‹ Histoire des persécutions de l'église;Chapitre 13 sur 286 · Tertull., Ad vers. Valent,, C · texte numérisé non relu

Tertull., Ad vers. Valent,, C

embarras, — car il est fort difficile d'attribuer à Éleuthère, évêque de Rome de 177 à 193, des condamnations prononcées contre des personnages dont la venue à Rome date de Tannée 140 à peu près, et qui étaient probablement morts lorsque Éleuthère gouvernait l'Église romaine, — il est permis de les interpréter.

Le fait de l'exclusion de la communauté chrétiemic de Rome, de Valentin, de Cerdon et de Marcion nous paraît incontestable ; mais ce fait est très-simple et doit être débarrassé d'un appareil qui en fausse le sens et la portée. Il signifie que la majorité des frères qui composaient l'Église de Rome répudièrent la doctrine gnostique comme étrangère à la tradition et antipathique à leur sens simple, droit et pratique. Les chrétiens étrangers étaient en général reçus à bras ouverts par TÉgUse Romaine ; mais à Rome plus qu'ailleurs, oa se défiait parmi les fidèles des spéculatifs et des remueurs d'idées. Les simples et les ignorants furent sans doute étonnés tout d'abord par l'exégèse hardie et les interprétations à outrance des nouveaux-venus. Les docteurs; et les hommes ecclésiastiques de la communauté, les combattirent vivement. L'École (AtSaoxix- Xstov) se forma cependant et s'étendit peu à peu par un enseignement clandestin. Plusieurs furent séduits ; le plus grand nombre ne fut pas entamé et demeura résistant au nouvel idéal de science et de vie parfaites et ferma ses oreilles et la porte de ses réunions aux prétendus apôtres. Les chefs gnostiques eux aussi, là où ils paraissaient dominer, faisaient la police de leur Église et ne souffraient pas les dissidents. On nous raconte qu'Apelle, disciple de Marcion, fut excommunié par son maître. Était-ce pour une faute morale, et

un acte d'incontinence, comme le dit Tertullien ^ ou parce qu'il prétendait modifier la doctrine qu'il avait reçue et au sein de l'hérésie, comme on dit, en cultiver une nouvelle. Vraisemblablement pour les deux raisons. Ce que les chefs d'école pardonnent le moins, c'est l'infidélité doctrinale. Au milieu du second siècle rexcommunication, qu'elle vienne des gnostiques ou qu'elle les frappe, n'est rien autre chose que l'acte par lequel la majorité des frères d'une Église repousse des personnes réputées interprètes infidèles de la foi commune. Cette répudiation même que Valentin, Cerdon et Marcion eurent successivement à subir de la part de l'ÉgUse de Rome ne fut pas annoncée au loin par une circulaire. Les frères de Rome ne prirent pas soin d'opposer une formule de foi à celle qu'ils condamnaient. NuUe sentence écrite n'étendit hors de l'enceinte de l'ÉgUse romaine l'autorité et l'effet de l'excommunication. Cette excommunication même est un fait et non une sentence rédigée. Elle n'engage que ceux qui refusent de suivre les sectaires gnostiques dans la voie qu'ils ont ouverte. Exclus de tel groupe, ceux-ci ne paraissent pas par cela retranchés de l'Église universelle, bien que cette mesure ait pu et dû les rendre suspects au loin. L'expression d'Église universelle n'a pas encore, au milieu des controverses, des divergences incontestables, de l'indécision des âmes, de l'incertitude ou de l'imperfection du symbole, un sens bien précis. Les scrupules ne sont pas partout les mêmes

1 . Apellcs discipulus Marcionis qui posteaquam in carnem suam lapsus est a Marcione segregalus est. — De prescript, hxret.^ 51. — Cf. TertuU., De carne Chrisii^ 6. — Apelles Marcionis de discipulo emendator. — Tertull., Adv. Marc,, IV, 17.

et la sévérité n'est pas aussi rigoureuse le lendemain que la veille. On nous dit que Valentin fut trois fois condamné. Il avait donc été reçu de nouveau après une première et une seconde exclusion.

La condamnation prononcée à l'origine contre Marcion en Orient, s'il faut ajouter foi au témoignage de Tertullien, aurait eu pour cause un grave manquement au précepte de la pureté morale et non une divergence dans l'enseignement et le dédain de la tradition apostolique. A Rome, au contraire, on repousse Valentin et Cerdon et Marcion parce qu'ils inspiraient aux frères une curiosité inquiète et troublaient leur foi^ C'est là qu'on les traite d'antechrists et de fils aînés de Satan,

La tolérance, nous voulons dire la liberté spéculative, était bien plus grande en effet en Orient. En A^ie Mineure, àÉphèse, en Syrie et à Alexandrie, lathéosophie était dans son fort et le champ largement ouvert à la métaphysique religieuse. Là avaient été écrits Je quatrième Évangile et les Epîtres de Jean et YEpitre à Diognète qui appartient au même ordre d'idées, et sans doute beaucoup d'autres petits livres qui dépassaient singulièrement les récits où s'étaient tenus les auteurs des Évangiles synoptiques et la sphère d'idées pratiques de Clément Romain. Dans ces divers ouvrages, nés en Orient, on est frappé, à la plus superficielle lecture, d'un accent plus personnel et d'une inspiration plus profondément religieuse. Une teinte de mysticisme s'y étend ; des idées et des expressions qu'on pourrait dire gnostiques, inspirées ou inspiratrices de la gnose, s'y rencontrent très-fréquemment et en constituent en

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