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Ce dernier livre de Celse a-t-il été écrit après avoir été annoncé ? Origène Tignorait, n'en connaissait que la mention qu'il en avait trouvée à la fin du Discours véritable. Il demandait à Ambroise de le faire cher- •cher, de le lui envoyer s'il le trouvait. On ne sait rien déplus. Il n'y a trace nulle part de cet ouvrage. Il est présumable que Celse ne l'écrivit pas.
Après la mort de Marc-Aurèle, la situation était changée. La paix extérieure avait été achetée : de nouvelles maximes de gouvernement prévalaient à l'intérieur. Les chrétiens jouissaient d'une tolérance relative. Celse laissa au temps plus fort que toute volonté humaine le soin de dégager l'inconnue dans le mystérieux problème des croyances religieuses de l'avenir.
Mais, sans ce dernier mot, le Discours véritable se terminait en sonmie par un appel à l'union.
Cet appel ne fut pas entendu et ne pouvait l'être. Les chrétiens n'admettaient aucune transaction. Convaincus qu'ils possédaient toute la vérité et que le plus grand des crimes est de pactiser avec l'idolâtrie, ils vivaient les oreilles fermées d'avance à tout conseil de rapprochement religieux. La foi enthousiaste répugne aux accommodements équivoques. D'un autre côté les préventions et les haines des païens n'étaient pas moins sourdes. Les politiques, fort indifférents pour le plus grand nombre au fond des choses, ne pouvaient guère accepter que dans cette lutte qui comptait déjà plus d'un siècle, le pouvoir et la loi eussent le dessous. Que pouvait valoir à leurs yeux un compromis qui ne venait pas d'en haut, mais était préparé et proposé par un obscur philosophe, une individualité sans mandat?
Il ne faut pas s'imaginer d'ailleurs que des livres
comme les satires des uns ou les apologies des autres eussent alors un grand retentissement. Les écrits d'ât— =taque ou de défense suscités par le développement:" des idées chrétiennes n'avaient apparemment que for*^ peu d'influence. Les doctes les écrivaient pour leui^ satisfaction personnelle : ils ne convenaient qu'à uicr petit groupe d'esprits réfléchis, et ne se trouvaient guèr^ sans doute que dans les mains de ceux dont le siég^ était fait. La parole vivante parmi les Chrétiens était Imm
grande ouvrière de la polémique et de la prédication
De même les livres comme le Discours véritablcy fortfcrares d'abord, réprouvés comme œuvre de pestilence par ceux des chrétiens qui les avaient eus sous les yeux, sans utilité pour la plupart des païens, qui, dans l'espèce, eussent peut-être trouvé celui-ci un peu tiède, tombèrent bientôt dans Toubli. Quand Ambroise, le pieux ami d'Origène, découvrit un exemplaire du livre de Celse, cet écrit était profondément inconnu dans FÉglise chrétienne.
Dans l'histoire du mouvement des idées religieuses à la fin du second siècle de notre ère, on doit tenir compte assurément de ce monument que nous avons essayé de restituer et de remettre en lumière, mais il ne faut p^s s'exagérer son importance eflective. 11 ne vaut qu'en tant qu'ii atteste un état psychologique au sein du polythéisme militant et lettré.
Le christianisme qui, à ce moment et depuis plus d'un siècle, bravait divers assauts, les fureurs fanatiques des masses, les mépris de l'opinion publique, les poursuites et les condamnations des agents de l'autorité ; le christianisme, qui croissait et fleurissait dans le sang, n'avait rien à craindre et n'eut pas à souffrir des sar-
LA POLÉMIQUE DE CBLSE. 42;i
casmes ni des arguments plus ou moins bien tournés d'un homme d'esprit.
En attaquant les ciirétiens, Gelse témoignait que ces adversaires longtemps dédaignés et réputés jusqu'alors gibier d'amphithéâtre, étaient de ceux qm comptent et avec lesquels il convient de compter.