CHAPITRE VIII
La princesse SyrienDe Julia Domna, femme de Septime Sévère. — Son eerck philosophique. — Gourants d'idées qui y réguaîeut au sujet du ehrisUauisme ^ des chrétiens. — La Vie d'Apollonius de Tyane écrite par Philostrate sortie de ce milieu. — Questions que soulère ce livre étrange. — Analyse rapide de ton contenu. — La vie d'Apollonius de Tyane est-elle une biographie historique*
— Solution négative de la question. — Part de l'histoire et part de l'invention libre dans cette composition. — Rapprochements trop nombreuK pour n'être point voulus entre La Vie d'Apollonius et les livres évangéliques et apostoliques.
— Du type de Damis. — Sources diverses d'où Phiiostrate a tiré les traits de son héros.
Quarante ans environ après la publication du Dûcours véritable, parut un livre étrange : La Vie (f Apollonius de Tyane, composée par Phiiostrate sur la demande et peut-être sur les indications de Fimpératrice Julia Domna,
Jiùia Domna, de race syrienne, fille d'un Bassien, prêtre du Soleil à Émèse, avait captivé Septime-Sévère par sa beauté. On rapporte qu'il Tépousa sur la foi d'un horoscope qui lui avait prédit qu'elle partagerait un trône. C'était une femme de tête et d'esprit. Après le meurtre de Pertinax, la mise aux enchères et Tâchât de l'empire par Didius Julianus, et la double levée de boucliers de Clodius Albinus et de Niger, on peut croire que Julia ne manqua pas à sa fortune et qu'elle ne contribua pas peu à pousser son lùari dans une
Oêlée OÙ la couronne devait être au plus habile. Elle S'arda toujours sur cet énergique soldat un grand as- -€ndant. Plautien, le préfet du prétoire, qui pouvait L-out, ne put rien contre elle et succomba dans le duel qu'il engagea.
Julia se plaisait à la conversation des lettrés, et s'entourait journellement de rhéteurs et de sophistes. De <;e cercle érudit et distingué faisaient partie Philostrate, Dion Cassius, Élien, et les grands jurisconsultes Papinien, Ulpien et Paul. La présence de ces derniers témoigne assez que les pensées sérieuses devaient avoir leur place dans cette Académie de beaux-esprits plus ou moins frivoles. Septime-Sévère venait fréquemment s'y délasser de ses travaux. Julia Domna avait appelé d'Émèse auprès d'elle sa soeur Julia Mœsa et ses deux nièces, filles de cette dernière, Julia Soémias et Julia Mammea, les mères d'Élagabal et d'Alexandre- Sévère. C'est, avec Caracalla, toute la dynastie des Sévère, dynastie de princes syriens, sous le règne desquels, pendant vingt-cinq ans, l'empire parut tomber en quenouille. Il n'est guère douteux que Julia Mœsa et ses deux filles ne fussent admises aux réunions du docte cénacle de l'impératrice régnante, et que les questions religieuses n'y fussent une matière de fréquents entretiens.
Il est naturel de supposer qu'on devait y parler souvent de la religion nouvelle qui, née en Orient, avait fait partout, en dépit des obstacles de toute espèce, une si rapide et si prodigieuse fortune. Nul, à la cour de Sévère, n'ignorait les chrétiens. Depuis l'avénement de Commode, la sévérité traditionnelle s'était sensiblement adoucie pour eux. Dans la province
d'Asie, leur facilité et leur empressement à s'oflBrir au tribunal avaient déconcerté le proconsul*. Nonseulement le successeur de Marc-Aurèle ne les avait pas persécutés, mais Marcia, l'impératrice, s'était montrée sympathique à leur égard. On l'avait vue s'entremettre pour faire renvoyer libres ceux qui avaient été condamnés aux mines. Le chrétien Prosenès avait été chambellan de Commode ^ Le chrétien Proculus faisait partie de la maison de Sévère ^. Caracalla avait eu une chrétienne pour nourrice. On sait que l'empereur Sévère résista en face aux clameurs de la foule demandant le sang des chrétiens ^.
Apparemment, autour de Julia Domna et dans son cercle de lettrés, de philosophes, de jurisconsultes et de femmes savantes, plusieurs courants d'opinions régnaient, si l'on peut dire, au sujet de la secte nouvelle et de la politique à suivre à l'endroit de ses adhérents. Ulpien, qui avait réuni les édits portés contre eux, et ' le groupe des jurisconsultes inclinaient sans doute au maintien strict des anciennes lois et des mesures destinées à défendre le principe d'autorité et à préserver Tordre social tel qu'il avait été compris par les princes les plus amis du bien public. Les rhéteurs, plus indifEé^ rents, moins soucieux de l'avenir, plus philanthropes^ et considérant l'inutilité démontrée des voies de rigueur, penchaient à la politique du laisser-aller. Le scepticisme leur inspirait la tolérance. D'autres, et particulièrement les princesses syriennes, fort libres de