Keim, op, citât, ^ p
CELSE ET LE DISCOURS VÉRITABLE. i8i
M. Keim, les années extrêmes, quand on recueille et qu'on regarde de près, dans les fragments de Celse, tout ce qui se rapporte aux chrétiens, leur situation intérieure, la croissance et la multiplication des hérésies domestiques, en face de la grande Église ; Marcellina adhérente de Carpocrate, après Valentin etMarcion ; le développement etTusage de la littérature chrétienne, la connaissance déjà répandue de TÉvangile de saint Jean et du type christologique qu'il représente : la situation extérieure, c'est-à-dire Tétat de TÉglise dans l'empire qui ne paraît plus être à ce moment celui qui résultait de Tédit pacifique de Trajan. Jusqu'alors la profession de foi chrétienne était interdite, mais l'État ne poursuivait pas d'office. Ace moment, et d'après la peinture de Celse, la persécution n'est plus passive comme naguère, mais active. Les magistrats n'atten* dent plus les accusateurs. « Le démon des chrétiens, leur fils de Dieu est chassé de la terre et de la mer. »
« Les blasphémateurs des dieux meurent avec le calme et Faudace des criminels ; ou, s'ils s'enfuient et se cachent, lorsqu'on les prend, ils doivent périr. » Les promesses du Très-Haut sont confondues. « Les Juifs au lieu de devenir les maîtres du monde n'ont pas même un pouce de terre et un foyer, et quant à vous autres chrétiens, un ou deux errent encore ça et là en se cachant, mais on les cherche pour leur faire subir la peine capitale. »
De ces derniers passages il résulte en effet, qu'au moment où Celse écrivait les dernières pages de son livre, le système de neutralité et d'inaction recommandé par Trajan à ses agents à l'égard des chrétiens, et suivi pendant quelque temps, avait fait place à une
hostilité décidée, énergique et à une politique résolument agressive... « Or, dit M. Keim, il ne faut en aucune manière confondre les deux périodes du règne de Marc-Aurèle, dont la première contient la persécution de Smyrne 166, et la seconde celle de Lyon 177. La recherche de Polycarpe et son emprisonnement à Smyrne ne fut qu'un cas isolé de la fureur de la populace, et l'effet de la condescendance du légat, lequel relativement aux douze philadelphiens s'attacha à suivre les prescriptions de Trajan*. » Mais au commencement de 177 la situation a changé en Orient et en Occident. En Orient s'élève un multiple cri de détresse. Athénagore, Méliton, Miltiade, Apollinaire, font appel en même temps à la clémence et à la justice des deux empereurs Marc-Aurèle et Commode, « qui ont donné la paix au monde et la guerre aux chrétiens. » Cette dernière expression a toute la précision d'une date, car cette paix extérieure ne fut qu'un répit qui dura du 23 décembre 176 au 3 août 178. En Occident, dans l'été de 177, se place l'épouvantable tragédie de Lyon et l'édit formel envoyé par Marc-Aurèle qui ordonne de punir de mort tous les croyants obstinés et de renvoyer libres ceux qui abjureront.
M. Keim allègue en même temps le fragment de Méliton cité, par Eusèbe, où il est question de nouveaux édits, xaivà ôé^ixa-ca^, des attaques des sycophantes, et des violences inouïes auxquelles les chrétiens sont en butte ; il allègue la seconde lettre de Clément, écrite pour soutenir le courage et fortifier l'espérance des