‹ Histoire des persécutions de l'église;Chapitre 88 sur 286 · Origcne, Cont. Cels., I · texte numérisé non relu

Origcne, Cont. Cels., I

». Quiim probi, quiun boni coeunt, quiim pli, quum casli cont-PL*- ?^"Uir, non est factio diccnda, sed curia. — Apologéi.^ 39. ^. Apohgét., 42.

194 lES PERSÉCUTIONS DE L'ÉGLISE.

Nous n'entendons pas dire, en effet, que Tertullien, en écrivant son Apologétique, ait songé à réfuter Touvrage de Celse, ni même qu'il Tait eu souslesyeux. A tout prendre, les deux traités sont trop différents pour qu'on puisse soutenir ou supposer, avec quelque apparence de raison, que le second soit une réponse au premier. Celse n'est rien qu'un philosophe, non indifférent sans doute à la culture romaine , mais aussi exempt de fanatisme religieux que de fanatisme poli^ tique. Il n'a pas pris pour terrain d'attaque la défense des lois et des institutions d'État. Tertullien écrit en jurisconsulte et en revendicateur de la liberté de conscience violée dans la personne des chrétiens.

On pourrait assurément établir quelques rapproche^ ments analogues entre VOctaviiis de Minucius Félix et les fragments de Celse, mais il n'en résulterait pas, croyons-nous, comme M. Keim le prétend, que le Discours véritable ait suivi la composition de VOctaviuSy ni que l'auteur d'un de ces livres se soit servi de Taurtre, vu que ces rapports ne sont ni nombreux ni fort étroits : et en tout cas, on ne saurait guère dire des deux ouvrages, lequel a précédé l'autre. Il y a de même plus d'un passage des apologies de saint Justin, de Tatien, de Méliton et d'Athénagore qui répond à des objections ou à des critiques élevées par Celse. Est-ce à dire que ces écrits aient suivi le Discours véri^ table? Pour saint Justin, au moins, on est assuré du contraire. On ignore si Celse a connu les écrits apologétiques des docteurs chrétiens. Il n'est pas défendu de le supposer! Celse était un esprit curieux, et il se pique quelque part de connaître la doctrine dont il parle, et l'usage qu'il fait de l'Ancien Testament, des

CELSË ET LE DISCOURS VÉRITABLE. <9a

Évangiles, et de certains écrits comme la Controverse de Jason et de Papisqiie et le Dialogue céleste, prouvent en effet qu'il était au courant de ce qui se disait et s'écrivait parmi les chrétiens. Cependant, il n'a cité nulle part aucun de ces plaidoyers dans lesquels ces docteurs revendiquaient les droits de la justice et de la liberté.

Quoi qu'il en soit, le faisceau des arguments exposés par M. Keim garde sa force, et nous adoptons, en Vé-^ îargissant de trois ou quatre ans, la conclusion où il g'ept arrêté. Le Discours véritable nous paraît manifesta" ment écrit entre 176 et 180, dans les derniers tçmp$ du principat partagé des empereurs Marc-Aurèle et Commode, avant la mort connue du premier, et le retour à Rome du second ; et Fauteur est bien le Celse, ami de Lucien, auteur d'un traité contre les magiciens, aU' quel Lucien a adressé l'histoire d'Alexandre d'Abono-* tichos, né comme son ami, sous le règne d'Hadrien, et mort depuis longtemps déjà au moment où Origène entreprend, à la prière d'Ambroise, de réfuter sou livre, rare, oublié ou peu connu en Orient,

La difficulté tirée des opinions philosophiques de Celse n'en est pas une. Origène en l'appelant épicurien, ou suit une tradition que le titre d'ami de Lucien semblait autoriser, ou bien fait en cela seul acte de polémiste, Épicurien, c'est-à-dire athée, ennemi de la Providence, destructeur de toute religion, c'est tout dire : c'est triompher que d'avoir de tels adversaires, et on se re-lève de leurs attaques, comme on se glorifie des vioilences des empereurs qu'on sait avoir été les ennemis jurés des hommes de bien. Dans toutes les discussions, il y a des mots qui semblent tenir lieu de raisons et presque en dispenser. Mais à vrai dire, en face de

i96 LES PERSÉCGTIONà DE L'ÉGLISE.

propositions empreintes du plus pur platonisme, Origène s'arrête incertain, se demandant si Celse ne serait pas seulement un homonyme de Tépicurien, ou s'il n'aurait pas pris pour les intérêts de sa polémique un masque utile, et joué le platonisme pour semettte plus au large, et faire mailleure figure.

Nous l'avons dit déjà, s'il faut classer le libre génie de l'auteur du Discours véritable dans une école philosophique, c'est incontestablement dans l'école platonicienne ; non qu'il participe à la foi positive d'Apulée, l'adorateur enthousiaste de la vierge Isis, ni à la crédulité superstitieuse jusqu'à l'absurde de quelques platoniciens raillés par son ami Lucien ; mais tout en poursuivant les imposteurs et les charlatans, il croit au surnaturel, à l'action de Dieu dans le monde par l'intermédiaire de puissances subordonnées, ou de démons sensibles aux prières, aux offrandes et aux sacrifices, à l'efficacité des actes de piété. Le platonisHi^ paraît chez Celse plus à l'état de tendance et de goû élevé, que de système et de corps de doctrine. On n saurait dire précisément ce qu'il accepte de Platon, c* qu'il en efface et ce qu'il y ajoute. Platon, s'il eût pi reparaître au second siècle de l'ère chrétienne et ai troisième, n'eût pas reconnu comme ses vrais disciplei ceux qui prétendaient l'être. De plusieurs il eût dit ci pu dire le mot même que la tradition prête à Socrate au sujet de quelques-uns de ses enseignements « Que de choses ces jeunes gens me font dire aux quelles je n'ai jamais pensé !» A la faveur du temp et des diverses influences, les doctrines philosophi ques, celles surtout où la pensée du maître a paru hé siter ou varier, se transforment peu à peu : Il ne rest

hientôtplus que certains principes généraux, auxquels se superposent, selon Thumeur, la tournure d'esprit individuelle ou certaines traditions locales, des nouveautés inconnues du fondateur de Fécole. Le drapeau philosophique de Celse est le platonisme, mais il marche si librement sous ce drapeau, que quelquesuns ont voulu voir en lui un épicurien, d'autres un stoïcien, d'autres un éclectique. Ce n'est pas sans fondement. Il est un peu tout cela, mais il est platonicien plus que tout le reste. C'est le fond de son esprit. Des autres doctrines, il n'a pris que ce qui peut s'accorder avec les principes platoniciens, ou s'y ajouter sans les détruire.

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