‹ Histoire des persécutions de l'église;Chapitre 12 sur 286 · Philosophum., y\l, i · texte numérisé non relu

Philosophum., y\l, i

plus fidèle et qu'ils appelaient FÉvangile de la Vérité.

Ils excellaient à mettre en parallèle et en antithèses les enseignements de FAncien Testament et ceux du Nouveau, et pour celui-ci prenaient pleine liberté de l'expliquer et de le commenter, et savaient trouver aussi ou composer, pour le besoin de leur cause ou pour les plus avancés peut-être de leur Églises, des livrœ de révélations.

La vivacité de TertuUien dans ses traités polémiques contre Marcion, contre les Valentiniens et contre Hermogène, peut nous donner une idée de l'aigreur des disputes, du trouble des esprits et du choc des passions adverses. « Marcion a interdit le mariage : il est plus cruel que Pharaon l'égorgeur d'enfants? Comment consent-il à borner ainsi les progrès et l'avenir de sa secte ! Marcion a imaginé deux Dieux inégaux, l'un juge cruel, qui préside aux combats, permet le mal et est le fauteur de l'injustice; l'autre plein de mansuétude et de bonté. Ailleurs, lui et les autres semblables chefs d'école introduisent trois Dieux. Ou les peut compter sur ses doigts : c'est l'espace, le Démiurge et la matière, puissances indépendantes et coéternelles. D'autres les groupent et les étagent en généalogies sans fin. Tous ces impies détruisent la chair du Christ et ne veulent pas admettre que le Verbe ait vraiment revêtu l'humanité. Le fils de Dieu suivant eux n'a été le fils de l'honame que figurativement. »

Le grand reproche c'est que ce sont des novateurs, des contempteurs de la tradition. Leur doctrine est une doctrine secrète ; « ce sont comme de nouveaux mystères d'Eleusis. Si vous les interrogez simplement et, d'une âme naïve, leur demandez ce qu'ils font pro-

fession de croire, ils plissent le front et du haut de leurs sourcils relevés : cela ne s'entend pas tout seul, disentils -] si vous les pressez d'arguments subtils ils s'^iferment dans le labyrinthe à deux issues de leurs idées et affirment que leur foi est la foi commune, et qu'ils croient comme tout le monde. Si tous faites entendre que vous êtes au courant du fin de leurs pensées, ils n'hésitent pas à se démentir et à renier ce qu'ils admettent en effet. Ils ne confient rien à leurs propres disciples que ceux-ci ne se soient donnés tout entiers : ils n'enseignent que des âmes qui ne se possèdent plus elles-mêmes et sont captives. Ils répugnent à ce qui est simple, clair et imi. Ils recherchent Fombre pour leur propagande et se distinguent d'autre part, par des signes extérieurs de reconnaissance et de ralliement, se marquant à l'oreille droite d un fer chaud. »

Aces critiques, à ces attaques, à d'autres semblables tous ceux des gnostiques qui avaient quelque philosophie, quelque force d'esprit ou quelque éloquence répondaient sans doute avec une égale vivacité, tantôt attaquant les autres et tantôt se défendant, fût-ce à à coup de syllogismes* Est-ce qu'un Dieu de chair, un Dieu abaissé aux conditions de l'infirmité humaine, un Dieu souffrant la douleur, les outrages et la mort par le plus cruel des supplices, un Dieu décloué de la croix et mis au tombeau et en sortant glorieux avec son corps, pouvait se concevoir et se défendre ? Si les saints livres le montraient de la sorte, c'était dans ces écrits des façons de parler allégoriques et figurées. Il fallait chercher l'esprit sous la lettre, savoir percer au delà de l'écorce de textes qui ne pouvaient se recevoir dans leur grossière nudité. Ces croyances infé-

rieures et basses ne convenaient pas à des esprits élevés au-dessus de la foule ignorante. Eux seuls apprenaient à lire l'Évangile, à y démêler la doctrine cachée que les disciples de l'ancienne alliance avaient ignorée et à laquelle ne pouvaient monter, sans une initiation particulière, les élus de la nouvelle alliance. N'avait-il pas été écrit que le caractère ineffable du père céleste est la bonté ? N'avait-il pas été enseigné que la pureté et la continence parfaites sont l'état le meilleur ? On réclame pour la perpétuité du monde. Que leur importe la croissance et la multiplication des générations humaines ! Ils se glorifient de n'être pas du monde, ou d y être en exil et de vouloir rendre au ciel les âmes, qui sont des plantes célestes. Ils savent que la naissance mortelle est un commencement d'esclavage et que la mort est bonne en ce qu'elle est la Ubératrice des esprits ^

Nul ne rapporte qu'en Syrie ou en Egypte les premiers fauteurs de l'École gnostique, Saturnin et Basilide, aient été exclus de l'Église. A Alexandrie, où tant de croyances, d'opinions et de pratiques diverses se mêlaient, la gravité romaine seule pouvait s'étonner de rencontrer des personnages sympathiques à la fois au polythéisme, au judaïsme et au christianisme^. Valentin, Cerdon et Marcion, qui après avoir couru l'Orient, vinrent à Rome chercher à leur enseigne-

1. tict <^6, cpY)0(v, ia(i.iv in{i.st; ot irvtuu.aTtxcl évOse^s xxraXi* XEt(i.u.&vct [TCfib; To] ^taxoapL'fiaat tltX c^iaruirijjaai x.iX ^topGoaaodai xxî TfiXiiûaai Ta; '^^-/jxç xoltcl cpûaiv èxouaa; p,îv«iv ev toûtw tô ^iaoTii{&aTU — Philosophnmena, Lib. VU, 1, 26, édit. Ciruioe.

2. La lettre singulière de l'empereur Hadrien, écrite à Servlen, son beau-frère, vers l'année 132, et dans laquelle il parle de l'étrange amalgame des idées religieuses chrétiennes, judaïques et Uiaqucs, s^appiiqueraitassez bien au mouvement gnostique.

MOUVEMENT DES IDÉES CHRÉTIENNES AU IP SIÈCLE. 3i

ment un plus vaste théâtre, n'y parurent ni en fugitifs ni en condamnés, mais en chrétiens fidèles, d'esprit plus raffiné seulement et plus curieux que les autres. La science, bien que suspecte à beaucoup dans la communauté chrétienne, avait ses adeptes et ses défenseurs. Le Syrien Justin loin de mépriser la philosophie se piquait d'être philosophe, et tenait école à Rome, parlant lui aussi du Dieu innomable et du démiurge et ne craignant pas d'avouer que Platon avait le premier donné des ailes à sa pensée. Les docteurs gnostiques, philosophes et raisonneurs très-subtils, ouvrirent leur école à côté de la sienne, prétendant travailler comme lui à la moisson céleste. On peut croire qu'ils furent accueillis à Rome avec des sentiments très-divers. Cependant la défiance et l'hostilité devaient dominer parmi la communauté.

On raconte que Yalentin fut trois fois séparé de la communion des fidèles \ que Cerdon ayant été convaincu de mal enseigner fut de même exclu de l'Église et que Marcion, blasphémateur très-impudent, fut retranché à jamais de la communauté des frères.

On incline à se représenter, à ce propos, l'évéque de Rome déférant les novateurs et les blasphémateurs à son tribunal, les jugeant et les condamnantes: cathedra j et les déclarant solennellement excommuniés et retranchés de l'Église universelle.

C'est transporter à un temps les usages et la procédure d'un autre. En admettantes témoignages d'Irénée, de Tertullien et d'Eusèbe, quoiqu'ils ne s'accordent pas fort bien, et ne soient pas exempts de tout

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