CHAPITRE I«'. — NAISSANCE ET JEUNESSE DE CYRUS
exploits diynes d'eux, et arrivèrent enfin sains et saufs dans les bras du roi Kaous, qui les combla de tendresse et à sa mort laissa le trône de Tlran à Rhosrou , au détriment de Fériberz, son second fils. Mais celui-ci, loin d'être offensé de cette préférence , ne témoig^na pendant toute sa vie que le plus entier dévouement à son neveu.
Cette version de l'enfance de Cyrus, telle que le Shahnameh la donne, a été adoptée par les bistoriens en prose, comme Hafez Abrou, Tébéry, Maçoudy et leurs copistes, Myrkhond en tète. On doit donc la considérer conrnie faisant à peu près loi dans l'Orient actuel, et cela depuis de lonjfs siècles. Hamza-Isfahany, écrivant d'après les relations très-anciennes d'Ibn-el-Mogaffa et du Khodaynameh, ne la contredit pas. Il reconnaît aussi Khosrou ou Gyrus pour le petit-fils et non le fils du roi Kaous ou Gambyse, et appelle son père Syawekhsb, à l'exemple des auteurs dont nous venons de voir l'énumération. Ainsi il est certain qu'à la fin du rè(pie des Sassanides c'était la tradition la plus courante au sujet de Gyrus. Gependant ce n'était pas la seule, et nous allons maintenant en présenter une autre qui à différents genres de mérite ajoute celui de se rapprocber beaucoup plus que celle que nous venons de suivre de différents points du récit d'Hérodote. Je l'emprunte au Koush-nameh.
Ge livre m'a déjà fourni d'inestimables matériaux et va m'en donner de non moins précieux. Je n'en ai cependant pas encore assez parlé pour sa valeur intrinsèque, et aussi pour son extrême rareté. Autant que je puis me le rappeler, n'ayant pas le texte sous les yeux, le Koush-nameh a été cité par Hadjy-Khalfti. Je ne sais s'il en existe un exemplaire dans aucune bibliothèque de l'Europe, mais je suis certain qu'en Perse il est à peu })rès inconnu. Des hommes très-savants, que je consultai
TJM. I. S3
354 LlVllE III. — QUATRIÈME FORMATION DE L'IRAN.
à Téhéran à ce sujet, n'étaient pas sûrs de ne pas avoir entendu parler de cet ouvrage ou lu son titre , mais ils étaient persuadés aussi de ne l'avoir jamais vu. Je le découvris B Tabryz entre les mains d'un Juif, et lorsqu'on sut que je le possédais, on me demanda de toutes parts de le céder, et, sur mon refus, de le laisser copier. J'avoue que je commis la mauvaise action de ne pas me prêter à cette demande, qui, en multipliant les exemplaires d'un manuscrit si rare, aurait servi à assurer sa conservation , en même temps qu'elle en eût répandu la connaissance. Mon excuse doit se trouver en ceci , qu'en laissant sortir l'ouvrage de mes mains je ne me trouvais pas assez convaincu de l'y voir jamais rentrer.
Mon manuscrit est un des plus beaux que j'aie jamais vus. Il contient quatre poèmes, dont les trois premiers sont d'un grand mérite et peu communs : l*" le Kershasepnameh, d'Asedy; V le Djenghyz - nameh , d'Ahmedy; 3* le Bahman-^nameh , d'Azery; enfin 4" le Koush-nameh. Il est écrit sur ce gros papier de soie, épais comme du parchemin , qu'on nomme papier de Kambalow, et qui ne se fabrique plus nulle part en Asie avec le même degré de perfection ; ce papier est jaune nankin , d'un grain serré et si fin qu'il est naturellement lustré , et que la plume de roseau y court sans peine. L'écriture, une espèce de neskhy très-fin , en est admirablement lisible d'un bout à l'autre du volume, et sa perfection ne faibht pas une fois. Partout où il y a lieu , le d final est toujours pointé , marque ordinaire des manuscrits anciens écrits avec élégance. Les quatre poèmes sont ornés chacun d'une page de titre faisant frontispice , peinte avec l'amour le plus minutieux et le mieux inspiré. Il est impossible de voir plus de goût, un goût plus grand et plus sévère. Des miniatures sont répandues dans. les textes. Elles sont exécutées avec une finesse excessive, et, tant par le caractère des têtes que