DEUXIÈME PARTIE
les Naucratites, depuis peu, reconnaissent pour leur dieu Sérapis, et dans chacune des autres provinces on en honore d'autres- [Les observances ne sont pas moins diverses]. Les uns s'abstiennent de la chair de brebis, regardant ces animaux comme sacrés ; les autres de la chair de chèvre, ceux-ci de la chair de crocodile, ceuxlà de la chair de vache ; aucun ne touche à la chair des pourceaux, qu'ils ont en horreur. Les Scythes croient bien faire en mangeant des hommes, et parmi les Indiens, plusieurs pensent agir saintement en mangeant leurs pères, comme le raconte Hérodote. Je cite ses paroles * pour montrer que je n'invente rien : « Si tous les hommes étaient mis en demeure de choisir ^ parmi les lois de tous les peuples celles qu'ils estimeraient les meilleures, il n'est pas douteux qu'après avoir bien examiné ils se décideraient chacun pour celles de son pays ; car chaque peuple est persuadé que ses propres lois valent beaucoup mieux que celles des autres. 11 faut donc réellement avoir la tête perdue pour faire un sujet de dérision des coutumes religieuses^. » Entre les nombreux témoignages de l'excellence que chacun attribue à ses propres lois, on peut citer celui-ci : « Un jour Darius, alors roi des Perses, appela près de lui quelques Grecs qui se trouvaient à sa cour, et leur demanda à quel prix ils consentiraient à manger leurs parents. » — Ils se récrièrent, répondant que pour rien au monde ils ne feraient une pareille action. — Il fit ensuite approcher quelques Indiens, de ceux
1. Lommatzsch et Mignc : àùtoï; txsivcu Xc^eoi. — Ms, de Paris :
2 . Hérodote, Lommatzsch et Migne: 7rpc6ei7i ; ms. de Paris : TrpooOeir..
3. Hérodote fait allusion aux sacrilèges de Combeyse à Memphis.
qu'on appelle Calades, qui sont dans Fusàge de manger leurs pères, et leur demanda en présence dés Grecs, à qui des interprètes traduisirent la question*, à quel prix ils consentiraient à brûler après leur mort les corps de leurs pères. — Sur quoi ceux-ci se récrièrent aussi, le priant de ne point prononcer de semblables paroles. — Telle est la force des institutions; et Pindare me paraît avoir raison de dire que la coutume est la reine du monde ^. »
Si donc, en vertu de ces principes, les Juifs gardent avec un zèle jaloux leur propre loi, il n'y a pas lieu de les blâmer, mais ceux-là plutôt qui abandonnent, pour passer à la religion juive, les croyances dans lesquelles Us ont été nourris. Mais si les Juifs s'arrogent le privilège de lumières plus hautes et d'une sagesse plus relevée, affectent de mépriser les autres comme des impurs et refusent d'avoir commerce avec eux, je leur répéterai que la croyance même qu'ils professent touchant le ciel ne leur appartient pas en propre, que, sans parler des autres, les Perses, comme Hérodote le rapporte. Font reçue il y a longtemps. « Leur coutume, dit-il, est d'aller sacrifier à Zeus, sur les plus hautes montagnes ; et ils appellent Zeus toute la voûte du ciel qui s'étend sur leurs têtes ^. » On accordera, je pense, que les noms ici sont indifférents, et qu'il importe peu que Zeus soit appelé le Très-Haut, ou Zen, ou Adonal,
1 . Hérodote : ^i' ipp.T)vlo;. — Lommatzsch et Mlgne : ^i' i^trtùàÇé — Jf<. de Paris : 3'i' èpf&yjvi'flav.
2. Hérodote, UI, 38, B.-G. F.-Didot, p. 145. Cont. CeU., V, 35. Le mot de Pindàre cité souvent par Platon dans le Gorgias ; par Plutarque. Àd princip, inerudit.^ par Clément d'Alexandrie Stromat» I, ad fin,, est tiré des Ném,, IX, V, 35.