CHAPITRE YII
liation du christianisme et du judaïsme et oppositipn de ces deubc reliée la religion et la civilisation gréco-romaine. — Caractère demi-païen imaginaire de Celse. — Inintelligence de la beauté morale du Christ. — énérauz de renseignement et de la propagande des chrétiens. — De ive et chrétienne de la descente dans le monde d'un Dieu justicier. — et de la finalité. — La religion juive mise hors de cause comme institution î. — Polémique fondée sur la confusion des sectes et les divergences les au sein de l'Église. — Emprunts aux traditions profanes, religieuses iophiques. — Le christianisme n'est qu'une forme de la religion univer- Appel à la conciliation. — Chétive influence des écrits apologétiques liques au sein des deux sociétés païenne et chrétienne.
avons donné, dans les limites d'une approxivraisemblable,le texte même du Discours véris Celse. On n'attend pas ici de nous de longs Qtaires, et notre objet n'est pas d'entreprendre, ant d'autres, une réfutation ex professa de la [ue du philosophe païen, /oit comment cette [polémique procède et se pe, et en dépit des écarts et des digressions, justement ordonnée des idées.
es premières lignes de son livre, Celse marque oints d'une extrême importance : en premier s rapports du christianisme et du judaïsme et is d'étroite filiation qui attachent la nouvelle là celle de Moïse et des patriarches ; en second lalgré certaines ressemblances superficielles,
Tabîme qui sépare les deux religions monothéistes des habitudes des rites, et de la civilisation gréco-romaine.
Mieux qu'aucun philosophe avant lui, Celse sait que la doctrine nouvelle est greffée sur les principes judaïques, quoique les vieux judaïsants fidèles repoussent ces nouveautés avec plus d'horreur et de colère qu'ils ne font l'idolâtrie païenne, et bien que, d'autre part, plusieurs néo-chrétiens considèrent aussi les principes judaïques comme impies et grossiers. Mieux aussi qu'aucun des philosophes, des lettrés et des politiques de son temps, Celse pressent dans l'État, parle fait de la croissance du Christianisme, — que les inter^ dictions et les exécutions légales sont impuissantes à arrêter — un conflit menaçant, et comme un duel prochain. Ce duel est commencé : des deux parts l'anathème est jeté, et les deux sociétés, l'une qui possède la force, l'autre qui a la parole vivante, le courage indomptable et la foi dans la victoire finale, se mettent hors la loi. Il ne faut pas se laisser abuser par certaines expressions où respire un dédain trop sommaire pour n'être pas affecté : « Vous n'êtes plus guère que deux ou trois, errants, vagabonds, cachés, et o» vous cherche pour en finir avec vous, dît Celse quelque part. » Et quelques années plus tard Tertullien enflant la voix à son tour, écrit : « Nous remplissons votre empire, vos cités, vos campagnes, vos fles, vos places publiques. » Ce sont là, des deux côtés, des accents de polémique. La colère et l'orgueil dictent d'égales exagérations et des cris de triomphe aussi prématurés. Mais la figure oratoire est encore plus outrée chex Celse. Si les chrétiens n'étaient plus qu'une poignée,
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il n'eût certes pas pris la peine d'écrire un livre contre eux. 11 eût laissé faire la justice facile des proconsuls et des légats, il ne se fût pas mis en pareil frais de polémique ; il n'eût pas offert la paix, il ne fût pas descendu jusqu'à prier les chrétiens d'avoir pitié de la patrie, de la servir et de l'aider contre les Barbares. Les chrétiens sont très-nombreux, solidement organisés et bien unis : Celse le sait bien. Il sait bien aussi l'esprit d'antagonisme et de haine qui les anime à l'égard de toutes les institutions publiques et dé toutes les formes de la vie païenne, et qu'il y a là un danger sinon urgent, du moins visiMe et croissant.
Celse avait marqué que le plus sûr moyen de irehverser le christianisme était de saper le judaïsme où il a son fondement. On pouvait donc croire qu'il dirigerait ses premiers coups contre la religion de Moïse. Au contraire, par un procédé de polémique fort habile, Celse commence par se faire pour un moment Juif en idée. Les Juifs sont avec les chrétiens chargés des mépris du monde, mais les Juifs se relèvent en face des chrétiens qu'ils réprouvent de leur côté comme des traîtres et des apostats. Quel chef-d'œuvre d'impiété est-ce donc que cette religion, fille du judaïsme, que les Juifs eigc-mêmes méprisent plus que tous les autres ?
