GHAP. III. — HISTOIRE DES SUCCES. DE FÉRYDOUN
V tjehr; c'est qu'il n'a pas encore beaucoup vécu. L*expé- » rience de la vie lui manque ; il faut lui montrer que ce » qui lui semble aisé et charmant est difficile et dange- » reux. Je me charge de ramener au bien cet ëlu de Dieu » qui s'égare. Je rendrai le monde heureux de sa lumière. » Le sol où Menoutjehr a posé son pied est ma place ; ma » couronne est l'empreinte où le cheval de Noouzer a im- » primé son pas ! Je parlerai ! je conseillerai ! Mes conseils » rendront la fortune favorable. Quant à vous, repentez- » vous de ce qui s'est passé ; rentrez dans une meilleure » route ! »
Les seigneurs cédèrent enfin à la voix de Çam, et se courbèrent sous le devoir. Pour le héros, il- se rendit en hâte auprès du roi , et commença par se prosterner au pied du trône et baiser la terre. Mais aussitôt que Noouzer eut aperçu celui auquel son père mourant l'avait recommandé, il se leva et vint se jeter dans ses bras. Après beaucoup de caresses, le prince écouta ce que le guerrier avait à lui dire :
« Roi , s'écria Çam , tu es tout ce qui nous reste de Féry^ » doun ; songe donc à te montrer tel dans le pouvoir et la » justice, que chacun puisse rendre de toi bon témoi- » gnage. . • Tout homme qui attache son àme aux plaisirs » du monde , les sages le classent parmi les fous. . . Gon- 9 duis-toi ainsi dans cette vie passagère, que tu ne sois » pas déshonoré devant Dieu. Férydoun n'est plus, mais » il nous reste de lui le chemin de la Loi ! Ce qui reste du » misérable Zohak, c'est la malédiction qui pèse sur lui ! »
En donnant ici le récit du poète du Shah-nameh, je me plais à faire observer combien , même dans le détail , Ferdousy a suivi de près la tradition. Il y a sans doute quelques couleurs empruntées à son temps dans le tableau qu'il a tracé. Mais, en somme, ce n'est pas à la cour d'un prince turk du dixième siècle, hardi aventurier, con-
8td LIVRE II. — . TROISIEME FORMATION DE L'IRAN, quérant despotique ëlevé contre la lëgitimitë relig^use des kkalifes, quelepoëte avait pu recueillir ces maximes toutes féodales du respect dû au rang des souverains et du droit qu'ont les vassaux de régenter leur prince* Il ne faisait là que raconter ce que les Dehkans lui avaient appris y nonseulement de l'histoire, mais encore des mœurs du passé, et je ne fais nulle difficulté d'admettre qu'en somme il a bien rendu l'ensemble des rapports de Noouzer avec son puissant vassal.
Noouzer promit ce qu'on lui demandait, et se déclara repentant de sa mauvaise conduite. Il changea complètement ses mœurs, en efFet, et désormais fîit un bon roi. Mais de grands événements se préparaient, auxquels il ne prit personnellement que fort peu de part, sinon pour être constamment battu et constamment tiré d'embarras soit par les Çamides, soit par les Gawides, jusqu'au moment où , fait prisonnier par les Touranys , il eut la tête tranchée, après un règne de sept ans. On peut donc supposer que le regret qu'il éprouva des premiers déportements de sa vie royale ne lui donna ni les talents ni l'énergie que réclamaient les circonstances, et qu'il fut, à peu de chose près , ce que nos anciens chroniqueurs appellent un roi fainéant, c'es^à-dire un roi qui n'était pas digne de l'être.
Le trait capital de ce temps-là, ce furent les guerres contre les peuples du nord. Cette situation se conçoit sans aucune peine. Elle est indiquée par l'ensemble des faits.
Le mouvement même qui, sous Abtyn et sous Férydoun, avait affranchi l'Iran de la domination assyrienne, s'il avait pour justification la nécessité de déliyrer la race pure du joug de ses ennemis et de f^ire revivre l'ancien empire des Djems, avait pour véritable raison d'être, pour cause initiale , la recrudescence de forces manifestée par le monde scythique. Abtyn était allié aux Scythes ,
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Férydoun était leur parent, une partie de ses vassaux étaient des Scythes , et ce fait est parfaitement indiqué par la tradition quand, rattachant Téponyme Tour au sang de Férydoun lui-même , elle le montre entrant , avec son frère l'Iranien et son autre frère TAssyrien , en compétition pourVempire du monde. L'Assyrien, fatigué de ses défaites, épuisé par sa longue domination , n'ayait plus qu'à dormir dans la servitude; les Scythes, au contraire, excités par leurs besoins , leur vie guerrière , les succès de leurs parents, faisaient des efiForts multipliés pour conquérir et régner. De là les guerres qui suivirent la mort de Férydoun , et dont nous venons de voir que Noouzer fut la victime.
Le nom de Tour, qui, à dater de cette époqi^, devient la racine de la dénomination géographique Touran et de son dérivé ethnique Tourany, désignera désormais les Scydies de toutes tribus , l'ensemble .des races turkes , les Mongols, les Tatars, les Chinois, tout ce qui enfin menacera ou envahira l'Iran du côté du nord-est, quelque divers que soient les instincts de ces multitudes, leurs origines , leurs physionomies, leurs rôles. Par conséquent ce mot signifiera « Turk » ou « Tjyny » , qui , suivant le goût des auteurs et les préoccupations des temps , lui seront quelquefois substitués, sans intention chez les annalistes d'indiquer aucune différence de signification. Ce serait d'ailleurs , en ce qui concerne le mot « Turk » , une idée peu rationnelle , car il parait bien que ce n'est qu'une forme du mot original « Tour » , devenu « Tourek » ou « Turk » par une habitude commune à tous les peuples iraniens, qui ajoutaient aussi volontiers un k final à tous les mots, que les Persans modernes im A. Un philologue asiatique attribue l'origine de la langue turke à Aous , fils de « Ter » . Dans l'ancien dialecte, la forme employée était «Tourya» .
Cette dénomination veut dire « ennemi » , et n'emporte avec elle aucune désignation qui se puisse appUquer à