CHAPITRE I«'. — NAISSANCE ET JEUNESSE DE CYRUS
deroun. En vain celui-ci, aussi prudent que brave, s'efforça-t-il de résister à une pareille contrainte, il lui fallut obéir : peu de temps se passa sans que la favorite lui Ùt entendre des paroles très-claires et qui donnaient raison à ses répugnances. Il résista avec indignation. Soudabèii, irritée contre cet Hippolyte, se conduisit comme la Phèdre des Hellènes , et Kaous , croyant ouvrir les yeux et venger un crime irrémissible, aurait immédiatement fait périr son fils , si la loi et l'usage ne Teussent contraint de soumettre avant tout l'accusatrice et l'inculpé à l'épreuve du feu.
Un bûcher énorme fut préparé, allumé en présence des grands et du peuple. Souddbeh se présenta la première pour traverser les flammes; mais sa conscience troublée éveilla la peur, et elle refusa d'avancer. Syawekhsh, au contraire, fort de son innocence, entra d'un pas ferme dans le foyer brûlant, et, couvert d'applaudissements, fut embrassé par son père repentant et convaincu. Roustem , absolu dans ses idées de justice, tua la calomniatrice sur la place.
Mais la bonne harmonie ne se maintint pas longtemps entre le jeune homme et le roi. Les Turks, conduits par Afrasyab , avaient fait une invasion dans l'Iran. Chargé de les repousser , Syawekhsh leur coupa la retraite ; il allait leur livrer bataille dans des conditions qui lui assuraient la victoire , quand le monarque tourany ofirit de restituer son butin et, ajoute le Heya-el-Molook , de rendre en même temps les places et les districts dont il s'était emparé, si son adversaire consentait à lui laisser opérer sa retraite. Cent otages devaient répondre de la bonne foi d'Afrasyab.
Syawekhsh accepta ces propositions. Mais Kaous les rejeta; il donna l'ordre à son fils de rompre la trêve et de poursuivre le Scythe. Syawekhsh, pensant que
son honneur roblig[eait de garder sa parole, remit le commandement de l'armëe à Toous, puis, ayant rendu la liberté aux otages, il passa la frontière et se rendit auprès d'Afrasyab.
Il fut reçu en hôte royal. Le souverain des Turks lui donna même sa fille Fërenghys en mariage , et pour dot de vastes provinces. Mais la méfiance apparut bientôt entre le beau-père et le gendre ; le premier, méprisant les sages conseils de son ministre Pyran Wyj, ou Pyran le Pur, finit par foire assassiner celui qui lui avait sauvé la vie , et commanda de garder à vue la veuve du mort et le fils issu de leur imion. Cet enfant s'appelait Khosrou : nous voilà en présence du jetine Gyrus.
Cependant Kaous , aussi violent et aussi peu conséquent qu'Astyages, s'était repenti de ce qu'il avait fait, et il aurait voulu revoir son fils. En apprenant la triste fin de celui-ci , il éprouva un violent chagrin , et il chargea Gyw, fils de Gouderz le Gawide, de lui ramener au moins Fé* renghys et Khosrou , tout ce qui restait de celui qu'il avait perdu pour jamais.
Gyw partit en chevalier errant , et pendant sept années pleines il chercha la demeure de Férenghys et de Khosrou sans pouvoir la découvrir. Il parcourut la Scythie entière , s'infbrmant, regardant, attendant, et il désespérait, quand un jour, au traversé d'une vaste plaine, il aperçut un jeune garçon qui chassait les bétes fauves.
Il le reconnut aussitôt, tant il ressemblait au malheureux Syawekhsh. Il l'aborda, lui parla, lui dit son propre nom, lui raconta l'histoire de sa naissance, le repentir et les désirs de son aïeul, et Khosrou, subitement enflammé à l'idée de voir l'Iran et de venger son père, conduisit le brave cavalier à Férenghys, avec laquelle il fut immédiatement convenu qu'on partirait sans retard.
Les fugitifs fîirent poursuivis. Ils accomplirent des