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se corrompre, et dans la religion nouvelle un secours pour TEmpire ébranlé par Taction combinée de Tincrédulité et de la superstition. Marc Âurèle eût pu être cet empereur, si des préjugés de toute sorte n'avaient obscurci son regard : Méliton et les apologistes grecs s'obstinaient à Tespérer contre toute espérance, et redoublaient leurs appels éloquents et sincères à Téquité , à la philosophie du souverain , pendant que Minucius Félix répondait aux calomnies répandues dans le monde léger de lettrés et de sophistes dont Marc Aurèle était environné (1). Ces calomnies étaient celles qui couraient dans le peuple : les beaux esprits de la cour philosophique de Tempereur les acceptaient toutes faites, sans se soucier d'approfondir. Pour eux.
(1) Depuis les traTaax d'Ëbert [ChHatAalein. Literatur, p. 24 et taiT.]« il ^ été généralemeat admis que Minucius Félix appartient à la dernière moitié du second siècle, soit qu'on le place, a?ec Schwenke, Lightfoot, Schanze, au temps d'Antontn, soit, ce gui est beaucoup plus probable, qu'on le croie contemporain de Marc Aurèle et de Commode. Le chapitre 37 de ÏOciavivs semble contenir une allusion au martyre de Ponticus et de Blandtne sous Marc Aurèle; la manière dont ailleurs il est parlé de Fronton paraît indiquer que ce dernier viTait encore on était mort récemment quand le dialogue fut écrit. Cependant une autre opinion, récemment soutenue, fait descendre YOclavius après Caracalla; Toir Dessau, dans VffermèSy 1880, p. 471; Salmon, art. Minacius Félix, dans le Dict, of christ, biogr,^ t. III, p. 922-924; Massabeiau, dans la Revue de V histoire des Religions, 1887, p. 316-346; Boissier, la Fin du Paganisme, t. I, p. 307; Neumann, Derrôm. Staat und die allgem. Kirche, t. I, p. 241. Le principal argument est U découverte de six inscriptions relatÎTcs à un Gaecilius Natalis, premier magistrat de CirU en 210 [Corp, inscr. lat.,U Vlll, 699G, 7094-7098), dans lequel on reconnaît le Casciltus mis en scène par l'auteur de YOctavius. Mais cette identification n'est pas certaine et le personnage auquel se rapportent les inscriptions de Cirta peut être un descendant de rinterlocuteur du dialogue.
les chrétiens formaient une faction infâme, turbulente, illégale, cherchant les ténèbres, recrutée dans les dernières couches sociales, séduisant les femmes et les enfants, commettant en secret des actes infâmes et des crimes abominables, pratiquant un culte ridicule ou obscène, et, chose extraordinaire, n'ayant pas peur de la mort et croyant à une vie future (1). Ce dédain des chrétiens pour la mort étonnait, scandalisait, agaçait les philosophes et les littérateurs. Épictète, ."Elius Aristide, Galien, en parlent avec une sorte d'irritation (2). Marc Aurèle le supportait aussi avec peine. Incrédule, semble-t-il, aux calomnies vulgaires, caril n'en parle jamais, il n'apercevait des chrétiens que leur facilité à mourir; mais ce trait étrange, que sa philosophie sans croyances ne pouvait expliquer, suffisait à le tourner contre eux. Jamais il ne prêta à leurs suppliques, à leurs mémoires, à leurs livres, même une attention distraite ; il ne parait point avoir entendu tout ce bruit d'apologétique soulevé autour de lui, ou, s'il Tcntendit, il le méprisa, comme un son confus et privé de signification. Une seule fois, dans son carnet de notes, il écrit un mot qui montre sa pensée dédaigneuse et superficielle au sujet des chrétiens. Méditant, dans son camp voisin du Danube, sur la préparation à la mort, il laisse tombercette parole : « Disposition de l'âme toujours prête à se séparer du
(1) Minucius Félix, Octavius, 8, 9.
(2) Arrien, Diss.^ iv, 7; Aristide, Ora^ xlvi; Galien, De puis, diff,, I, 44 -, m, 4.
^ corps, soit pour s'éteindre, soit pour se disperser, soit
r.pour persister. Quand je dis prête, j'entends que
i^^.ee soit par l'efiFet d*un jugement propre, non par
pnire opposition, comme font les chrétiens ((jly; xora
' i)itXfiv icapàxa^tv (î)ç ci y(^p\,(r:\,o^o()] il faut que ce soit un
. mete réfléchi, grave, capable de persuader les autres,
sans mélange de faste tragique (àTpaYcoScDç) (1). »
Un tel jugement n'était pas d'un prince disposé à
prendre au sérieux les doléances des chrétiens et à
&îre cesser la persécution.
Aussi voyons-nous celle-ci plus ardente que jamais, pendant que se poursuit pour et contre les chrétiens ' ce combat d'idées et de paroles dont les apologistes d'une part, d autre part les lettrés de cour que Hinucius Félix personnifie dans Caecilius, et les vrais polémistes comme Celse, sont les champions. « Entendez-vous ces menaces ? dit Caecilius. Voyez-vous ces ~ châtiments, ces tortures, ces croix dressées non pour l'adoration, mais pour le supplice, ces feux que vous annoncez et que vous craignez? Où est ce Dieu qui peut ressusciter les morts, et qui ne peut sauver les vivants (2)? » Le plus redoutable adversaire que l'Évangile ait rencontré dans les premiers siècles, Thomme qui a créé, en quelque sorte, le fonds sur lequel ont vécu depuis lors et vivent encore aqjourd'hui
(1) Marc Aorèle, PenséeSy XI, 3.
(2) Ecce Tobis niinœ, supplicia, tornienta, et Jam non adorandœ aed snbeuodœ cruces; ignés eliam quoa et prsdicitis et timetis : nbi Deoi ille q ai subvenire reyiyiscentiboi potest, TiTenUbas non potest? Minacins Felii, Oclavius, n.
mm Lk ffKKcrntxi dc mamc atièle.
It» •sintïmc» ésL chnsdanisibe. Celae. parie de même. Camçmaant, T«n ITI}. ioa Discourt réricaile, il montre, ivfsc su icceiit de tdfjmphe, les fidèles « traqaés de toot» parte, err&atew ▼agabooAi, recherchés parce fK Toa T^fxt «H tinîr avec eox 1 . • il avait Traiment ia nisMiu i^ parier ainsi : il écrÎTait an fendeniain •le FiÊrxe et sablime tragédie des martvis de Lyon, et à la Teiliie da marrrre de sainte Cécile.
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