De là cette double prosopopée du Juif interpellant successivement Jésus et les Juifs qui se sont faits chrétiens, c'est-à-dire une première argumentation où Celse se place au strict point de vue du judaïsme. La forme de cette polémique est presque constamment oi^toire ; elle dénote cependant un esprit singulièrement vif, ingénieux et souple, et sur plusieurs points
Texégèse moderne n'a guère fait autre chose que repasser sur les traces de Celse. ib
Opposer aux allégations de Celse les réponses que -i l'apologétique chrétienne y a faites depuis Origène r serait une tâche infinie et qui nous ferait sortir dn f, domaine purement historique où nous voulons nous <( renfermer. Nous remarquerons seulement que, malgré ) quelques emprunts à des récits de source judaïque^ conune Thistoire de Panthéra, Celse s'est générale^ ment maintenu sur le terrain des documents chrétiens, et que c'est aux Évangiles courants qu'il a emprunté presque tous les faits; sur lesquels il raisonne. Il est permis de supposer que les rabbins de Palestine et les docteurs juifs d'Alexandrie, à la même époque, avaient moins de discrétion. On peut croire aussi qu'ils entraient un peu plus avant que n'a fait Celse dans l'interprétation et la discussion des textes prophétiques. Nous noterons en second lieu que, quoiqu'il sache en général bien jouer le rôle qu'il a pris, Çeise en quelques endroits paraît oublier que c'est un Juif qu'il fait parler. Ainsi les traditions païennes qu'il allègue à propos de la naissance de Jésus sont quelque peu déplacées dans la bouche d'un Juif, et de même la façon dont il entend la maternité merveilleuse de la Vierge. De même encore, à propos de la réjsurrecr tion, les doutes qu'il émet sur la possibilité du fait en général, et sur la vérité des légendes analogues; dans la mythologie païenne ne paraissent pas fort d'accord avec les sentiments d'un Juif pipux et fidèle. Origène de ce côté, et sur plusieurs points semblables, triomphe aisément, mais un peu sommairement en se servant comme d'un argument ad hor^inem, de»
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croyances communes à tousles judàlsants drthod6xes.
Encore que notre objet ne soit pas d'entrer dans le fond de cette controverse et que nous considérions les^ idées en pur historien ; nous ne pouvons nous empé^ cher de remarquer aussi chez Celse, dan^ ce double discours, un parti pris d'abaisser le caractère et la grandeur morale du Christ qui va au dernier, excès : des railleries àmères, noires, haineuses qui débordent^ semble-t-il, la thèse même qu'il prétend établir. Maid Celse eût-il été adversaire, s'il n'eût été ennemi? Eût-îî écrit son traité de polémique, s'il eût' senti l'originale pureté du nouvel idéal îque Jésus avait fait luire danâ sa vie et dans son enseignement ?
Après cçtte double interpellation, Celsè conclut dé son chef. Il marque d'abord que les chrétiens ont payé les Juifs de la même monnaie dont ceùxrci avaient jadis payé les Égyptiens. Les Juifs étaient esclaves en Egypte. Une révolte les affranchit. Ce fut l'origine de leur établissement. Celse fait abstraction de la diversité de race et de croyances des Juifs et des Égyptiens, et semble croire que Moïse rompit une unité à la fois nationale ^t religieuse. De même le christianisme est né,: suivant Celse, d'un déchirement qui s'est produit ati sein de la cité juive. Il porte cette tache à son berceau.; Il est sorti d'une révolte et n'est rien de plus qu'une faction. U en conserve les passions exclusives et l'esprit étroit, et depuis que les chrétiens se sont multipliés,, cet esprit se manifesté par une poussée exubérante de sectes qui sont autant de petites factions danslagrande, et empêcheront à jamais l'unité. Là société chrétienne est condamnée par son vice originel à rester une mîr norité.
