‹ Histoire des persécutions de l'église;Chapitre 266 sur 286 · Luc, vm · texte numérisé non relu

Luc, vm

rendre hommage comme à mi dieu. Apollonius s'y refuse comme avait fait saint Paul.

C'est une vision qui détermine saii^t Paul à passer en Macédoine. C'est aussi une vision qui décide Apollonius à passer en Crète.

Les amis de saint Paul essaient vainement de le détourner d'aller à Jérusalem. De même, les disciples d'Apollonius s'efforcent de vaincre sa résolution de se rendreà Rome, où la philosophie est suspecte et persécutée ; mais leurs efforts sont vains. Comme saint Paul, à Rome même, Apollonius, au moment de son départ pour la capitale de l'empire, est abandonné par 'plusieurs de ses disciples. A Chypre, au commencement de sa carrière apostolique, saint Paul avait converti le proconsul Sergius Paulus, et à Rome, plusieurs de la maison de César : dans cette ville, quoique prisonnier, il recevait tous ceux qui voulaient le voir et parlait avec liberté ; et il parait être sorti vainqueur de son premier interrogatoire. Apollonius à Rome, non prisonnier, il est vrai, mais surveillé, gagne le consul Télésimus, reçoit aussi tous ceux qui le viennent trouver, parle partout avec assurance, et intimide de même le préfet du prétoire Tigellinus, qui le fait comparaître et l'interroge, mais craint de combattre contre un dieu.

A Rome Apollonius ressuscite une jeune fille morte au moment où on la portait au tombeau au milieu des cris et des lamentations. Ce prodige semble calqué trait pour trait sur le miracle de la résurrection de la fille de Jaïre.

La légende fait voyager saint Paul en Espagne après sa comparution et son élargissement et le ramène ensuite vers les provinces d'Asie. Philostrate, après

le premier procès de son héros, à la même époque, le transporte aussi en Espagne et de là en Sicile et en Grèce.

L'auteur de V Apocalypse figure les événements passés et prochains par plusieurs enblèmes étranges et entre autres par la bête à sept têtes et à dix cornes ; Apollonius voit de même la figure des trois règnes éphémères de Galba, d'Othon et de Vitellius, dans le fait monstrueux de la naissance d'un enfant à trois têtes qui vient d'avoir lieu à Syracuse.

Pour ne pas être accusé de forcer les ressemblances et de créer arbitrairement des analogies, nous laissons de côté nombre de paroles et d'actes d'Apollonius depuis son voyage à Alexandrie jusqu'à son retour à Rome comme accusé, à la fin du règne de Domitien.

Il a trouvé son Judas dans Euphrate, son ancien ami. Dénoncé et cité auprès de Domitien, il vient seul et volontairement, tandis que saint Paul avait été conduit à Rome enchaîné, et comme lui s'arrête à Pouzzoles chez son ami Démétrius. Celui-ci joue le rôle d'un chrétien timoré qui se réserve, expose à son ami les griefs qui pèsent sur la philosophie et sur lui, et cherche à l'empêcher de courir à sa perte. Ces accusations sont celles-mêmes qui pesaient sur les chrétiens : il fomente des conspirations, il a immolé un enfant ; il y a des gens qui l'adorent comme un dieu. Une rumeur semblable courait, on le sait, sur le compte de Polycarpe. Et Apollonius répond comme un chrétien qui a soif du martyre : « Fuir ou ne pas se présenter serait trahir sa cause et ses amis. Le devoir est de combattre pour eux. »

Le préfet du prétoire iElianus est un ApolUmien de la

maison de César. Il plaide la cause de son ami secret auprès de TEmpereur. « Ces sophistes, dit-il, sont des fanfarons, la vie ne leur offre aucun plaisir, ils sont avides de la mort et se plaisent à la braver. »

Apollonius en prison y est comme un martyr, plein de foi et de sérénité, consolant et édifiant les autres prisonniers et leur rendant courage. Il a devant Domitien l'attitude que les Actes prêtent à Ignace d'Ântioche devant Trajan. Le prince irrité le fait enchaîner, et comme au Christ, on demande à Apollonius de se soustraire à ses ennemis par un prodige. Apollonius veut demeurer, dit-il, «pour justifier les innocents ; » mais rentré en prison, il montre à Damis qu'il peut, s'il lui plait, se dégager des fers. Puis il renvoie Damis à Pouzzoles, en lui annonçant que dans peu de temps il le reverra : promesse analogue à un mot du Christ dans les Évangiles.

Domitien l'interroge une seconde fois et, sans le condamner, ordonne qu'il soit ramené dans la prison ; mais tout à coup Apollonius disparaît aux yeux du tribunal. Peu d'heures après, Démétrius et Damis étaient à Pouzzoles à s'entretenir de leur maître, conmie les deux Disciples sur la route d'Emmaûs, lorsque Apollonius apparut devant eux. Démétrius doutant, comme saint Thomas, Apollonius, comme Jésus, le convainquit en se faisant toucher la main.

Jésus ressuscité mange avec ses disciples : Apollonius se borne à engager ses amis à manger, et, pour lui il se met sur un lit et se repose. Jésus reste quarante jours avec ses disciples après sa résurrection * ; de même

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