DEUXIÈME PARTIE
Prenons les choses de haut et raisonnons un peu. Je ne Yeux alléguer aucune nouveauté, mais je m'attache à des idées dès longtemps consacrées : Dieu est bon, beau, heureux ; il est le souverain bien et la beauté parfaite. S'il descend dans le monde, il subira nécessairement un changement [et ce changement sera une déchéance]. Sa bonté se changera en méchanceté, sa beauté en laideur, sa félicité en misère, sa perfection en une infinité de défauts. Qui donc voudrait changer delà sorte? Un changement et une altération de cette espèce sont compatibles sans doute avec une nature mortelle ; mais l'essence immortelle demeure nécessairement identique et immuable. Donc, un pareil chan-f gement ne saurait convenir à Dieu ^ . De deux choàes l'une donc : ou c'est véritablement et en effet que Dieu se change, comme ils disent, en un corps mortel ; mais, on Ta dit déjà, il ne le peut ^ : ou bien quoiqu'il ne change pas en efiet, il fait cependant qu'il paraît changé aux yeux, et alors il trompe et ment. Or, la tromperie et le mensonge sont toujours dignes de blâme, à moins que l'on ne s'en serve comme d'un remède pour soulager des amis malades ou d'esprit troublé, ou comme d'un moyen pour se délivrer de ses ennemis. Mais Dieu n'a pas pour amis des gens malades et d'esprit troublé ; et d'autre part, il ne craint personne au point d'être cour traint d'avoir recours à la tromperie dans le danger*.