‹ Histoire des persécutions de l'église;Chapitre 81 sur 286 · Keim,o/;. c//., 2C · texte numérisé non relu

Keim,o/;. c//., 2C

ton ne sait pas si les édits dont il parie émanent du pouvoir central ou des autorités de la province. On ne voit pas que dans le môme temps les chrétiens de Rome ou d'Alexandrie aient été persécutés. A Faf&v mation d'une mise hors la loi générale et d'une persécution ordonnée par Marc-Aurèle sur toute la surface de l'empire semble s'opposer le témoignage de Tertullien, qui nomme l'empereur philosophe parmi ceux qni ont non-seulement épargne, mais protégé l'Église.

Il est vrai que l'hypothèse d'une persécution générale Spécialement et rigoureusement ordonnée n*est pas nécessaire à la conclusion de M. Keim. Les violences locales suffisent, surtout si Celse écrivit là où elles avaient lieu, s'il fut témoin de l'émoi universel qu'elles produisaient, de l'héroïsme surexcité des uns, de la fuite des autres, de l'horreur éprouvée par les esprits plus modérés en face de spectacles pareils à ceux que le légat impérial donnait à Lyon et que le proconsul souffrait en Asie Mineure. La distinction de deux systèmes politiques par rapport aux chrétiens sous Marc-Aurèle, l'un qui permit l'exécution des philadelphiens et de Poly carpe à Smyme, l'autre qui provoqua les massacres de Lyon et des violences semblables en Asie, paraît également peu fondée; en premier lieu parce que l'affaire des philadelphiens el de Polycarpe à Smyrne n'eut pas lieu en 166 sous Marc-Aurèle, mais onze ans auparavant, en 1Î55 sous le règne d'Antonin le Pieux ; en second lieu parce qu'on ne voit pas que la persécution de Lyon ait été provoquée par Marc-Aurèle, et qu'on n'a nul droit non plus d'attribuer à de nouveaux édits impériaux les violences de la province d'Asie rapportées par Méliton.

Mais le fait seul importe ici et non le rôle personnel de Marc-Aurèle. Que Fempereur ait ordonné ou seulement laissé faire, qu'il ait en effet décrété des pour-» suites contre les chrétiens et, en cas d'obstination, l'exécution capitale, ou que les autorités provinciales soutenues ou pour mieux dire excitées et enflammées par Topinion commune, aient pris sur elles de poursuivre, de faire arrêter et de frapper les chrétiens de diverses peines, cela revient au même, et suffit pour la thèse de M. Keim. Dans la persécution de ce temps, en effet, le mouvement vient plus souvent d'en bas que d'en haut. L'opinion publique non-seulement est complice du pouvoir qui poursuit, mais elle lux donne le branle. Trajan, en exigeant un accusateur, faisait acte de protection à l'égard des chrétiens. C'était au moins pour eux une garantie de forme et de procédure. Mais bientôt les accusateurs se présentèrent en masse. C'était la foule assemblée dans les cirques qui vociférait et demandait à grands cris le supplice des chrétiens. Vainement Hadrien, Antonin, Marc-Aurèle peut-être, écrivirent que la multitude n'avait pas voix devant la justice, et n'était pas apte à accuser ni à absoudre. Les magistrats avides de popularité cédaient le plus souvent à la poussée de l'opinion et donnaient satisfaction à la foule. D'autre part, quand parmi les chrétiens il s'en trouvait de riches, les coquins se ruaient sur eux, faisaient sonner les édits, les pillaient impunément, et s'ils se plaignaient, les traînaient au tribunal. Toute exécution locale était un exemple et comme une excitation pour les autres pays. Le sang versé à Lyon pouvait être une leçon pour les gouverneurs et les légats de l'Orient.

L'argument de la persécution peut donc être favorable à la thèse de M. Keim, encore que les termes de Celse paraissent indiquer une persécution plus générale et plus formellement ordonnée par le pouvoir que celle qui eut lieu dans les dernières années de Marc- Aurèle. D'un autre côté, il semble que l'invitation à servir l'État et à prendre place dans Tarmée , adressée par Celse aux chrétiens, s'accorde mal avec la légende de la légion fulminante et de la fameuse pluie miraculeuse de l'année 174. Bien qu'elle ne puisse être reçue, cette légende contient au moins ce minimum de vérité, que devant les Quades et les Marcomans, en 1 74, il Y avait un certain nombre de chrétiens dans l'armée. A quel titre et sous quel prétexte s'en seraient-ils retirés deux ou trois ans plus tard? On comprendrait mieux qu'ils eussent hésité à se mêler à la guerre civile qui suivit la mort de Pertinax et eussent tenu à se dérober d'avance à l'accusation de factieux que deux partis sur trois ne pouvaient manquer d'encourir, et de laquelle Tertullien a pris soin en effet de les défendre. Mais il n'y a nulle allusion dans les fragments de Celse à Tétat politique de l'empire à la mort de Pertinax.

C'est surtout par impossibilité de faire concorder les indications historiques contenues dans les textes de Celse avec l'époque de Commode ou de Septime Sévère, que nous nous rangerions à l'opinion émise par M. Keim et adopterions la date qu'il a choisie ou tout au moins une date très-voisine , par exemple, l'intervalle de 176 à 480.

Sous Commode, en effet, les chrétiens, sauf quelques vexations locales, sont laissés en repos. On voit même, grâce à l'entremise de Marcia, ceux d'entre eux qui

avaient été condamnés aux mines {ad metallà), remis en liberté ^ Les Barbares, auxquels on a acheté la paix, ne causent plus ces vives alarmes dont le livre de Celse porte la trace. Commode gouverne seul Tempire. Rentré à Rome avant la fin de Tannée 180, il ne quitte plus sa capitale, s'absorbe dans ses plaisirs, laisse ses généraux subvenir aux nécessités de la défense, n'a nulle besoin qu'on fasse appel pour lui au courage, au patriotisme et à la bonne volonté de tous.

De même nul indice dans ce que nous avons de Celse du désarroi prolongé qui suivit la mort de Commode. Nulle allusion à l'aventure de Didius Julianus, au court passage de Pertinax sur le trône, aux compétitions de Pescenninus Niger, d'Albinus et de Sévère, à la guerre civile qui sévit tour à tour en Orient et en Occident, au triomphe final de Septime Sévère et à ses suites. Ce fut sans doute une triste époque pour l'empire ; mais si Celse l'a connue, c'est apparemment après avoir écrit son Discours véritable, lequel n'en laisse rien deviner. L'empire ne compte aussi deux Augustes qu'à partir de l'année 198, et 1 edit de Sévère qui interdit la propagande ne paraît qu'en 202. Enfin, les Barbares sont tranquilles en fait sur le Danube, et ce mot d'ordre donné, dit-on, à son avènement par Pertinax « combattons, » cet appel à Funion de toutes lésâmes romaines et soucieuses de la civilisation qui semble résonner à la fin du livre de Celse , n'a pas une application aussi immédiate sous le règne de Septime Sévère, qui n'a fait la guerre que dans l'extrême Orient ou dans la Grande- Bretagne.

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