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qu'il soit sage de s'y arrêter beaucoup ; mais parce que le fait de leur existence démontre d'une manière peu réfîitable que, dans l'opinion des peuples, une suite de princes tombés d'abord dans l'obscurité, puis en grande partie dans l'oubli , ont séparé des noms éclatants qu'on ne manque pas de rapprocher indûment les uns des autres , comme Hérodote a fait pour Astyages et Gyrus. Ici les deux séries contrastantes que je viens de citer servent à prouver que la généalogie placée entre Férydoun et Noouzer repose sur un fondement solide , et que plusieurs générations séparent ces princes , puisque ces deux listes existent simultanément pour les familles royales du Touran et de l'Iran avant Noouzer et Afrasyab , qui autrement ne pourraient être considérés conmie contemporains.
Profitant de la faiblesse que le peu de mérite de Noouzer répandait dans l'empire, et lui opposant sa force, Afrasyab résolut la conquête; quand il eut mis à mort le roi d'Iran, il se déclara son héritier, faisant valoir d'ailleurs qu'il descendait de Tour, frère aîné d'Iredj, et se prétendant ainsi plus autorisé dans son droit que ne l'avaient été les fils de Menoutjehr dans le leur.
Entouré de chefs- de guerre dont les poëmes ne firent pas difficulté de célébrer la sagesse et la bravoure , Afrasyab commença par se saisir de l'Hyrcanie ; malgré l'héroïque résistance des Parthes, il força ces derniers à céder , et les rejeta dans les montagnes de Rey. Ensuite il envahit le Mazenderan, et ayant pénétré dans le Taberystan , il s'empara d'Amol , l'ancienne capitale : fort de cette situation qui le rendait maître du centre des Pays purs, il se proclama roi de l'Iran.
Ainsi, après une succession assez longue de princes indigènes allant d'Abtyn à Noouzer, qui ont compté des noms si glorieux que les intermédiaires se sont perdus et eflacés dans leur rayonnement, la monarchie iranienne
s» IJTBE II. — TR0ISIÉ3IE F0R3fATI0y DE L IRA5.
rédamée par les Scythes allait tomber entre leurs maÎDS. Ce qui saura Tempire et lui permit de lutter contre des parents impérieux ^ plus énergiques, mais moins cirilisés, de sang plus pur, mais d'esprit moins aiguisé , ce fat Forganisation féodale du pays. En prenant Amol, Afrasyab n'avait saisi que des murailles de pierre, il ne s*était pas emparé de Fesprit de rie, non pas concentré au cœur, mais répandu dans tous les membres de la conmmnanté. La grande maison des Çamides se roidit contre l'étranger, rejeta ses prétentions, lui refasa l'hommage et le porta à un personnage obscur, Zow ou Zab, issu du sang de Menoutjehr, assurait-on , mais, dans tous les cas, appartenant à la race de Férydoun , et qui surtout avait le mérite d'être Iranien. Ce chef nouveau eut pour principal appui la puissance des grands feudataires , qui l'arrachèrent à son humilité afin de l'opposer à l'invasion étrangère. Zab ou Zow monta donc sur le trône sous la protection et aussi sous l'influence des Seystanys , et Zal ou Zalzer , chef de cette famille , prit en son nom le commandement. Voici la généalogie que le Nasekh-Attevarykh attribue au nouveau monarque :
Menoutjehr. Hywaseb.
Noouzer. Kendjehouberz.
. Maysoun. Tasmasp.
Houmeh. Zow.
Arledyh.
Le Tarykh-è-Fars , qui ne connaît pas Zow , prétend que ce fut un certain Shehryraman, descendu de Menoutjebr, qui fut roi , et il donne ainsi son lignage :
Menoutjehr. . Abtiyan Maysonn.
Noouzer. Shehryraman.
Suivant cette version , Shehryraman , dont il est curieux do voir le père reprendre le nom générique de la race à laquelle Férydoun avait appartenu , aurait été un des sei-
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gneursde la Montagne, probablement arrière-vassal de la couronne, et signalé au choix des Çamides par l'avantage qu'il procurait de faire continuer plus ou moins réellement la lignée royale après l'extinction des branches directes.
