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CHAP. III. — HISTOIRE DES SUCCESS. DE FÉRYDO0N

propre se rattachait. C'est pourquoi elle mettait Cyaxares ou Menoutjehr à la tête d'une liste beaucoup plus long[ue que ne le faisait Hérodote. Elle est ici d'accord avec la tradition persane, et elle'a raison sans doute. La confusion ne peut naître que de la tentative impossible à laquelle se sont livrés les Grecs, et après eux les modernes, de chercher des points de conciliation entre la table d'Hérodote et celle de Ctésias. Ces tables sont toutes deux vraies au fond, mais ne portent pas sur des synchronismes , et, de plus , celle de Ctésias représente à la fois et la ligpfiée des Abtiyans antérieure à Férydoun , et celle des descendants de Menoutjehr antérieure à Cyrus. Les causes de la confusion , pour Hérodote comme pour Ctésias , sont en ceci , que les Babyloniens et les Perses s'efforçaient de présenter comme leur histoire particulière ce qui était celle des nations iraniennes dont ils faisaient désormais partie , mais auxquelles ils n'avaient jamais appartenu sous le rapport ethnique , et dont le passé par conséquent ne présentait pas pour eux un enchaînement bien net.

Quoi qu'il en soit, l'histoire persane dit la vérité quand elle met plusieurs rois entre Menoutjehr et Key-Khosrou ou Cyrus. Les Indiens, tout à l'heure, nous en donneront la preuve.

Noouzer ne débuta pas d'une manière heureuse; il sembla ne pas devoir marcher sur les pas de son glorieux père. Les annalistes persans traitent avec sévérité ses premières années, et Ferdousy intitule rudement un de ses chapitres : « Désertion de Noouzer des mœurs de Menou- » tjehr; Çam le remet dans la droite voie. » Les grands vassaux étaient les tuteurs naturels des princes qui avaient besoin d'être morigénés, et nous allons voir se passer dans l'Iran ce qui arriva chez nous quand les Mérovingiens abâtardis ne soutenant plus l'empire, les héros de la maison d'Austrasie violentèrent à la fois les bras et le

318 LIVRE II. — TROISIÈME FORBfATION DE L*IRAN. sceptre de ces suzerains. On accusa Noouzer de passer sa vie dans la mollesse : manger, dormir, ne rendre justice à personne; insulter de ses emportements les prêtres et les seigneurs, rester invisible à ceux qui avaient ailaire à lui ; se montrer rapace et poursuivre avec tant d'àpreté Targent de ses sujets, que, pour sauver leurs biens, ceuxci durent en grand nombre émigrer hors de ses États, voilà ce que la tradition lui reproche ; et il en fit tant qu'à la fin les guerriers s'insurgèrent , et Tempire fut rempli de tumulte , de cris et de sédition.

Alors le roi prit peur et écrivit à Çam d'accourir à son aide. Celui-ci se trouvait dans le Mazenderan. Il fit battre le tambour en toute hâte, réunit ses hommes, et, doublant les étapes, s'avança à grandes marches du côté de la capitale.

Aussitôt que le bruit de son arrivée se fut répandu, les rebelles s'empressèrent de toutes parts autour de lui, et lui expliquèrent les motifs qui les avaient poussés à l'insurrection. Çam écouta les plaintes et les griefs; mais quand la foule des vassauiC révoltés eut fini de plaider sa cause , il répondit :

« Dieu, qui nous a créés, a établi ce roi; car puisque » Noouzer est de la race souveraine , et qu'il siège sur le » trône, honoré de la ceinture, mon devoir est de mettre » la main à la couronne pour l'affermir sur la royauté. »

Gomme personne ne paraissait convaincu, il continua avec plus de véhémence :

« O seigneurs, qui que vous soyez dans le monde, » est- il possible que quelqu'un de vous ait une telle furie? » Si une faible fille du roi Menoutjehr occupait ce trône » et portait la tiare , je voudrais , moi , n'avoir d'autre » oreiller que la terre de ses pieds , et je la contemplerais » avec un dévouement sans bornes! Quant à Noouzer, » son cœur d 'enfant a déserté la voie où marchait Menou-

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