‹ Histoire des persécutions de l'église;Chapitre 58 sur 286 · Èuyjm «wô irarpô; àp^àuevoç. — Phil · texte numérisé non relu

Èuyjm «wô irarpô; àp^àuevoç. — Phil

chronisme que de nous servir de ce traité dans une étude de la polémique païenne à la fin du deuxième siècle * .

Reste donc le petit livre en forme de lettre sur la mort de Pérégrinus. De plus de soixante-dix traités de Lucien tenus pour authentiques , c'est le seul où il soit fait clairement et explicitement mention des chrétiens. Il importe de s'y arrêter.

Lucien raconte à son ami Cronius^ les aventures variées de la vie du philosophe Pérégrinus et la mort volontaire qui les a couronnées. « 11 avait fait, dit-il, toutes sortes de choses par amour de la gloire, il avait revêtu mille formes différentes, comme Prêtée dont il prenait volontiers le nom. A la fin il s'est changé en feu. Le voilà, Fexcellent homme, converti en charbon conune Empédocle ^ »

Après une jeunesse signalée par des scandales et des méfaits de toute espèce à Parium, sa patrie, Pérégrinus sourdement accusé d'avoir avancé la mort de

1. « Ce ne sont point des songes, mais des réalités, dit un personnage du P/iilopatris, en parlant des prédictions. Tout s'accomplira au mois de Mesori. » Le mois égyptien Mesori correspond au mois d'août. Donc le Dialogue a été écrit quelque temps avant celte date, au printemps peut-être de cette année 363. On sait que Julien fut percé d'un javelot et mourut le 27 juin de cette année môme. L'auteur du Dialogue, liède païen, mais bon patriote, sait l'empereur vivant et ne doute pas de sa victoire. <( C'est assez, dit Critias, que l'empereur vive ; avec lui les riciiesses ne nous manqueront pas, et aucune nation ne pourra nous inspirer de terreur. » — Philops,, 29.

2. Ce nom de Cronius est-il celui d'un personnage réel ou un nom de fantaisie? Il est malaisé de répondre à cette question. Mais le nom de Cronius ne revient nulle part dans Lucien. Fabricius ne connaît d'autre Cronius qu'un pythagoricien ou un platonicien du troisième siècle. — Voir Fabricius, Biblioth, Grœc, édit, Harless, t. I, p. 609, S43, 840; t. III, p. tG9.

3 Lucien, De mort, Peregrini^ 1.

son père, quitta sa ville natale et commença à errer de pays en pays.

Ici nous laissons parler Lucien :

« Ce fut vers cette époque qu'il apprit à fond Fadmirable doctrine des chrétiens, ayant eu conamerce en Palestine avec leurs prêtres et leurs scribes. Que vous dirai-je? Bientôt ceux-ci ne furent que des enfants auprès de lui. Prophète, thiasarque, chef de synagogue, il était tout à lui seul. Il expliquait et interprétait leurs livres ; il en composait lui-même plusieurs de son propre fonds. Aussi ils le considéraient comme un Dieu, le traitaient comme un législateur et le nommaient leur patron. Ils adorent toujours cependant en ce pays ce grand personnage qui fut mis en croix en Palestine, pour avoir introduit ces nouveaux mystères dans le monde * .

Protée ayant donc été arrêté pour ce motif fut mis en prison. Cette persécution ne contribua pas peu à grandir son autorité, pour le reste de sa vie, et à lui valoir la réputation d'opérer des miracles et d'être passionné pour la gloire, ce qu'il ambitionnait par-dessus tout. Du jour qu'il fut dans les fers, les chrétiens, comme frappés d'un deuil public, mirent tout en œuvre pour l'enlever. N'y pouvant parvenir, ils lui rendirent au moins tous les soins possibles, non par acquit de conscience, mais avec un zèle dévoué. Dès le matin, on voyait stationner à la porte de la prison un groupe de vieilles femmes, de veuves et de petits orphelins.

1 . Kal uc dcbv âurbv exitvoi iljpîivto xai v&p.oAcTT) i/^pûvro xxc npo9T«« Ttiv lir^paçov Tov [i.c'^rav •yoôv èwîvov In oeêoufft ràv ôfv6p«7Foy tov i^ rip naXaiarîvip àvamcoXowioôévTa on xaivYiv raÛTihv riXsinnv iiorrfw^vt iiç TOV êiov. — De mort, Pereg,^ 11.

