‹ Histoire des PersesChapitre 123 sur 192 · CHAPITRE I«'. — NAISSANCE ET JEUNESSE DE CYRUS. 35T · texte numérisé non relu

CHAPITRE I«'. — NAISSANCE ET JEUNESSE DE CYRUS. 35T

Le poëte a résumé d'une manière forl extraordinaire dans la personne de son héros Koush tout ce qu'il a pu trouver de grandes individualités historiques, et il en a formé une figure unique, terrible, mais incomparable. Il n'existe rien de plus immense que cette étrange conception. Si l'auteur a pris pour base de la statue gigantesque qu'il a voulu élever un métal fourni par les matériaux de l'histoire de l'éponyme Koush, père antique des Nemrods, il a façonné le tout sur le personnage de Cyrus , dont les traits principaux servent de grandes lignes , et il ne s'est pas refusé à y joindre ce qu'il savait de Cambyse, le fils insensé mais grandiose du conquérant, sans rejeter non plus beaucoup de Hnéaments empruntés à la physionomie tourmentée des plus effrénés Séleucides. Koutran - Ibn- Mansour savait évidemment beaucoup en histoire , et si les documents qui lui ont servi provenaient, comme il l'assure à plusieurs reprises, des manuscrits d'un Dehkan guèbre , il est à jamais regrettable que ces monuments du passé ne soient pas venus jusqu'à nous. Ils nous auraient appris un monde de choses que nous ignorerons toujours. Quant à l'œuvre de Koutran, c'est un résumé, c'est un choix sans doute; mais il semble pourtant qu'il a plus mêlé que travesti et déplacé que mutilé. Il exagère et la taille des héros , et le nombre de leurs conquêtes , et l'étendue inouKe de leurs expéditions; il présente un tableau énorme, souvent magnifique , étincelant de couleurs ; mais le tout est composé de parties qui sont restées assez reconnaissables , et qu'on ne trouve pas , heureusement, si bien fondues les unes dans les autres qu'on ne puisse les détacher et les rétablir une ù une à leur véritable place dans un état de pureté assez complet.

Il n'est pas invraisemblable qu'une certaine facilité qui se présente pour confondre le nom de Cyrus ou Khosrou avec celui de Koush ait paru suffisante pour justifier l'iden*

tification des deux personnages , surtout quand on prend garde que l'esprit qui l'opérait ëtait déjà décidé à la faire.

Le père de Koush , Koush-Héfëran , frère de Zohak , roi du Khawer et souverain d'Hamadan (il ne faut pas ici s'efPrayer des difficultés de synchronisme) , enleva un jour , dans une expédition contre les dyws , une fille d'une beauté sans pareille, dont il s'éprit et qu'il confia aux gardiens de son harem.

Au bout d'un an, l'esclave accoucha d'un fils; mais ce fils, par sa forme épouvantable, remplit d'horreur l'àme de son père. Il avait des dents énormes et proéminentes , des oreilles larges et tombantes, le poil et les cheveux rouges , et ce qui peut-être était pis que tout cela , il avait les yeux bleus. Les populations sémitiques ou sémitisées professent pour cette particularité une répugnance marquée, et un pareil trait a toujours été considéré parmi elles comme le signe infaillible d'une incurable perversité. Ainsi Kédar , un des meurtriers de la chamelle du prophète Saieh, avait les yeux bleus. « jKédar, qui était «bâtard, dit le Rouzet-Essefa , qui avait les yeux bleus , » qui était de petite taille, et qui était un brouillon. » On ne peut voir là qu'une impression produite sur les nations de l'Asie antérieure par les Ariaus-Scy thés , conquérants redoutés.

Aussitôt que Héféran eut contemplé le monstre qui s'offrait à sa paternité : « Malheureuse , dit-il à la mère , y un homme et une femme enfantent un être humain; M mais ton fils est une créature d'Ahriman. »

Ayant ainsi parlé, il tira son sabre et abattit la tête de sa maîtresse. Une sorte de pitié l'arrêta au moment où il allait traiter l'enfant de la même manière. Il le cacha d'abord à tous les yeux, puis l'envoya pour être exposé aux bêtes dans une forêt voisine des montagnes de Tlran.

Par hasard, le roi Abtyn vint chasser en ces mêmes

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