Quoi qu'il en soit, l'empire et surtout le Djebel étaient tombés dans une situation déplorable^ La famine épuisait le pays, on ne trouvait plus de pain nulle part, et le peu qu'on en avait venait du dehors, car la guerre faisait tant de ravages que les champs restaient en friche. Une partie des seigneurs étaient prisonniers , les autres se défendaient à grand'peine. Les guerriers de tous les rangs étaient profondément découragés. Le roi Zow, et Zal, le chef des Çamides , réussirent à tenir ferme au milieu de ces désastres , et leur résistance fatigua tellement l'opiniâtreté d'Afrasyab qu'à la fin le roi tourany consentit à traiter.
Suivant le Shah-nameh, on en vint à un accord, par suite duquel le roi Zow reprit possession des territoires compris entre le Djyhoun et la frontière actuelle du Touran, c'est-à-dire toutes les conquêtes d'Afrasyab. A l'est, il recouvra de même la contrée limitrophe du Tjyn et du Khoten , ce qui indique les terres au-dessus de la Bactriane et du Thibet. De son côté, Zal, le Çamide, livra aux Touranys le pays de Rhergah; il fut convenu qu'il n'y aurait pins de la part des Scythes d'incursions dans l'Iran ainsi reconstitué , et que Zow en serait reconnu pour le souverain effectif et légitime.
Sans prétendre discuter la valeur de la tradition, on peut cependant remarquer que le traité qu'analyse Ferdousy répond assez mal à l'état des choses au moment où il fut contracté et à celui des temps qui suivirent. En outre, le poëte ne mentionne aucune victoire des Iraniens contre leurs adversaires; tout au contraire, il s'étend avec tristesse sur leurs misères et leur épuisement. Or, les plus beaux triomphes n'auraient pas obtenu de plus complète
3t8 LIVRE II. ^ TROISIEME FORMATION DE LIRAN.
récompense que prëcisëment les stipulations qui viennent d'être détaillées , et par lesquelles l'empire se serait trouvé reconstitué suivant l'étendue de ses jours de puissance. Enfin , pour dernier trait, il n'est pas dit , et il n'est en effet pas vrai , qu'Afrasyab ait cessé d'avoir sa capitale à Amol. De tout ceci , même en maniant les éléments de Ja légende avec la plus grande discrétion , il serait prudent d'en extraire l'opposé de ce qu'elle affirme, et, vu les illusions ordinaires de l'amour-propre national , de traduire ainsi le texte de la conyention conclue entre l'Iran et le Touran.
Les Iraniens cédèrent définitivement à Afirasyab tout ce que celui-ci avait conquis jusqu'au pied septentrional de TElbourz, c'est-à-dire le pays qui va du Djyboun au Taberystan. Le roi du Touran garda Amol pour capitale, et s'étendit dans l'est , de manière à toucher la frontière des États zawoulys appartenant aux Çamides. Le cœur de la Montagne resta au roi Zow avec les pays situés au sud , jadis occupés par Férydoun et Menoutjehr , Médie , Assyrie moins Babylone, Perside, Susiane, et leurs annexes. Ce qui va suivre démontrera que c'est bien ainsi qu'il faut comprendre les choses.
Zow quitta la Montagne et alla résider dans la Perside. Zal retourna vers le Seystan , siège principal de sa famille. Une prospérité très-grande s'étant rétablie dans toutes les contrées pures, le roi, qui, suivant la parole du poëte, était déjà vieux lorsqu'il avait commencé à régner, et pourtant avait rajeuni le monde, vit arriver, après cinq ans , le terme de son existence : il expira , laissant l'empire désolé de sa perte.