LES PHILOSOPHES ET LES CHRÉTIENS. i39

Les autorités de la secte, après avoir corrompu les geôliers, passaient la nuit auprès de lui. Ensemble ils faisaient là bonne chère, et lisaient leurs livres sacrés ; et l'excellent Pérégrinus — il portait encore ce nom — était appelé par eux le nouveau Socrate*

Bien plus, il y eut des villes d'Asie d'où les chrétiens lui envoyèrent à frais communs des députés pour lui servir d'appuis, d'avocats et de consolateurs. Il est merveilleux en effet, quelle activité ils déploient lorsqu'il s'agit de quelque intérêt qui regarde leur communauté ^ Pour tout dire, en pareil cas, ils n'épargnent rien. Pérégrinus, entre autres, vit lui arriver, sous prétexte de sa prison, de grosses sommes d'argent, et tira de là un fort honnête revenu. Ces malheureux se sont mis en tête qu'ils seront immortels et qu'ils vivront éternellement. C'est pourquoi ils méprisent la mort, et le plus souvent s'y Uvrent d'euxmêmes volontairement. Leur premier législateur leur a persuadé qu'ils sont tous frères les uns des autres, une fois qu'ils ont abandonné et abjuré les dieux des Grecs et qu'ils adorent leur sophiste crucifié et vivent selon ses lois. En conséquence, ils dédaignent également tous les biens et les tiennent pour communs à tous, fidèles à une tradition qui ne repose sur aucune preuve sérieuse. De là vient que, si quelque imposteur, quelque fourbe subtil, sachant tirer parti des choses, se glisse parmi eux, il s'enrichit vite et sans peine, et rit à belles dents de la simplicité de ces pauvres gens.

l^vTjrat <ÎYip.offiov. — De mort, Pereg,^ 13.

Cependant Pérégrinus fut bientôt renvoyé par celui qui gouvernait alors la Syrie, homme qui se piquait de philosophie*. Celui-ci, qui savait notre homme assez fou pour souhaiter la mort par pure gloriole, le fit mettre en liberté, ne jugeant pas même qu'il y eût lieu de le punir. »

Après cela Pérégrinus revient à Parium, y trouve les esprits fort montés contre lui, à cause du meurtre de son père et nombre de gens tout prêts à l'appeler en justice. Il détourna Forage en faisant don à sa ville natale de la fortune paternelle et reprit sa vie errante.

« Il commença donc une seconde tournée, ayant, en guise de gardes du corps et d'utiles pourvoyeurs, une bonne troupe de chrétiens; et, grâce à eux, vivant dans l'abondance de toutes choses. Il fut entretenu de la sorte pendant quelque temps. Mais ensuite, comme il avait violé quelqu'une de leurs prescriptions — on l'avait vu, je crois, manger d'une viande défendue — ils l'exclurent de leur société, et l'homme demeura sans ressources^. » Lucien raconte alors que Pérégrinus, après avoir vainement tenté de rentrer en possession de ses biens, se remit à voyager, visita l'Egypte où il entendit les leçons du philosophe Agathobule, embrassa les principes et la manière de vivre de l'école cynique, se rendit en Italie, séjourna à Rome d'où il se fit chasser à cause de ses violences de langage contre l'empereur, passa de là en Grèce, où il se signala par de nouvelles invectives contre les Romains et

1. iiiQ Toù Tora Suptaç àpx^vTo;, àv^pb; cpiXoaocpîa x*ip&vTOÇ. — De morte Peregrini, 14.

LES PHILOSOPHES ET LES CHRÉTIENS. i4l

contre Hérode-Atticus ; puis voyant qu'on paraissait Toublier, pour réveiller l'attention publique, et donner, comme il pensait, un grand exemple, il annonça aux jeux olympiques qu'il se brûlerait devant tous les yeux, à la solennité suivante. Il le fit en effet, et à la fin des jeux de la 236® olympiade, le i6 juillet de l'an 16S, à vingt stades d'Olympie, il se jeta vivant dans un bûcher allumé de ses mains * .

n y a fort longtemps que l'idée a été émise que lé petit livre de Lucien Sur la Mort de Pérégrinus n'était rien autre chose qu'un roman satirique dirigé contre les martyrs chrétiens en général, et particulièrement contre un personnage de grand renom et de haute autorité dans l'Église d'Asie, soit Ignace, évêque d'x\.ntioche, soit Poly carpe, évêque de Smyrne', qui tous deux, à quarante ans d'intervalle, avaient fini leur vie par le martyre. Dans cette hypothèse, le personnage de Pérégrinus de l'écrit de Lucien serait un mélange de traits empruntés à la vie de ce philosophe et d'autres qui appartiendraient soit à l'histoire d'Ignace, soit à celle de Polycarpe, le tout composé et arrangé à la façon du romancier qui accommode les faits à sa guise, prend avec l'histoire toutes les libertés qu'il lui plaît, et ne connaît d'autre règle que sa fantaisie et son goût. Un peu plus tard Philostrate fit de même de la vie d'Apollonius de Tyane une matière de roman d'édification et de lecture spirituelle à l'usage des païens, non

1. Baur (Drei Âbhandlungen zur Geschichte der allen Philosophie und des Verhaltnisses zum Christenthum, oeu herausgegeben von Dr Edward Zelier, Leipsick, 1876) adopte, p. t32, l'année 158. — Théodore Keim (Celsus* wahres Wort, Zurich, 1873) adopte Fannée 165, la première de la 236" olympiade.

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