‹ Histoire des persécutions de l'église;Chapitre 66 sur 286 · Lucien, Alexand · texte numérisé non relu

Lucien, Alexand

lo6 LES PERSÉCUTIONS DE L'ÉGLISE.

pas, ils ne craignent pas la mort, et souvent viennent la chercher. C'est la singularité qui semble avoir frappé Lucien. Le sublime peut être matière au persiflage. De là ces froides railleries sur la manie de s'évaporer dans Fair, pour monter à la félicité suprême K • Il est difficile de douter que Lucien ait ressenti pour les chrétiens un autre sentiment que le dédain. Ce dédain respire et dans le témoignage qu'on peut citer à l'honneur des chrétiens, et dans les allusions dont il les désigne çà et là. Cependant on ne voit pas qu'il ait distingué entre les religions classées, licites et tolérées, et cette religion réputée déclassée, et qu'il savait être exceptionnellement sous le coup des lois ou du bon plaisir de ceux qui étaient chargés de les appliquer^. Il n'a exprimé nulle part que cette religion fût un danger pour l'État.

L'argument du vrai et du faux, en matière religieuse, on ne voit pas qu'aucun critique païen s'en soit servi ni pour le polythéisme ni contre le christianisme ; et Lucien eût été particulièrement plus empêché qu'un autre de s'en servir. Car la vérité, dont il se déclare parfois le serviteur et le champion, est pour lui-même une divinité fuyante et cachée ' dont nul n'a jamais vu la face. Il fait profession d'ignorer où elle est et ce qu'elle est.

!• ÈaUTOu; è^Atpcdaouai* toDto 'jfàp ttiv xaumv xoXouot. — De mort, Peregrin, 30. — Cf. Ibid. 24.

2. L'élasticité des prescriptions en matière de poursuites contre les ctirétiens semble ressortir du fait même de l'élargissement de Pérégrinus par le légat de Syrie, esprit libre et sans préjugés, nous dit Lucien : àv(^pb; (piXcao^îa x,aîpovToç.

3. 6 iuM^çà ^8 xa( a*jTY] xat* àaa^ ro XÇ^l*-^ ^ kXrfitioi iarv* — Oùx opw "«vriva xal Xê-yei; — Ty,v dbcxXXw'7ri(rrov exsîvirjv oùx àpaç^ tw 'yuu.vYjVjTYiv ÛTrocpgu'^ouaav àel y.aX ^loXioôavouaxv. -—Lucien. Piscator^ IC.

Son incrédulité absolue et affichée lui défendait de plaider la cause des institutions religieuses. Une convenait guère à celui qui attaquait tous les jours tous les dieux de tous les pays, tous les cultes et toutes les cérémonies sacrées, de parler au nom de ces traditions qu'il taxait d'absurdité et d'extravagance.

Son indifférence et son scepticisme en matière de philosophie lui retiraient contre les chrétiens l'argument des convictions raisonnées. Il ne pouvait, lui impie et athée, imputer aux chrétiens comme un crime l'impiété ni l'athéisme.

Esprit cosmopolite, grec d'origine, mais citoyen du monde par goût, sinon par principes, il n'était guère porté à leur reprocher comme d'autres de n'avoir pas de patrie ici-bas et de se désintéresser des soucis et des devoirs de la patrie.

Restait qu'il les raillât conune les derniers venus des superstitieux et les plus entêtés des fanatiques. C'est ce qu'il a fait. Il n'avait l'âme ni assez large ni assez ferme pour s'opposer au torrent de haine déchaîné contre eux de toute part. Il était trop frivole pour s'enquérir et regarder au fond des choses, au delà de l'opinion commune. Il était trop de son temps par la culture de l'esprit, pour pactiser avec des ennemis des Muses ^ trop vide enfin des choses du ciel et trop étranger aux sublimes inquiétudes, pour comprendre la grandeur de la foi et cette forme nouvelle de liberté et d'héroïsme que les martyrs chrétiens enseignaient au monde.

1 . Mtab) «yàp iccà aÙTO; •n^'n rbuç àXa^ovocç à{ftOuaou; ovrocç uirèp rûv Mouatôv à-YavoxTwv. — Lucien. Fugitivi, 22.

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