Celse note ensuite les caractères les plus apparents de la secte, les terreurs et les espérances également vaines dont ses maîtres emplissent les imaginations ; ce qu'il y a au fond derrière cet appareil qui séduit ou qui trouble, le dédain qu'ils affectent pour la science et la culture de l'esprit, quelle défiance ils ont des hommes sérieux, quelle espèce de gens jouent chez eur le rôle de docteurs, et comme ils s'adressent à ceux que la faiblesse de l'âge ou de l'esprit leur livre sans défense. Le passage où Celse nous montre la propagande chrétienne en exercice dans Tintérieur des famiUes doit être pris sur le vif. Ces humbles personnes, cardeurs de laine, tailleurs de cuir et foulons, relégués dans les plus sombres coins des riches maisons, et facilement en rapport avec les femmes et les enfants de leurs maîtres, furent à n'en pas douter les plus féconds agents de la propagande chrétienne dans les deux ou trois premiers siècles. Nulle école ne fut plus fructueuse pour le succès de la religion nouvelle que ces écoles domestiques. Mais on comprend quelles colères devaient exciter chez les Romains posés et conservateurs ces attaques souterraines et insaisissables, venant de pareils bas-fonds, la famille mise en quelque sorte en état de siège, cette séduction clandestine qui troublait la vie domestique, cet effort de misérables artisans pour miner l'autorité de l'époux, du père, des précepteurs et des hommes de confiance, et dans le huis clos des demeures privées que de martyrs inconnu^!
Celse suivant sa pensée, montre ensuite quelle espèce d'hommes les chrétiens appellent à leurs mystères. Ce sont les misérables et les pécheurs, comme si le vice avait le privilège d'être agréable à Dieu, comme si,
semblabe à un juge amolli et énervé. Dieu était plus sensible aux faciles lamentations qu'à la stricte justice. Mais non, ce sont les hommes de bien que Dieu doit • vouloir sauver. Les méchants n'ont droit qu'à sa justice.
Yoilà un point où les étroits préjugés du bel esprit et de la morgue des Aanestiares du monde grécoromain se donnaient carrière. Le Dieu des chrétiens était pour eux un Dieu des basses classes, des petites gens, un Dieu de femmes, d'enfants, d'esclaves. La seule considération de la qualité de ses adhérents suffisait à déshonorer le christianisme à leurs yeux. Celse, malgré sa largeur d'esprit, ne peut se défendre de faire fi de la religion nouvelle pour cette seule raison» Elle est la croyance d'ufie minorité dans l'État, et de quelle minorité! Des esprits infimes et sans culture, étrangers à toutes les belles spéculations. On y appelle toutes les âmes viles et dégradées, on y promet mille biens aux pécheurs et aux méchants : on y montre un Dieu compatissant aux faiblesses humaines, dont le cœur est un cœur de femme et qui semble se détourner des âmes fières, droites et fortes. Cela bouleverse toutes les idées reçues. Les dieux païens n'étaient ni aimables ni aimés en général. La justice que leur prêtaient les philosophes ne savait pas s'attendrir ni pardonner. Celse avoue bien que tous les hommes sont pécheurs, mais il proteste, comme si, selon la foi nouvelle. Dieu avait pour les plus misérables et les plus pervers. plus de complaisance que pour les autres, comme si les novateurs, courtisans de la vile multitude, avaient, pour lui plaire, abaissé, compromis, et si l'on peut dire, déclassé Dieu. Le grand Dieu du ciel devenu le soutien
des faibles, le recours des misérables, le eonsolateui! des pauvres, ouvrant ses bras à tous ceux qui souffirent et qui pleurent, sans repousser même les coupables,^ cette idée iie pouvait pas s'ajuster facilement aux habitudes d'esprit et aux préjugés des lettrés, des politiques et des philosophes du temps.
Dans la première partie du Discours véritable — en admettant du moins la division que nous avons proposée — Celse a combattu au point de vue. du jadalsme ridée que Jésus pût être à juste titre considéré comme Dieu ou envoyé de Dieu et réaUsât en sa personne l'idéie: messianique. Dans la seconde partie Celse s'attaque à la fois aux Juifs et aux chrétiens. Les uns et les autres croient à la venue d'un Dieu ici-bas, d'un Dieu justicier, vengeur et réparateur. Ils se séparent seulement sur la question de savoir si l'événement a eu lieu. Les Juife attendent encore l'envoyé divin. Les chrétiens pro-. fessent qu'il a paru au monde dans la personne de Jésus de Nazareth. 11 s'agit dans ce second livre du principe sur lequel Juifs et chrétiens s'accordent,. c'est-à-dire de la venue de Dieu, du fils de Dieu ou d'un personnage divin dans un coin du monde.
