CHAPITRE I*'. — NAISSANCE ET JEUNESSE DE CYRUS
par le style , rappellent beaucoup l'inspiratièn mongole formëe à l'école des peintres chinois.
Parmi les sceaux de plusieurs propriétaires successifs, dont l'empreinte noire charge çà et là les feuillets , on en distingue un principal dont l'encre ordinaire n'a pas reproduit les caractères; c'est en encre d'or qu'il est appliqué : une fois sur la première page du Bahmannameh , et neuf autres fois à différents endroits. Gomme l'encre d'or est de sa nature liquide et ne se prête pas bien à l'usage qu'on en a voulu faire cette fois, aucune des empreintes n'est parfaitement réussie. Cependant, en les comparant les unes aux autres, on parvient sans trop depeine à compléter la phrase arabe suivante, qui remplit tout le champ du cachet :
ft Qu'il soit bien dirigé et changé (dans le sens des per- » fections de la foi ) ! Que Dieu perpétue son bien-être , ses » biens et son empire ! »
Ainsi c'est d'un souverain qu'il s'agit, ce que l'encre d'or indiquait, du reste, déjà; c'est pour un souverain que ce. volume de quatre poèmes héroïques a été écrit, et on peut aisément penser que le personnage royal y tenait, puisqu'il l'a timbré dix fois de son sceau. Le nom du prince en question manque; tnais peut-être allonsnous pouvoir le trouver.
Sur la feuille de garde du manuscrit , une main inconnue a écrit :
«. Le livre intitulé Koush-nameh est d'Azery. »
Azery est déjà connu comme auteur du Bahmannameh ; il appartient à ce groupe de poètes éminents en tête desquels brille Ferdousy, et il ne lui cède guère en mérite. Mais je ne crois pas que le Koush-nameh puisse hii être adjugé. Yakout pensait et a écrit quelque part que l'auteur de cet admirable ouvrage est Koutran-Ibn-Mansour-EdjIy, et qu'il a composé son livre pour Mohammed ,-
fils de Tëmir Komadj, prince de Balkb. Bien que l'ouvrage lui-même n'en dise rien et soit simplement adressé à un prince qualifié de « Shahin-shah , roi des rois , souverain du monde, égal à Férydoun en sagesse, à Alexandre par la profondeur de ses desseins, à Keyoumers par Téclat du nom , à Menoutjehr par la beauté» , etc. , cette merveille du siècle n'est nommée nulle part dans le cours du volume de son vrai et propre nom. A la fin seulement, on trouve cette formule :
« Ce livre a été terminé par la faveur du souverain » Bienfaiteur, dans le mois fortuné de sefer, sous le sceau » de sa perfection , de son accomplissement et de sa réus- » site, dans l'année 800, par la main du serviteur débile » et misérable sur qui soit la miséricorde de son Seigneur, » le Dieu tout-puissant, Mohammed, fils de Sayd, fils » d'Abdallah le lecteur , que Dieu le sauve et donne V force a ses parents et à tous les fidèles, hommes et » femmes !» *
Ainsi le manuscrit est du quatorzième siècle de notre ère , et si l'ouvrage a été écrit pour un prince de Baikh , la copie que je possède en a été faite pour un souverain qui ne saurait être qu'un Seldjoukide. Gomme à cette époque cette puissante maison était partagée en plusieurs branches, je n'essayerai pas de rechercher à qui des chefs de la famille a pu appartenir mon volume , et je me bornerai à me rattacher à peu près à l'opinion de Yakout. C'est à la fin du onzième ou au commencement du douzième siècle que le livre a été rédigé, sous le gouvernement d'un des sultans issus de Seldjouk , soit Melek-Shah , soit Mohammed, car l'ouvrage est dédié non pas à un prince, mais à un roi régnant, ainsi qu'on l'a vu. Quoi qu'il en soit, c'est de cet ouvrage important, traité comme tel, reproduit avec une juste magnificence, que je vais tirer ce qui va suivre sur la jeunesse de Cyrus.