Dion (ap. Xiphil.), XXII
6. Anliochenses, iEgyptii, Alcxandrini laeessiverant ému eoD?loto«
qu'il avait placé côte à eMe dans son oratoire les statues de ceux qu'il considérait comme les phis grands initiateurs religieux, Abraham, Orphée, Jésus-Christ et Apollonius *. Des princes comme CaracaHa et Ëlagabal n'étaient guère propres sans doute à comprendre et à faire passer dans l'ordre des faits la doctrine philosophique et religieuse de Julia Domna et de Julia Mammea. lis furent cependant, dans une certaine mesure, les instruments inconscients du syncrétisme religieux, et portèrent au pouvoir le souvenir des idées et des inclinations qu'ils devaient à la terre natale et aux influences de Féducation qu'ils avaient reçue, en même temps qu'ils révélaient, par des excès de toute s(Nrte, les traits de leur caractère individuel.
Le syncrétisme religieux, depuis nombre d'années, était à Tétat latent dans beaucoup d'âmes. Il semblait que ce fût le dernier mot de la philosophie d'alors. L'exégèse philosophique appliquée aux anciens mythes^ y conduisait. Les néo-platoniciens n'y r^ugmiient point. Une nouvelle sagesse religieuse s'était fait jour peu à peu, sagesse large et âmnemmenl concUiantey qui se faisait honneur de tout comprendre et de tout admettre complaisamment. WXe ne conseillait la guerre contre aucune religion, ni au n<Mai de l'État, ni au nom de la vérité. Elle prétendait concilier et fondre ensemble, dans une pacifique harmonie, toutes les religions régnantes, et ouvrir aux consciences un panthéon si large, que toutes les croyances, tous les cultes et toutes les cérémonies y pussent trouver j^ace. Tout au plua
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pouvait-on, dans le temple universel des hommes civilisés, instîiller conmie dieu principal celui que Platon appelle le roi du monde visible, le Soleil, le dieu adoré sous tant de noms et de symboles divers en Phrygie, en Syrie et en Egypte, et dont la lumière, en même temps qu'elle est la cause de la vie, est considérée par plusieurs comme le principe de toute connaissance et de toute perfection morale. Il fallait, en effet, que la moralité servit de garantie à la religion.
La Vie d'Apollonius de Tyane par Philostrate nous paraît un monument inspiré par ces idées, le manifeste et, si Ton peut dire, l'Évangile de cette religion universelle rêvée par Julia Domna. C'est de la sorte, et non par goût frivole d'amuser les loisirs des beaux esprits du cercle de l'impératrice, que nous nous expUquons le travail de transformation que Philostrate a fait subir aux maigres éléments historiques qu'il a mis en usage, le soin qu'il a pris de défendre Apollonius de l'accusation de pratiques magiques; enfin la nature particulière de l'idéal religieux qu'il a représenté dans la personne de ce sage pythagoricien, à la fois philosophe et mystique, réformateur des cultes grossiers, hostile aux sacrifices sanglants, infatigable prédicateur d'une morale, dont l'élévation et la pureté ne sont pas contestables. Maints détails du livre, en apparence insignifiants, regardés de ce biais prennent un sens fort clair. Un esprit de paix et de conciliation respire dans l'ouvrage entier et en est l'âme. Lorsque Apollonius se dirigeait ver$ l'Inde, nous dit Philostrate, il trouva, à trente stades en deçà de l'Hyphase, des autels avec ces inscriptions : A mon père Ammon, — A mon frère Hercule. — A Minerve Providence. — ,A Jupiter
Olympien, — Aux Cabires de Samothrace. — Au Soleil Indien, — A Apollon de Delphes, «Il est à croire, ajoute Philostrate, que ces autels furent élevés par Alexandre le Grand, jaloux de marquer ainsi les limites de son empire*. )>
Il est plutôt à croire, bien que la construction d'autels par Alexandre le Grand sur les rives de THyphase ait été rapportée par d'autres historiens, que ces inscriptions, imaginées par Philostrate, et où l'on ne trouve, il est vrai, que des noms de divinités grecques ou orientales, portent avec elles une leçon. La nécessité de la vraisemblance historique empêchait d'y ajouter des noms de divinités romaines qu'Alexandre -le Grand n'avait pas connues. En tout cas, on peut trouver ici un symbole parlant de l'esprit d'union et de conciliation religieuse enseigné dans l'ouvrage entier. Les dieux "omains doivent être inscrits sur les stèles de Philojtrate. On n'en fait pas grand cas en Syrie, mais on ne ^eut pas les exclure. Il suffit qu'ils aient des adorateurs )our mériter d'être admis. On ne veut exclure aucun Heu, ni aucun culte. Celui des Juifs et celui des chrétens seront également inscrits. Élagabal ne voulait-il pis qu'ils eussent leur place dans son temple?
Nous venons ici à un problème très-difficile et trèsdlicat, et qui tient de fort près à la question du caractèe et du but de l'ouvrage de Philostrate, le problème de rapports, s'il y en a, entre La Vie d' Apollonius deTyane et la question chrétienne. S'il y en a? cela rie fait nul doute pour nous. Le nom des chrétiens n'et pas écrit une seule fois dans les huit livres, de