‹ Histoire des PersesChapitre 10 sur 192 · CHAP. II.— PREM. HABIT. DES CONTREES IRANIENNES · texte numérisé non relu

CHAP. II.— PREM. HABIT. DES CONTREES IRANIENNES

» ils fuient, ils fuient jusqu'aux enfers en bouillonnant » comme le fer en fusion ' . »

Ce ne sont pais seulement les monuments écrits qui conservent ainsi la mémoire des aborig^ènes de l'Asie cen^ traie, il y a encore les œuvres de la sculpture. Les imaginations des premiers peuples blancs, Ghamites, Sémites, Ârtans , avaient été tellement frappées par la laideur de leurs antagonistes, par les formes de ceux-ci, différentes de celles de la race blanche, par leurs vices, par leur résistance emportée et obstinée à la conquête, par les dangers et les péripéties effrayantes de la lutte, que loin d'en rien oublier, ils en exagérèrent continuellement le souvenir. Les fouilles de la Mésopotamie ont mis au jour plusieurs types fantastiques dans lesquels on reconnaît les dyws. La longueur des dents , le prolongement des oreilles, la hauteur de la taille, s'y retrouvent avec les cheveux crépus. Puis vient la débauche de la laideur idéalisée. Ces êtres n'ont plus de visage, mais un museau. Leur férocité est exprimée par une peau tachetée comme celle du tigre, leur bestialité par une queue de lion dont ils se battent les flancs.

Quelques années en çà , un ingénieur français au service de la Perse, M. Sémino, d'origine piémontaise, découvrit dans les ruines de PersépoHs une plaque de cuivre de deux pieds carrés environ , épaisse de trois pouces , sur laquelle deux dyws , exactement semblables au type fourni par les artistes assyriens, sont représentés, gravés en creux, l'un en face de l'autre et dansants. Cette plaque parait avoir été un moule destiné à produire des empreintes en plâtre ou en terre. Le bruit se répandit qu'elle était d'or, et le gouvernement la réclama. Mais quand on se fut bien assuré à Téhéran qu'elle n'avait pas ce mérite , on la mit de côté.

1 SriBOKL, Vendidad, t. I, p. 85.

et elle est aujourd'hui déposée dans la mosquée de Shah- Abd-oul-Azym , voisine de Rey.

On trouve aussi très-fréquemment des cyHndres d'hématite et des intailles , anciennes amulettes , ag^ates , cornalines ou autres, qui représentent des dyws. Ces pierres viennent, les unes des bords du golfe Persique, les autres d'Hamadan, l'ancienne Ecbatane, ou de Rhagès, quelquesunes de Kandahar. J'en ai reçu de Merw. Ainsi cette préoccupation du dyw a existé pendant toute l'antiquité sur la surface entière de l'Iran , aussi bien que dans les pays du Tigre, et le type inventé par les sculpteurs d'Assyrie pour rendre tout à la fois sensible aux yeux la laideur physique et la laideur morale des premiers habitants de ces contrées a constamment été respecté. Je n'y connais guère qu'une exception : c'est une cornaline de mon cabinet, ouvrage de l'époque arsacide, où, sous l'influence du goût hellénique , les dyws sont devenus des demi-satyres. Mais, à part cet exemple, je retrouve des dyws pareils à ceux de l'antiquité araméenne , à ceux de la tablette de Persépolis, à ceux des cylindres et des intailles antiques, et sur les abraxas gnostiques du Bas-Empire, venus des environs de Bagdad, et dans les peintures des manuscrits persans du quatorzième et du quinzième siècle , et enfin dans les lithographies grossières qui accompagnent l'édition de r ft Adjayb-al-MekhIoukat » , Merveilles des choses créées, publiée il y a deux ans à Téhéran.

Par une particularité qui achève de rendre parfaite l'attribution de ces laides ressemblances à la race nègre , les dyws des antiques sont toujours figurés dansants , les jambes pliées , les bras avancés , les mains pendantes , dans l'attitude bestiale que réclament la plupart des danses africaines. Cette convention n'admet pas de variantes essentielles sur les gemmes , et qui a vu une de celles-ci en a vu cent. Les livres anciens avaient parlé de

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