Lucien, Piscalor
vérité qu'il défend, ni où il la place» La vérité, il b donne en plus d'un endroit comme quelque chosi d'aérien et d'insaisissable. Dans sa guerre universelle; il frappe au hasard le bien et le mal, ce qui est digne de blâme et ce qui mérite le respect. Sa polémique esl purement négative. Son instrument, la raillerie à outrance, n'a jamais rien édifié, et le bon sens indépendant au nom duquel il fait campagne, est circonscrit dans un fort étroit horizon. Il n'a d'autre parti pris, en somme, que de n'en point avoir, d'être exempt de toute passion et dégagé de tout lien. Il est dans la vie, et parmi les hommes, connue au spectacle ^ Il n'y voil que des sots ou des fous, des fourbes ou des dupes, ei dans ces folies et sottises prétendues, non-seulement il ne distingue pas le grain de raison qui sera la sagesse du lendemain, mais il n'a nulle lumière à faire brillei devant les égarés. Il est doué d'un regard pénétrani pour discerner le défaut des opinions ; il ne voit pas s: par quelque côté elles valent d'être louées. Son rire implacable et continu est fin, perçant, mais sans gaieté ni profondeur. Ne reconnaissant de fond à rien, et plus soucieux de beaucoup voir que de bien voir, il ne s'esl pas donné la peine d'aller au delà des surfaces.
S'il incline cependant vers une doctrine, c'est vers lî doctrine épicurienne. Tout au moins, Épicure es! peut-être le seul philosophe dont il ait parlé avec unie espèce d'enthousiasme ; Épicure « dont l'œil perçani découvrait la nature de toutes <îhoses, et qui seul con-
] . Placé ici comme dans un théâtre rempli de spectateurs, Je contemple d'en haut les actions des hommes; les unes m'amusent et nu font rire, les autres m'apprennent à éprouver Ténergie de 'FAmeiihumaine. — Lucien, NigrinuSt 17. — Cf. iùid,, 20.
nut réellement la vérité * » , Épicure, « reimemi acharné des charlatans et des fourbes, le maître de tous ceux qui sont les seuls raisonnables au milieu de la foule des insensés S l'auteur d'une doctrine qui procura à ceux qui la suivent la paix, la sérénité, la liberté intérieure en délivrant leurs âmes des craintes, des fantômes, des prodiges, des vaines espérances et des désirs superflus, pour y substituer Tintelligence et la vérité, et pour les purifier, non pas avec un flambeau, ni par des cérémonies ridicules, mais au moyen de la droite raison , de la vérité et de la franchise ; ^ » Épicure , « philosophe vraiment sacré, génie divin, émancipateiu' des esprits, qui seul a réellement connu ce qui est vrai etl'a transmis à ses disciples ^. » Mais Lucien n'est pas un épicurien fanatique, ni curieux de prosélytisme. Il sait bien que ses satires ne vont pas loin, et qu'elles ne descendent pas dans les masses contemporaines, et il s'excuserait volontiers, si on l'accusait d'impiété, en alléguant son impuissance à éclairer les ignorants, à guérir les superstitieux, à changer les idées communes. « Est-ce donc un si grand mal, écrit-il, que quelques hommes nient les dieux et la Providence? Il y en aura toujours assez d'autres qui penseront le contraire : la plupart des Grecs, la vile multitude et tous les barbares » ^.11 ne savait pas si bien dire pourtant quand il mettait ces paroles dans la bouche de Jupiter s'adressant à la Cour céleste : « Les épicuriens bientôt riront