Si Celse eût été plus familier avec la littérature juive, s'il eût pu entrer plus profondément dans la critique des textes et démêler plus exactement les pensées et les enseignements des prophètes, il eût pu distinguer peut-être dans l'idée messianique deux éléments : l'un qui se résumait dans l'espérance d'une rétiQvation et. d'une renaissance d'Israël, l'autre qui se rapportait ài la venue d'un personnage spécialement envoyé pour l'établir et l'assurer, et qui en devait être l'instrumetit divin. Mais le premier élément pris à part et considérée
isolément était de sa nature si vague qu'il ne pouvait être pris corps à corps. Peut-on discuter en effet une aspiration populaire, le désir du mieux invincible chez les peuples opprimés, Tespoir d'une réparation^et d'une revanche du sort? N'était-il pas de bonne guerre de prendre l'idée dans sa forme objective, dans son expression positive et concrète, telle en somme qu'elle vivait lans beaucoup d'âmes, c'est-à-dire s'attachant à la renueplus ou moins prochaine d'un personnage chargé >ar Dieu même de l'œuvre divine, manifestant et révéint sa vertu et sa mission par ses actes ? L'idée messiaique revenait à ceci : Israël coupable sera châtié, puis îlevé. Et par qui? La conscience populaire hésitait eu. Par ï)ieu, sans doute, qui se souvient de son 3uple et n*a pas oublié la vieille alliance qu'il a faite ^ec lui. Mais Dieu agirait-il directement et sans interlédiaire par la conduite des événements dont il a le îcret, ou par l'intervention d'un délégué choisi, revêtu u sceau divin et instrument de sa volonté? Et que ^rait cet envoyé ministre des vengeances et des répaitions divines? Les réponses variaient et n'étaient- 3int claires. Fils de Dieu, fils de David ; un sens difféînt était attaché à ces expressions. Nul ne les pressait 3 trop près. On peut, ce semble, affirmer, que mm les Juifs éclairés, l'opinion du plus grand nombre ipugnait à introduire Dieu dans le monde sous une •nne humaine, et qu'au commencement, chez la pluirt même des chrétiens de naissance et de culture live, les termes de fils de David et de fils dé Dieu avaient guère qu'une valeur allégorique.
Quoi qu'il en soit, dans les vicissitudes de calme et agitations qui précédèrent et suivirent eu Judée las
destruction du temple de Jérusalem (70), et jusqu'au formidable coup frappé par Hadrien en 136, lequel anéantit à jamais la patrie et la nationalité juive, et au delà de ce temps apparemment, l'idée messianique sous la double forme d'un jugement exercé sur les infidèles et' d'une restauration glorieuse dlsraêl par l'apparition de Dieu agissant directement ou par un délégué céleste demeura vivante dans les âmes et trouva çà et là des voix pour l'aimoncer et la célébrer *. Les démentis des événements ont rarement découragé une foi tenace. Dieu est venu, disaient les chrétiens. Dieu viendra disaient les Juifs, il viendra à son heure. Gelse discutant cette idée de l'apparition de Dieu ou d'un messager divin sur la terre, pénétrait donc, il falit l'accorder, au cœur même des idées juives et chrétiennes. Nulle idée ne devait entrer plus facilement que cellelà dans l'esprit d'un honmie nourri dans le poljrthéisme gréco-romain. La plupart des vieilles légendes des religions populaires roulaient sur le mélange dans le monde de l'humain et du divin, sur la transformation des dieux en personnes humaines, sur le commerce et la familiarité des dieux avec les mortels. Zeus, selon les traditions, avait honoré plusieurs mortelles de son amour, et en avait eu plusieurs fils. La moitié de son histoire se passait sur terre. Apollon, Dionysos, Her^ mes, sans parler des héros, avaient vécu ici-bas, avaient signalé leur présence par des actes de justice et des bienfaits de plus d'un genre. Ces apparitions et ces visites divines choquaient si peu les esprits, parais-
1 . Maurice Vernes, Le peuple d'Israël et ses espirancei rciati9U û son avenir. Paris, 1872.
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saient au contraire si naturelles que lorsque Barnabe et saint Paul parurent dans la région du Taurus, dans la petite ville de Lystres, le bruit d'une guérison merveilleuse qu'ils avaient opérée leur valut d'être pris pour des divinités descendues dans le pays et que peu s'en fallut qu'on ne leur sacrifiât des victimes comme à Zeus et à Hermès en personne | .
