‹ Histoire des persécutions de l'église;Chapitre 257 sur 286 · Vît. Apoll., VJ · texte numérisé non relu

Vît. Apoll., VJ

4oO LES PERSÉCUTIONS DE L'ÉOLISE.

pas qu*il soit épris de la mort au point d'aller se jeter tête baissée sur des épées dressées contre lui. « Oui, il faut mourrir pour la philosophie comme on meurt pour les autels des dieux et pour les murs de la patrie. Mais comment mourir pour anéantir la philosophie ! »

Apollonius leur répond : « Le propre du sage est de mourrir pour sa conscience, dit-il ; qu'on vienne à détruire ce dont il est épris, en vain il se verra menacé du feu et de la hache, rien ne triomphera de sa fermeté. Rien ne lui arrachera le moindre mensonge.... Pour moi je ne cours aucun danger : il n'appartient pas h un tyran de me faire mourir, quand même je voudrais mourir par ses mains. Je ne puis trahir mes amis. Il y a une espèce de tyrannie qui condamne les gens d'avance, et les fait comparaître comme siTarrôt n'était pas déjà porté. Il faut que je combatte pour mes amis... J'ai bu à la coupe de Tantale, et quiconque y a trempé ses lèvres, doit partager le danger de ses amis... Sil'esprit s'est déterminé pour le bien, la conscience accompagne l'innocent avec des chants de joie dans tous les lieux saints. »

Démétrius et Damis sont convaincus. Ce dernier,. auquel Apollonius offre de demeurer avec Démétrius,. proteste qu'il l'accompagnera et partagera ses dangers.

Ils s'embarquèrent à Pouzzoles. Trois jours après^ ils étaient à Rome. Le préfet du prétoire, Élien, était un secret ami d'Apollonius ; il usait de moyens détournés pour lui être utile, alléguant à l'empereur que les sophistes sont gens parlant légèrement, pleins d'ostentation, et comme la vie ne leur offre aucune jouissance^ sont avides de la mort, et l'attirent à eux, en provoquant ceux qui portent le glaive... Les Grecs sont tellement

captivés par ces sophistes que, lorsque Musonius était relégué dans Fîle de Gyare, on venait le voir de toute part, « et maintenant encore, on y va voir la source que ce sophiste découvrit dans cette île, autrefois sans eau ^ »

Élien fait comparaître Apollonius. Le délateur l'accuse d'être un enchanteur et un magigien. Élien renvoie le délateur et prend Apollonius à part, l'assure de ses . bonnes dispositions à son égard, lui dit que l'empereur désire condamner, mais rougirait de le faire sans raison ; lui explique les accusations qui pèsent sur lui : d'être adoré comme un Dieu, d'avoir parlé contre l'empereur, en attestant les dieux, et d'avoir la nuit immolé un enfant arcadien, et que ce grief est le plus grave de tous : il l'engage enfin à ne pas user devant l'empereur d'un langage altier et méprisant : puis il le remet aux geôliers, ordonnant de le laisser avec les prisonniers, qui n'étaient pas enchaînés.

Apollonius, dans la prison, parle aux prisonniers, et comme Damis veut l'en détourner : « Ce sont, dit le sage, ceux qui ont le plus besoin qu'on leur parle et qu'on les réconforte. » Il les entretient, les rassure sur l'avenir, leur annonce d'avance ce qu'il adviendra de leur sort, relève leur courage, leur explique qu'ils n'ont rien à craindre, s'ils sont innocents. Quant il sortit de prison pour venir devant Domitien, tous les regards étaient fixés sur lui, son costume attirait l'attention ; de plus, son air inspirait une sorte d'admiration religieuse, et la pensée qu'il était venu s'exposer pour d'autres lui conciliait ceux-là même qui lui étaient précédemment hostiles.

Page 1