‹ Histoire des PersesChapitre 116 sur 192 · NAISSANCE ET JEUNESSE DE GTRUS · texte numérisé non relu

NAISSANCE ET JEUNESSE DE GTRUS

Le bruit de ce grand nom traverse les siècles porte par les ondes de l'histoire , et cependant les souvenirs conservés de rhomme qui l'illustra sont peu de chose. On le cite , sans crainte d'être démenti, parmi les cinq ou six héros, de grandeur incomparable, conducteurs de l'humanité; mais si l'on demande ce qu'il a réellement été, ce que réellement il a fiiit , les réponses sont courtes et peu claires. De vives lueurs, des lumières étincelantes et diffuses, l'aveuglement de la splendeur, étonnent les yeux ; au fait, peu de clarté. Beaucoup de légendes, beaucoup de traditions contradictoires , l'ennuyeux roman de Xénophon , des anecdotes éparses dans les auteurs grecs, s'offrent en foule à l'esprit; mais si on les dédaigne, il ne reste rien que les traces presque efEacées de conquêtes médiocres. Ce n'est pas assez pour justifier une gloire pareille.

Néanmoins, il n'est pas douteux que le règne de Gyrus marque dans les annales de l'Asie le commencement d'une ère nouvelle; il ne l'est pas non plus que l'impression produite par les ac^ de ce souverain a été si forte que rien ne la détruira jamais. Si les annales positives sont peu instruites sur son compte, cet oubli , cette pénurie doivent tenir à des causes toutes particulières; mais incontestablement leur silence est impuissant, et le sera toujours, à

rabaisser le monarque que la voix des siècles n'aurait pas élevé sans raison aussi haut qu elle Ta fait, qu'elle le fait encore, et qu'elle le fera. Il est donc absolument indispensable, pour être ici historique et vrai, de ramasser, de réunir, de condenser, de s'efforcer de comprendre tout ce qui a qjté dit sur Cyrus dans l'histoire positive, dans les documents sacrés des Hébreux, dans les légendes orientales de toutes provenances. L'esprit du lecteur pourra admettre ou rejeter à son gré ce qui lui paraîtra vraisemblable ou décidément faux. Mais , en somme , il concevra mieux, de ma fidélité à tout rapporter, la hauteur de l'image qui se dresse devant lui, et cette conception sera déjà plus exacte que s'il ne trouvait ici qu'une ombre mesquine et petitement circonscrite d'une si immense renommée.

On connaît le récit d'Hérodote. Il a pris pour guidés quelques Perses qui ont moins cherché, dit l'historien, à relever les exploits de Cyrus qu'à écrire la vérité , et bien qu'Hérodote n'ignore pas que trois autres systèmes existent encore, outre celui qu'il adopte , sur ce qui concerne son héros, il passe outre.

Il a raison sous un certain rapport, car il veut conclure ; il veut rabaisser Cyrus ; la gloire de ce grand novateur ne lui plaît pas, il prend la version la plus rapprochée de l'exactitude, pense-t-il. Nous pouvons bien supposer, sans l'offenser, que ce n'est pas la moins éloignée du dénigrement. Il suffit, dans tous les cas, qu'il reconnaisse l'existence simultanée de trois autres traditions, pour nous autoriser à croire que parmi celles que nous allons citer après la sienne , on en pourra considérer quelqu'une comme tout aussi authentique ou du moins tout aussi ancienne , et partant aussi respectable.

Il rapporte donc qu'Astyages, étant roi des Mèdes , rêva une nuit que sa fille Mandane urinait en si grande abon-

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