‹ Histoire des persécutions de l'église;Chapitre 21 sur 286 · Épiphane, Hœr, LIV · texte numérisé non relu

Épiphane, Hœr, LIV

2. Voir, sur le nom véritable de Praxéas, TiDgénieuse hypothèse de M. T. Armellini. — J)e prisca refutatione hœreseon recens vulgata commenfariusy 1. C, p. 61 ; 2, 91 et 94. — DeRossi, PM//e/. di Arch, Crisi., année 186G, p. 69 et suiv.

3. Praxeas primus ex Asia hoc genus perversitatis intulit Romse : homo et alias inquietus, insuper de jactatione martyrii inflatus, ob solum et simplex et brève carceris tœdium ; quando etsi corpus suum tradidisset exurendum nihil profccisset, dilectionem Dei non habens cujus charismata quoque expugnavit. Nam idem tune episcopum Romanum agnoscentem jam prophetias Monlani, Priscae, Alaximiliœ, et ex

manifesté en Jésus, qui est descendu et s'est uni en lui. Il n'y a pas d'autre Dieu que le Père. Le Sauveur lui-même ne l'a-t-il pas dit? « Qui me voit voit mon Père... Le Père et moi nous sommes une seule et même chose. ))Les adversaires d'Épigone lui opposaient qu'alors c'est le Père qui est né, a souffert et a été crucifié. De là, dans la terminologie ecclésiastique, le nom de Patripassiens donné aux fauteurs de cette opinion. Ils répondaient sans doute en appelant les autres dithéistes et polythéistes. Au reste, ces discussions ne faisaient que d'éclore dans les dernières années du second siècle. C'est au siècle suivant qu'elles furent dans toute leur intensité. Au second siècle, la différence des mots substance, hypostase et personne, et la valeur exacte de chacun de ces termes n'avaient pas encore été trouvées. Il y fallut un peu plus d'un siècle entier. La foule n'a pas d'histoire, surtout dans le domaine inaccessible de la foi et du for intérieur. Les historiens des sectes chrétiennes du second siècle nous parlent uniquement des chefs d'école et des points de doctrine qu'ils défendaient. Mais où allait la masse des fidèles parmi tous ces docteurs et tous ces guides qui se prétendaient en même temps les seuls conservateurs ou les seuls sûrs interprètes des traditions et de l'enseignement nouveau? Tout porte à croire qu'elle était fort partagée. On se disputait comme une proie les âmes neuves de$ païens. Et quant à celles qui étaient déjà prises, elles

ea agnitione pacem Ecclesiis Asiae et Phrygise inferentem ; falBa de ipsis prophetis et ecclesiis eorum asseverando et prsecessores ejus auctoritatem defendendo; coegit et litteras pacis revocare, jam emissas et a proposito recipiendorum charismatuui concessare. Ita duo negotia diaboli PraTieas Romae procuravit: prophetiam expulit et hœresim intulit. Paracletum fugavit etpatrem crucitixit. — Tertull., Adv, Prax», 1»

avaient à subir bien de secrets assauts. Il y avait, ce semble, tant de manières d'être chrétien ! Jamais sans doute Tunité du grand nom chrétien ne couvrit plus de divergences, ni l'ordre ecclésiastique plus de confusion véritable. Divergences siu* ce qu'on devait croire et rejeter, divergences en matière de foi, de morale et de rites.

La croyance au merveilleux était alors universelle. Les prodiges racontés du Christ et des premiers apôtres, unanimement reçus san&conteste, n'avaient pas épuisé cette foi. A lire les Actes des Martyrs^ il semble que lesguérisons miraculeuses aient été longtemps le grand instrument des conversions. Contre Celse niant la vertu du christianisme, Origène alléguait, au troisième siècle, l'amendement moral et la sanctification de la vie, argument de haute valeur assurément ; mais il ne faisait pas difficulté d'admettre encore que, par le pouvoir de certains mots, il fût possible de changer Tordre dil monde et de guérir ces étranges maladies nerveuses qu'on appelait possessions. Or de nombreuses écoles, non-seulement de celles qui croissaient sous le pavillon chrétien, mais parmi les païens mêmes, et non parmi les moins éclairés, croyaient à l'intervention accidentelle de certaines puissances bienfaisantes ou malfai-^ santés que l'homme pouvait évoquer, faire descendre et agir ici-bas. La théurgie avait des adeptes dans tous les camps. Le moment approchait où elle allait se mêler à la philosophie elle-même. Dans presque toutes les écoles, donc, on faisait profession d'opérer des miracles bu d'en mériter. La difficulté était de distinguer, parmi «es miracles, lesquels devaient être attribués aux puissances célestes, lesquels aux puissances démoniaques.

MOUVEMENT DES IDÉES CHRÉTIENNES AU ll^ SIÈCLE. 53

Le critérium variait naturellement d'une école à l'autre. Les prodiges des païens étaient ou niés ou rejetés d'une seule voix par tous les chrétiens comme des oeuvres diaboliques. Les incantations et opérations magiques des sectes gnostiques ou des sectes judaïsantés (Elkésaïtes) étaient réputées impiété ou fourberie par leurs adversaires.

L'auteur des Philosophumena nous dévoile trèssubtilement les artifices des spirites païens, faisant leurs tours dans l'obscurité, sous prétexte que les natures divines sont invisibles', posant les questions ou les recevant, devinant les pensées, dictant les réponses, lisant des caractères sur des papiers brûlés devant tous, faisant voler Hécate enflammée dans les airs ou descendre dans une salle la lune et les étoiles, produisant à volonté le bruit du tonnerre^. Tout cela est fort bien. Le même auteur nous met également au courant des prestiges magiques du gnostique Marcus, changeant l'eau en sang dans un calice, en prononçant une formule. Une poudre adroitement versée dans la coupe donnait à l'eau une couleur rougeâtre ; ou bien il remplissait un grand calice jusqu'à le faire déborder, du liquide contenu dans un plus petit, en prononçant ces paroles : « Que l'Être infini inaccessible à la pensée et innomable, remplisse votre être intérieur; que, semant en vous comme dans un sol fécond le grain de sénevé, il multiplie votre intelligence ^ » Et aussitôt le

1. At-ysi -^àp à5'6vaTOv rà ôcîa opdcv Ôvkityiv ©ûaiv, ixavov -yàp to éjAiXelv. — Philosopitum.y IV, 4, p. 95.

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