Son fils Rersbasep prit la couronne. Mais il semblerait que le traité conclu avec les Scythes n'avait de valeur que tant que Zow vivait, car Afrasyab reprit les armes et atta* qua le nouveau souverain. Les Indiens se joignirent à lui, et Kersbasep fut réduit à faire face de tous les côtés. Il
CHAP. III. — HISTOIRE DES SUCCESS. DE FÉRYDOUN. 329 véQna neuf ans sans parvenir à apaiser le tumulte des armes ^ soutenu par les Çamides , mais suffisant à peine à sa lourde tftche. Au moment de sa mort, sa famille s'éteignit avec lui, et l'Iran, n'ayant plus à porter sur le trônis aucun prince du sang de Menoutjehr, tomba dans une confusion qui réduisit encore le peu .de moyens qu'on avait eus jusque-là de soutenir les assauts désespérés des Scythes.
J'ai suivi la tradition conservée par Ferdousy, en donnant Kershasep pour le fils de son prédécesseur. D'autres écrivains ne reconnaissent ce prince que pour son neveu ; il aurait eu pour père un frère de Zow nommé Keshtasèp , qui ne fîit pas appelé au titane.
Avec ces rois de descendance un peu incertaine se termine la lignée arbitrairement conçue des souverains commençant à Keyoumers , et comprenant la série étrangère des Zohakides. C'est ce que les écrivains orientaux appellent les « Pyshdadians », ou « monarques primitifs « .
A ceux qui vont suivre et qui se succèdent jusqu'à l'avénement d'Alexandre, on a donné la qualification également vague de « Rayanyans », ou « les Rois » . Une telle classification n'engage à rien, et je ne la cite que pour mémoire; car si elle ne trouble pas l'exposé des faits, elle n'y jette non plus aucune lumière. Je ne pense pas même qu'on soit fondé à lui accorder une valeur chronologique, et c'est ce que j'ai établi déjà en quelques occasions.
Cependant Afrasyab et les Scythes saccageaient l'Iran • L'interrègne eût certainement porté un coup mortel à l'empire et l'eût fait tomber en dissolution , s'il se fiit prolongé. Les Çamides, dont la puissance' avait jusque^à soutenu un édifice si attaqué et si chancelant , comprirent la nécessité de mettre fin à cet état critique ; Zal s'attacha activement à trouver un candidat qui pût être présenté comme possesseur de la qualité suprême à laquelle on
pouvait espérer rallier l'amour et le dévouement des Iraniens f c'est-à-dire qui fût issu du sang des rois : il le découvrit là seulement où devait exister un tel personnage, c'est-à-dire dans l'Elbourz.
Je dis que ce fut Zal qui le fit connaître ; mais , en réalité , ce fut son fils , Roustem , qui le rencontra dans les solitudes de la Montagne et l'amena à son père. Il fut immédiatement reconnu, proclamé et intronisé. Il s'appelait Key-Gobad , ou suivant le Tjehar-è-Tjemen , Key-Ghobad ; c'est le nom que les Grecs ont écrit Gomatas. Un mobed se porta garant de sa descendance véritable et authentique de Férydoun ; tout ce qui était Iranien s'attacha à lui pour faire face aux Scythes. Mais les affaires étaient si mauvaises que le nouveau roi , ne pouvant sans doute se maintenir dans l'Elbourz inondé par les envahisseurs , se transporta dans les provinces du sud , fit de la Perside le centre de l'empire, et choisit pour capitale Istakhar, que nous nommons Persépolis. Ainsi, les Perses étaient appelés à jouer désormais le premier rôle dans les affaires de l'Iran.
L'intérêt considérable de cette transformation de la nationalité iranienne a naturellement porté les annalistes à s'enquérir des ancêtres directs de Key-Gobad. La plupart ne remontent pas plus haut que ^ son père, Shenseg. Mais le Nasekh - Attevarykh donne une série plus longue, et rattache le nouveau roi et sa dynastie à Noouzer de la façon suivante :
Noouzer. Da^L
Mansou. Key-Gobad.
Nourkan.
Ce système n'offre aucune vraisemblance , car si Key- Gobad avait pu réellement se relier à Noouzer , la découverte qu'on avait faite de sa personne aurait été moins laborieuse, et Ferdousy surtout ne manquerait pas de lui faire honneur de sa parenté directe avec un prince aussi connu.