Lucien, De morte Peregrini
Cependant les chrétiens ne s'affirmaient pas seulement en souffrant intrépidement le martyre. Nombre de leurs docteurs, et plusieurs sortis des écoles de la philosophie profane et rompus à la dialectique, avaient pris la plume. Ils s'étaient adressés au pouvoir, à Fopinion, à la conscience publique, n'avaient pas craint de solliciter des enquêtes sur leur vie, que d'infâmes rumeurs essayaient de déshonorer ; avaient discuté les griefs et les imputations courantes ,* et institué euxmêmes des comparaisons facilement victorieuses entre leurs croyances et tous les autres cultes tolérés ; avaient enfin fait fièrement appel à la justice, à la liberté, au droit commun, impudemment violés en leiu'S personnes.
Le siècle n'était pas à la critique. A part Lucien, dont la satire universelle n'épargna aucune religion, il n'y a guère d'esprits forts au second siècle. La foi règne partout dans toutes les couches de la société. Le polythéisme, loin d'être en décomposition, n'a jamais eu plus d'autels et de sanctuaires , ni trouvé dans la philosophie une plus complaisante alliée. La doctrine du Dieu unique, immobile et inaccessible par lui-même, mais gouvernant le monde par une multitude innombrable de puissances subordonnées de divers ordres qui servent de trait d'union entre le ciel et la terre, font office de ministres du Dieu suprême, sont partout les messagers de ses ordres et les organes de ses bienfaits, et lui rendent les vœux, les prières et les actions de grâce des mortels * ; cette doctrine semblait justifier la multiplicité des noms et des attributs divins, expliquer la présence et l'intervention active de Dieu dans les