‹ Histoire des persécutions de l'église;Chapitre 268 sur 286 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ClfllCTËRE ET BUT DU LIVRE DE PH

'.a vie d^ipotlOHÎli! dû Tyann n'est ni iine Œu>re d'histoire, si un sim d'esprit, ni un (frit ialiriquc «miogne a La Mort de Pérégrùiui l'Ateieandrc ie Laciso. — Laletanqu'ilcoDlieiil nlloconlK-piïddB » Lucien a prétendu donner dans cet deux jcriii. — L'ipolbeoie et la dltii

La vie d'Apollonius de Tyane est une composition

romanesque bâtie sur un assez maigre fond historique, les faits et les personnages authentiques y sont traités avec la large liberté qu'on accorde aux poètes et aux romanciers. La géographie y est presque toujours de pure fantaisie. Enfin le merveilleux, qui tient dans l'œuvre entière une si grande place, suffit pour classer le livre dans la littérature d'imagination. Les emprunts faits aux livres chrétiens ne sont pas contestables. L'auteur a mêlé et fondu ensemble, et non sans art, des traditions de source, de nature et de valeur diverses- Mais Philostrate eut-il le dessein d'écrire un roman? Ce livre qiii est une fiction pour nous, un tissu

d'aventures indignes de foi et de maximes sages et empreintes parfois d'un profond sentiment de moralité, qu'était-il pour lui? une biographie ordinaire, un acte de foi, et d'effusion religieuse, un livre de commande inspiré par la politique ? Il est assez malaisé de répondre à ces questions. Bien qu'il eût composé son livre d'un mélange de documents, il est possible que Philostrate fût la première dupe de son œuvre, qu'il adorât au fond du cœur l'idole à laquelle il élevait un monument, et se crût réellement le messager et le révélateur de la vérité. Cette vérité, en tout cas — quoi qu'il en pensât au fond du cœur — il la révélait par ordre reçu de l'impératrice, et s'il y avait quelque part acte de foi et satisfaction d'un besoin de conscience, il était seulement chargé de lui donner une expression convenable et appropriée. Il n'était pas nécessaire pour cela qu'il s'y associât intérieurement.

Ce qu'on peut affirmer, croyons-nous, c'est que Philostrate n'écrivit pas sa vie d'Apollonius pour fournir aux contemporains le passe-temps d'une lecture agréable. 11 nous semble qu'un dessein plus profond est caché dans cet ouvrage, et l'a inspiré.

L'imagination et la fantaisie dominent aussi dans les deux écrits de Lucien intitulés : Alexandre ou le Faux prophète et la Mort de Pérégrinus. Mais l'intention satirique y est claire. Lucien y prétend faire la police du sens commun. En prenant conmie types deux individualités contemporaines, qu'il accommode à sa manière, sans trop se soucier de la vérité historique et de l'exactitude littérale, Lucien veut jouer les charlatans, démasquer les imposteurs, de quelque côté qu'ils viennent et de quelque secte qu'ils s'autorisent,

et guérir Textrême crédulité qui lui paraît une maladie du temps. La leçon, quoi qu'elle vaille en elle-même, est évidente.

Philostrate n'est pas dans le même courant d'idées et ne s'est proposé rien de semblable. Sa Vie d'Apollonius n'est pas une satire. Nulle part il ne rit de son héros, et ne le présente de façon à en faire rire. Le ton du livre est grave et convaincu d'un bout à l'autre. Il a même par moment une certaine onction. Le plus souvent du reste l'écrivain s'efface pour laisser faire et laisser dire celui qu'il a mis en scène et qui la remplit. Les faits seuls parlent mieux. Apollonius et ses amis sont là, vivant, discourant, agissant. A peine voit-on l'ombre de la main qui fait mouvoir les personnages. Si Philostrate avait mis à son livre un soustitre, comme Lucien à son Alexandre, on peut croire qu'il eût écrit : Apollonius ou le Vrai prophète. Il s'agit aussi pour Philostrate d'une leçon à donner aux contemporains. Mais cette leçon est justement le contre-pied de celle du sceptique et de l'incrédule philosophe de Samosate. Philostrate, en effet, songe, non à détruire la foi religieuse, mais à l'étendre, àlapurifler et à l'accroître. Dans son livre, pas un mot de persiflage ni de protestation contre les fidèles et les dévots d'Apollonius. Philostrate ne hait que les ennemis de son héros. Il ne s'indigne que contre ceux qui, dans le passé, l'ont considéré comme un magicien. Le Damis dont il refait les mémoires est une bonne pâte d'apôtre, un suivant enthousiaste, qui ne comprend pas toujours, mais qui va les yeux fermés derrière son maître, et veut l'accompagner et le confesser, si Ton peut dire, jusqu'à la mort. Au contraire Méragène qui

avait, en quatre livres, rédigé des souvenirs sur Apollonius, et duquel Origène nous dit qu'il montrait que les philosophes mêmes peuvent se laisser prendre à l'art ou aux artifices des thaumaturges S il n'en tient nul compte, et regarde ses témoignages comme non avenus. A plusieurs reprises il défend ApoUonius de l'accusation de magie. Il le montre et le dépeint comme un être supérieur à l'humanité, inspiré de Dieu et participant de sa puissance, comme un bon génie, qui par la pureté de ses exemples, par la sagesse de ses enseignements et par ses miracles, qui sont tous bienfaisants et salutaires, est digne de l'auréole que l'antiquité reconnaissante décernait à ceux qui avaient bien mérité des hommes. La Vie (T Apollonius j dans la pensée de Julia Domna qui l'a commandée et dans le plan de Philostrate qui l'a écrite, est une œuvre d'édification religieuse. C'est comme la préface et l'anticipation d'une apothéose.

Cette apothéose ne manqua pas. Le livre donnait les considérants. Un décret ne suivit pas, parce que les dieux nouveaux ne se promulguent pas par décret : mais au moment même où le livre s'achevait, les empereurs CaracaUa et Geta élevaient à Tyane un temple en l'honneur d'Apollonius. Pendant que les pierres du monument sacré se dressaient, Philostrate avait été chargé de lui donner une base solide dans les âmes des contemporains et s'acquittait consciencieusement de cette mission de confiance.

Une chose digne de remarque, c'est que l'apparition de La Vie d'Apollonius de Tyane coïncide avecla consé-

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