Origène, posait plusieurs questions. Origène indique la première, et se tait sur les autres, qu'il déclare seulement des « questions semblables^. » On a beau se répéter qu'Origène est le plus consciencieux des polémistes, quand on l'entend dire que son adversaire a posé telles questions et d'autres semblables, et qu'il passe celles-ci, on est porté à imaginer que ce qu'il a tu était plus important que ce qu'il a cité. On est forcé tout au moins de constater un vide, et il serait certainement téméraire de
1. Cependant, avant le second de ces deux textes/^Origène écrit sa formule habituelle : iv toî; k^ri;, daiis ce qui suit. — Cont, Ce/s,,
2. Èttii $i «pYiat xai rb «71; o5v auTYj irori "h tôv àp.apTcoX(i)v irpOTiariOtc ; «ai oacia tcûtoiç ewçspei. — Cont, Ccls, III, C4.
prétendre restituer des textes qui n'ont laissé nulle trace. Les transitions qui manquent entre les passages cités aux paragraphes 69, 70, 71 peuvent être aisément retrouvées ; celle qui fait défaut entre la citation du § 71 et celle par laquelle commence le § suivant est plus difficile à suppléer. Enfin au § 73 Origène se borne à résumer et à caractériser un passage dont il ne donne que le sens.
Le IV® livre d'Origène est le plus long des huit, et contient un grand nombre de fragments du Discours véritable.
Le premier de ces fragments qu'on trouve au commencement de ce livre, après le pieux exorde par lequel Origène a coutume d'ouvrir chaque livre, ne se rattache pas du tout au dernier fragment cité dans le livre précédent. On pourrait conclure à une lacune. Il nous semble plutôt, qu'avec le premier texte du livre IV, Celse entrait dans un nouvel ordre d'idées.
Dans ce livre, où les citations se suivent en général, on peut noter plusieurs endroits où Origène s'est borné à résumer ou à analyser la pensée de son adversaire. J'en trouve un exemple au § 10. La citation du § 20 est incomplète. Le commencement en est passé, et ce que Celse disait au sujet de la tour de Babel et de l'embrasement de Sodome et de Gomorrhe est remplacé par une courte indication. De même les citations contenues dans les paragraphes 43, 45, 46 et 47, et qui roulaient sur les antiques récits de la Genèse, jusqu'à l'établissement des Juifs en Egypte sont çà et là tronquées. De même le § 7d , donne non le texte même de Celse, mais la matière sur laquelle portait sa polémique. Entre le § 74 et le § 7S, il parait y avoir une lacune plus considérable.
« Celse, dit Origène, s'étend en de longues accusations contre nous, sur ce que nous disons que Dieu a tout fait pour Thomme*. » On trouve bien un développement de Celse à ce sujet, mais il est de caractère plus théorique que polémique. De même sans parler de quelques mots faciles à suppléer aux paragraphes 75 et 83 , il y a encore un vide , sans grande importance probablement au § 98.
Après une longue digression sur la nature du mal et les causes finales, digression dont les fragments remplissent, peu s'en faut, la dernière moitié du livre FV d'Origène, Gelse conclut dans le premier fragment du livre V sur le point mis en question dans la première citation du livre précédent. Il [semble qu'il manque ici quelques lignes de rappel, car les prémisses de cette conclusion sont éloignées, presqu'oubliées, et nombre d'idées étrangères interposées.
Les deux fragments suivants, § 6 et § 23, ne sont pas non plus liés très-étroitement, surtout celui du § 6 au précédent. Après la citation du § 25, il faut lire de suite celles des paragraphes 34 , 49 et 50, et après cette dernière, il faut évidemment placer le fragment du § 33, dont Origène lui-môme marque qu'il l'a déplacé. 11 nous semble qu'on en peut dire autant du frag* ment du § 59. Le développement qui suivait, et qu'Origène ne fait qu'indiquer, vient plus naturellement avant cette citation, et celle-ci, d'autre part, se lie fort bien avec le fragment du § 61 .
