‹ Histoire des persécutions pendant les deux premiers sièclesChapitre 9 sur 35 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

composait la vie antique , les temples, c'est-à-dire l'idolâtrie, avec tous ses accessoires, toutes ses dépendances, avec ses joies impures, ses voluptés cruelles, ses mœurs dépravées, étaient seuls systématiquement délaissés par eux. La question se posait donc sur cet unique terrain : devait-on contraindre les chrétiens, non pas à remplir les devoirs de la vie publique, qu'ils ne refusaient pas, mais à prendre part à un culte contraire à leurs croyances, réprouvé par leur morale? Oui, disaient les païens aux jours où soufflait dans l'Empire un vent de persécution : le culte des dieux romains est le culte même de la patrie; quiconque le repousse se sépare d'elle, devient pour elle un étranger et un ennemi : separatim nemo habessit deos. Dans d'autres temps, les païens raisonnaient d'une manière différente. Ils comprenaient qu'on servit l'État sans servir les dieux. Septime Sévère et Caracalla avaient, par une loi que nous a conservée Ulpien, admis les Juifs à être décurions en les exemptant de toute pratique qui serait contraire à leur culte (1). Une telle exemption ne parait pas avoir, même dans les temps les plus favorables, été accordée expressément aux chrétiens; mais elle Tétait tacitement, et il n'est pas douteux que sous Alexandre, sous Philippe, dans les premières années de Valérien, de Dioclétien, des fidèles

(1) IHgeste, L, i, 3, § 3.

INTRODUCTION. xxxi

aient pu remplir des charges de cour ou gérer des fonctions publiques sans être contraints à des actes d'idolâtrie. Les païens avaient donc, selon les temps, deux manières différentes d'envisager la question chrétienne : tantôt ils décidaient que l'État et rÉglise ne pouvaient coexister, et qu'il fallait contraindre les chrétiens à l'abjuration , ou les exterminer de la surface de TEmpire; tantôt ils admettaient implicitement que la coexistence , ou plutôt Tintime mélange des deux sociétés, n'avait rien d'anormal en principe, rien de périlleux en fait, que les chrétiens étaient des citoyens comme les autres, qu'ils pouvaient tenir, au même litre que les autres, leur place dans les assemblées, dans la milice, dans tous les emplois publics ou privés, et que l'État pouvait agréer leurs services sans les mettre en demeure d'abjurer leur religion. Quand on fait, comme nous l'avons tenté , la statistique des temps où l'Église fut proscrite, et de ceux où elle fut tolérée et même implicitement reconnue par l'État, on constate que, de 64 à 313, les années de persécution et celles de paix se balancent à peu près également : au troisième siècle, les périodes paisibles l'emportent des trois quarts sur les périodes agitées , et l'Église peut opposer soixante-quinze années de tranquillité à vingt-cinq années de lutte. Ces chiffres sont la meilleure réponse aux historiens qui , pour expliquer les persécutions, prétendent que Texis-

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