Fugitivi
LES PHILOSOPHES ET LES CHRÉTIENS. i35
pouvait voir ou entendre dire autour de lui des chrétiens, Tinculture des uns, les prétentions à une philosophie et à une sagesse nouvelles des autres, Thumble condition de la plupart, leur influence ou leur succès auprès des femmes, les rumeurs sur leurs réunions, sur leurs banquets et sur le culte de la tête de l'âne. Cette ignorance chez un écrivain d'une génération postérieure à Fronton, contemporain et ami de 'auteur du Discours véritable, grand voyageur et ^and curieux, qui, en Orient et en Occident, avait ►bservé de près les mœurs et étudié les idées régnantes, !t partout sans doute coudoyé des chrétiens, est peu Taisemblable. Il faut reconnaître cependant que, dans ous les passages que nous avons jusqu'ici relevés, les illusions satiriques aux croyances et aux habitudes hrétiennes sont très-indécises et très-voilées, et que a plupart de ces passages mêmes pourraient se rap- ►orter à des traditions et à des superstitions païennes. Peut-être, à ce propos, en présence de î^ rareté et e l'obscurité de ces allusions, et de l'absence même u nom des chrétiens dans l'œuvre entière de Lucien - hormis le Dialogue intitulé A lexandre, où ils ont n beau rôle, et la Mort de Pérégrinus — pourrait-on upposer des lacunes ou des suppressions ? On sait que 3 Philopatris et le Pérégrinus manquent dans nombre e manuscrits.
En tout cas, et sans appuyer davantage sur cette ypothèse un peu gratuite, nous l'avouons, et à rendre les œuvres de Lucien dans l'état où nous les ossédons aujourd'hui, il ne paraît pas que le sophiste e Samosate ait eu entre les mains aucun des monulents de la littérature sacrée des Juifs, ni aucun des
écrits qui composent le canon des livres chrétiens, ni qu'il eût connu autrement qu'en gros les opinions chrétiennes.
Si le Philopatris devait être tenu pour sorti de la plume de Lucien, cette affirmation serait certainement un peu hasardée. Ce petit traité ne contient point, il est vrai, une critique fort sérieuse du christianisme : on y trouve pourtant des traits qui attestent une connaissance assez précise des allures des fidèles et de leur théologie. Mais cet opuscule, au jugement des meilleurs critiques, ne saurait être attribué à Lucien ^ Il n'est ni du second, ni même du troisième siècle. La raillerie sur les trois en un et sur l'un en trois, sur le Dieu qui habite en haut, le Fils né du Père et l'Esprit qui procède du Père^, sur la prière qui commence par le Père ^, les allusions à la haine des chrétiens contre l'empereur régnant, alors absent et embarrassé dans une guerre lointaine, la prédiction et l'espoir empressé de sa défaite prochaine, l'indication que cette guerre a lieu en Perse, tous ces détails conviennent bien au quatrième siècle, après les débats de Nicée, et particulièrement au règne de l'empereur Julien, et plus spécialement encore au moment où il était engagé dans cette malheureuse expédition au delà des frontières orientales, d'où il ne devait pas revenir (363). Nous n'avons pas à chercher ici l'auteur du Philopatris. Mais il nous paraît que ce serait commettre un grave ana-
t. Voir la dissertât, de J.-M. Gesner, à la Un du dernier volume de l'édit. de Lehmann.
2. T<{^iu.e^ovT0c 6edv, {AS'^av àfxêpootcv cùpavîcAva uibv narpo;, 7rveufi.g( ex irocTpbç Èxiropeuofi.(vcv, ev ex rptuv xat èq êvc; Tpîa tautoc ^6\t.\X,i Osov, Tov ^'•jQ^oO ôeov. ^- Philopatris^ 1 2 .