A la suite de ce dernier, Celse entrait dans le détail
1 . Aià iroXXûv ^' s^Ti; È'yxocXeï r,p.tv 6>; tû> àvôpcoTVfi) <poio)couot iroéyra Trswonfjjcévai tov ôeo'v. — Cont, Cels, IV, 74.
des sectes entre lesquelles les chrétiens se partageaient. Origène ici ne cite plus son adversaire, et dans les §§ 61, 62, 63 et 64, ne nous donne que de trèssommaires indications, suffisantes peut-être pour faire connaître le genre et le sens de la polémique de Celse, mais qui ne permettent pas de la restituer*. Origène se borne à écrire ici après quelques mots épars dans les paragraphes précédents : « Celse s'étend en accusations au sujet de la variété des hérésies^; on peut donc noter ici une lacune très-regrettable. Dans les dernières lignes de ce même § 65, qui est le dernier du cinquième livre, on en peut noter encore une autre. On n'a pour la combler que cette indication d'Origène : « Après cela, il (Celse) oppose à certaines maximes que les fidèles du Christ oiit constanunent sur les lèvres des maximes de philosophes, prétendant que ce qu'il y a de plus pur, à son goût, dans l'enseignement chrétien, se trouve mieux dit et plus clairement chez les philosophes, dans le dessein sans doute de ramener à la philosophie ceux qui se sont laissés prendre par ces préceptes chrétiens où reluisaient la vertu et la piété ^. » Le sixième livre d'Origène contient dès le début plusieurs lacunes. On y apprend par ce qu'a dit Origène,
t. Au § 63, voici la preuve d'une évidente lacune : « Quant à la comparaison qu'il fait d'AntinoUs avec Jésus-Christ Notre Seigneur, nous ne répéterons pas ce que nous en avons dit ci-dessus. »
2 Kai ETPi^iaTpîêst '^i xaTri-Yopiôv t:^; èv raîç aîpeaeoi ^laçopà;. — Coût. Cels. V, 65.
3. Ka\ eùÔ6(i>; XéÇedî Tiai, toT; wcrrsuouat tw xP*^''^^*^'*^ ^*T*? auvExw; ovoii.!xCcy.£vxiç àvTi7rapaTÎ6r,aiv àiro twv cpiXodocpwv* PcuXop-evo; Ta xaXa
aXi(j)C0{xs cùaeêï;. — Coni, Cels, V. 65.
que Celse attaquait la grossièreté du style des Écritures comparé à la beauté des écrits des philosophes et particulièrement de Platon, § 1 ; qu'il accusait les chrétiens d'avoir fait des emprunts à ce philosophe, § 7 ; qu'il le citait plusieurs fois, § 7 et 8. Dans les dix premiers paragraphes de ce livre, la polémique de Celse semble simplement indiquée. Les citations en forme font défaut, soit qu'Origène ait répugné aux redites, soit qu'il n'ait pas voulu transcrire nombre de textes de Platon que Celse avait allégués. La citation du § 11 suppose qu'après le fragment qui terminait le § 10, Celse avait ajouté quelques mots sur le fils de Dieu et les diverses façons dont on en parlait parmi les chrétiens. Au § 17, nouvelles citations de Platon omises par Origène ; au § 22 et au § 23, encore des omissions. La trace en est manifeste. Origène vient de citer un fragment de Celse où il est question de symboles mithriaques, et il ajoute : « Il (Celse) examine ensuite les raisons de l'ordre dans lequel ces astres sont disposés... k cette théologie des Perses, il joint des spéculations de musique , et non content de celles-ci, il nous en propose encore d'autres par une vaine ostentation. 11 m'a semblé qu'il n'était pointa propos de rapporter ici ces passages de Celse '. » De même, au § 24, indication d'Origène à la place du texte où Celse passait de ces spéculations à l'analyse du diagramme prétendu chrétien. Origène, à propos de ce diagramme , refuse de suivre son adversaire, qui s'est arrêté là « à des choses vaines, futiles, et qui ne touchent pas les chrétiens ^. » Même fin de non-
1. E^o^ft ^8 p.01 TO Êxôsodai rh XéÇiv ev toûtci; toO KsX^cu aroircv 8tvai. — ConU Cels, VI. 22.