Philosophumena, VJ, 11, édlt. Gruice, in-8o, p
48 LES PEllS^XUTIONS DE L'ÉGLISE.
voir l'humanité de Jésus, qui n'avait été que passagèrement rhôte du Christ, et avant son baptême dans les eaux du Jourdain n'était pas même impeccable ' . La secte judaïsante des Elkésaïtes, mentionnée par l'auteur des Philosophumeyia, distinguait aussi deux Christ, l'un qui est dans le ciel, fils de Dieu, pur esprit; l'autre qui a souvent passé d'un corps dans un autre et, dans ces derniers temps, a résidé en Jésus et s'est révélé à beaucoup selon les besoins ^. Pendant tout le cours du second siècle, l'efiPort est visible d'eflfacer ou d'atténuer les souvenirs historiques et de fonder, si l'on peut ainsi parler, Yidée du Christ. Cependant, sans qu'aucun se fût encore expliqué précisément sur la nature de l'union des deux essences divine et humaine en Jésus, l'ancre de la foi était posée : « Le Logos j écrit saint Justin, est descendu et a résidé tout entier en Jésus. Le Logos est disséminé dans toutes les âmes humaines qui aiment la vérité et pratiquent la vertu ; en Jésus il s'est ramassé tout entier. »
Mais qu'est-ce que le Logos ou Verbe en lui-même et par rapporta Dieu? Quest-ce que l'Esprit-Saint ou prophétique en lui-même et par rapport à Dieu ? Sontce des êtres divins distincts de Dieu, ou seulement des caractères, des qualités, des attributs, des noms de l'Être unique, indivisible et ineffable? Et si ce sont
1 . Voir les fragments de TÉvangiie des Hébreux conservé par saint Jérôme, et un traité apocryphe publié à la suite des œuvres de saint Cyprien et intitulé : Prœdicatio Pauli ou Trac ta tus de non iterando baptismo.
2. XptoTÔv ^s lv0C eux CjxcXc^fCuaiv àXX' elvai tôv p.èv ôfvu Iva, àuToy ^i p.€Ta'y^i?ÎO(XEvcv iv oeifi-aai TroXXâ/.t; xat vûv ^i èv rût tnaoù cfACtuç Ticrè p.Èv ex Tcû ôecO -jfE-YevTiiôai ttcts J'è nvEO|xa 'ye-yovEvai, itot*' Bi è< jrotpeavGU, iroTt ^k ou. -^ Philosoph., X, 20, 29.
des êtres divins et distincts, sont-ils égaux à Dieu ou inférieurs, de même rang et de même dignité, ou subordonnés à lui ?
C'est vers la fin du second siècle que ces questions de haute métaphysique et d'extrême obscurité commencent à agiter et à troubler l'Église de Rome.
Comment garder en Dieu l'unité de substance avec la division des personnes ? Le danger était, en déclarant le fils Dieu comme le père et au même titre, de glisser au dithéisme ; et, en séparant encore du Père et du Fils l'Esprit-Saint pour l'égaler aux deux autres, au trithéisme. On peut croire que les controverses qui, dès la fin du second siècle, ébauchèrent, sur les rapports du Père et du Fils, la foi formulée cent vingtcinq ans plus tard, furent très-ardentes. Les objections et rbpposition ne venaient pas des chrétiens gnosliques, lesquels, sans enseigner l'égalité des membres de leur Plérome, prétendaient que la variété des manifestations divines ne portait nulle atteinte à l'unité absolue de l'Être divin. Mais introduire en Dieu l'ombre même de la multiplicité scandalisait sans doute, comme la plus grande des impiétés, les fidèles d'origine juive attachés par le sang et par une tradition que la foi nouvelle paraissait avoir consacrée, au dogme de l'unité divine, et choquait peut-être aussi les chrétiens issus du paganisme : car ils pouvaient voir dans cette doctrine comme un retour indirect aupolythéisme, avec lequel ils avaient rompu. Avant donc que la grande voix du Sénat chrétien assemblé à Nicée eût fixé et défini la foi sur les rapports du Père et du Fils, — c'est dans un concile suivant que les rapports de la
troisième personne divine avec les deux autres furent
formulés — deux opinions se produisirent : Tune où la divinité du Christ-Jésus était niée, Tautre où le Logos, Yerbe, Christ, était déclaré n'être qu'une relation, un aspect, une détermination, ou, si l'on veut, un autre nom du Père ou Dieu unique. Des deux côtés, il s'agissait de sauver l'unité de Dieu, de la préserver de toute atteinte.
Théodote de Byzance et Artémon soutinrent que, malgré sa conception et sa naissance miraculeuses, le Christ n'avait été qu'un homme, il est vrai le meilleur et le plus excellent des mortels, et le plus juste. Le déifier c'était, suivant eux, tomber dans l'idolâtrie dithéiste. Théodote de Byzance avait, dit-on, renié le nom du Christ devant le tribunal. Il s'excusait en disant : « Je n'ai pas renié le nom de Dieu, mais le nom de l'homme. * »
A rencontre de cette doctrine, mais affirmant également l'unité indivisible de la nature divine, et se refusant à y introduire la multiplicité, Épigone, dit Praxéas ou le Faiseur'^, qui avait souffert pour la foi, homme d'esprit inquiet, dit Tertullien son adversaire, et trèsopposé à l'exaltation montaniste, bien vue alors dans l'Église romaine, enseignait que le Christ n'est pas différent du Père. C'est le Père^, le Dieu unique qui s'est