‹ Histoire des PersesChapitre 124 sur 192 · CHAPITRE l'r. — NAISSANCE ET JEUNESSE DE CYRUS · texte numérisé non relu

CHAPITRE l'r. — NAISSANCE ET JEUNESSE DE CYRUS

lieux. Il entendit des cris aig^us qui l*étonnèrent, se dirigea du côté d'où ils partaient, et trouva Tenfant monstrueux étendu sur Tb^rbe au pied d'un arbre et souffrant de la faim. Surpris d'une pareille rencontre, Abtyn ordonna à ses serviteurs de ramasser Tavorton , qu'il emporta chez lui. Là on plaça le petit Koush devant ^es chiens, et les chiens s'enfuirent en hurlant; on le mit en face d'un lion, et le lion n'osa pas le toucher ; on le posa sur le feu , et le feu ne le brûla pas ; on le frappa d'une épée , et l'épée ne put lui nuire.

Après toutes ces épreuves, on ne savait qu'en faire. Alors, malgré la crainte qu'il inspirait, la femme du roi Abtyn, une première femme qui n'était pas Férareng, touchée de son abandon , sentit naître en elle de la com* passion pour cet être aussi malheureux qu'horrible , et demanda qu'on lui en fit présent, en déclarant qu'elle voulait l'élever et le traiter avec affection.

Abtyn se refusa à ce désir, ne le trouvant ni naturel ni juste, et ne concevant pas quel bien d'abord pouvait résulter de la conservation d'un si hideux prodige. Mais, enfin , la reine ayant persisté , l'emporta sur les résistances de son époux, et l'enfant lui fut remis.

A sept ans, il se montra plein de force et d'intelligence; à neuf, il tirait de l'arc mieux que personne; toujours prêt à battre les autres garçons , il ne se plaisait que dans les querelles. