XII AVANT-PROPOS
tueux des traditions du passé et dont la sagesse antique épurée aux rayons de la nouvelle doctrine aurait fourni les traits. Ce fut un rêve sans lendemain. De là Tair de roman qui reste à cette étrange composition et l'enveloppe comme d'un voile ; de là la difficulté qu'ont eue certains critiques à la prendre au sérieux et à lui faire une place dans l'histoire des idées religieuses.
On sait maintenant l'objet et la matière des études que nous offrons au public. Ceux qui ne mettent pas toute l'histoire dans les aventures de guerre et de politique, qui estiment que le spectacle mouvant des idées et de leur conflit vaut la peine qu'on s'y arrête; ceux surtout qui savent que la lutte dont nous avons esquissé les phases diverses portait la fortune de l'avenir et une civilisation nouvelle y pourront trouver quelque intérêt.
Nous devons le dire, dans ce volume comme dans le précédent, nous n'avons songé qu'à faire œuvre d'historien, et nul n'a le droit d'exiger de nous autre chose que l'impartialité et la bonne foi absolue. Par la pensée, nous sommes descendu en arrière jusqu'à la fin du second siècle de notre ère. Nous nous sommes fait un instant le contem-
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porain de cette époque, le témoin et le rapporteur scrupuleux des idées et des passions qui s'y agitaient. Ce rôle nous a suffi. Nous n'avons pas tenu à prendre parti avec fracas. Assez d'autres se plaisent à jeter la pierre à la civalisation antique, à ses institutions, à ses lois et à ses usages. Nous n'avons goût ni aux invectives ni aux apothéoses également faciles et banales. Il y a quelque orgueil, pour ne rien dire de plus, à condamner ou à absoudre un si lointain passé. Il paraît plus utile de l'étudier et plus malaisé^de le comprendre. C'est à quoi nous avons tâché. Nous racontons une polémique antique ; nous avons essayé de la tirer toute vivante des textes d'Origène où elle dormait, non pour contrister personne, ni pour l'ournir une pâture à ceux qui vivent encore des passions étroites duvoltairianisme, mais uniquement pour tracer le tableau du duel de deux sociétés, pour faire connaître jusque dans son intérieur un temps troublé, plein de fermentations sourdes et d'aspirations mal définies, où ceux mêmes qui défendaient les antiques croyances en avaient perdu la foi naïve, et, par mille inquiétudes secrètes, appartenaient encore plus au parti de l'avenir qu'à celui du passé.