‹ Histoire des persécutions pendant les deux premiers sièclesChapitre 7 sur 35 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

Cependant, à la regarder de près, en interrogeant l'ensemble de ses écrits, la pensée politique de l'apologiste africain est très claire : elle s'inspire de ce sentiment de soumission religieuse et d'ardent patriotisme dont se montrent animés les principaux interprètes de la doctrine évangélique aux trois premiers siècles : Tertullien y joint même une sorte d'attachement superstitieux, étrange de la part d'un si ardent chrétien.

Les adorateurs du Christ ont , dit-il , autant que les païens intérêt à la stabilité de l'Empire; car s'il venait à se dissoudre, ils seraient comme les autres entraînés dans sa ruine. Mais un tel désastre ne se produira pas. a L'Empire durera autant que le monde (!)• » Bien plus, la durée du monde dépend de la sienne, a Nous savons que la fin des choses créées, avec les calamités qui doivent en être les avant-coureurs, n'est retardée que par le cours de l'Empire romain (2). t> Aussi les chrétiens prient-ils chaque jour pour l'Empire et pour l'empereur. « Si vous vous persuadez que nous ne prenons aucun intérêt à la vie des Césars, ouvrez nos livres : ils sont la parole de Dieu, nous ne les cachons à personne. Vous y apprendrez qu'il nous est ordonné de pousser la charité jusqu'à prier pour nos persécuteurs.

(1) Tertollien, Ad Scapulam, 1.

(2) ApoL, 32.

INTRODUCTION. xxi

Vous y trouverez cette règle formelle : Priez pour les princes 9 pour les puissances de la terre, afin que vous jouissiez d'une tranquillité complète (1). » Cette règle est fidèlement observée, a Nous, chrétiens, nous invoquons pour le salut des empereurs le Dieu vivant... Les yeux levés au ciel, les mains étendues parce qu'elles sont pures, la tôte nue parce que nous n'avons à rougir de rien, sans formules dictées à l'avance parce que chez nous c'est le cœur qui prie, nous demandons tous pour les empereurs, quels qu'ils soient, une longue vie, un règne tranquille, la sûreté dans le palais, la valeur dans les armées, la fidélité dans le sénat, la vertu dans le peuple, la paix dans le monde, enfin tout ce qu'un homme, tout ce qu'un prince peut désirer (2). Saintement ligués contre Dieu, nous l'assiégeons de nos prières, afin de lui arracher par une violence qui lui est agréable ce que nous demandons. Nous l'invoquons pour les empereurs, pour leurs ministres, pour toutes les puissances, pour l'état présent du siècle, pour la paix, pour l'ajournement de la catastrophe finale (3). ï> Remarquez cette pensée, cette étrange appréhension, identifiant les destinées de l'Empire romain avec celles du

(1) Ibid,, 81.

(2) JbicLy 30.

(3) Ibid., 39.

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