Mais Celse se déc^uble ici^ si Ton peut dire. Réserr vant ses croyances intimes — ^ lesquelles peut-être n'étaient pas fort profondes à ce sujet — et s'inquiétant peu qu'on retourne contrele polythéisme ses arguments, il discute en philosophe, et, au nom de la raison philosophique, s'élève contre la possibilité de rappàiition dé Dieu sur la terre. Dieu nejpeut se mouvoir m changer sans déchoir. S'il laisse un instant le gouvernement du monde, toute la machine va se dissoudre. Et dans quelle vue descendrait-il ici-bas ? Ne sait-il pas tout ce qui s'y passe? Faut-il qu'iljsoit sur les lieux pour connaître les désordres et y porter remède ? Manque-t-il quelque chose à sa félicité ? Lui s'uppose-t-on là vanité de faire montre de sa puissance ? —Il veut, diton, sauver et glorifier ceux-ci et châtier ceux-là. — Quel tardif souci de justice ? Conçoit-on qu'il ait attendu si longtemps et qu'il .se souvienne^ un beau jour de récompenser et de. punir? Cette objection avait frappé les esprits. C'est par cette idée même que commence VEpîtreàDio^nèt€y elVorphyreiphis tard la reprenait à son tour. . • .
Et comment descend-il seulement dans un petit coin du monde, parmi un misérable petit peuple^ en
négUgeant tous les autres ? Peut-on entendre sans rire ces avortons de Tespèce humaine, Juifs et chrétiens^ qui prétendent à l'envi que c'est sur eux seuls que les. regards de Dieu sont fixés, qu'à eux seuls Dieu envoie ses messagers, que c'est pour eux seuls qu'il veille et qu'il travaille, pour eux seuls qu'il a tout fait dans le monde ? Et Celse suivant pas à pas le récit de l'andei! Testament, relevait plusieurs traits de cette histoire, depuis la création de l'homme et de la femme et Faventure du serpent, jusqu'à la sortie des Juifs de l'Egypte, soutenant que nulle allégorie ne pouvait la rendre supportable, et oubliant aussi tant de légendes puériles ou impures de la mythologie grecque que son ami Lucien bafouait très-librement à ce moment même, et dont, imprudemment et sans vraisemblance, lui-mteie considérait quelques détails comme ayant fourni un canevas sur lequel l'imagination juive avait brodé.
Celse fait suivre ces objections d'une courte exposition philosophique comme pour opposer enseignement à enseignement. On introduit Dieu dans le monde comme s'il avait besoin pour corriger les choses de venir s'y mêler. Mais le grand Dieu n'est Fauteur d'aucune essence mortelle et corruptible. 11 n'a fait que des essences immortelles et c'est par celles-ei que les natures mortelles ont été faites. L'âme, vient de Dieu, mais non la matière, ni les corps qui en sont tirés et qui sont de nature et de dignité égales. Or te mal, étant inhérent à la matière, n'a pas Dieu pour auteur. Lié indissolublement à la matière, le mal est toujours au même degré et dans la même quantité an sein de l'univers, où les mêmes révolutions et les mêmes vicissitudes inflexibles le ramènent» La plupart
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de ces idées sont évidemment tirées du Timée de Platon.
Dans un monde organisé de la sorte^ il est absurde, selon Celse, déparier delà colère et des menaces de Keu. Il n'est pas légitime non plus de parler du mal. n n'y a pas de mal, si Font veut considérer l'ordre universel, si l'on veut réfléchir que chaque chose a son rtle et sa fonction déterminée. Le mot mal n'est à Tusage que de ceux qui ignorent les rapports des parties du monde entre elles et avec l'ensemble entier, et qui se figurent qu'une de ces parties est la raison et la cause finale de tout le reste.
Oue toutes choses aient été faites par Dieu pour les Juifs et les chrétiens, il est absurde de le prétendre, selon Celse ; mais il est tout aussi peu raisonnable de soutenir que le monde entier ait été fait pour l'homme. Celse met beaucoup d'esprit et de verve à discuter cette question. Plusieurs des arguments qu'il emploie îi cette occasion, ont été repris par les philosophes modernes. Sans parler de Montaigne, Descartes n'at-il pas écrit : « Il serait puéril et absurde de soutenir en métaphysique que Dieu, semblable à un homme exalté par l'orgueil, a eu pour unique fin, en donnant l'existence à l'univers, de s'attirer nos louanges et que le soleil dont la grosseur surpasse tant de fois celle de la terre a été créé dans le seul but d'éclairer l'homme, qui n'occupe de cette terre qu'une très^petîte partie *. » Celse dans cette thèse se sépare de l'école socratique, mais c'est pour être l'interprète d'une raison plus haute et plus large. Ce n'est pas qu'il n'y ait quelque excès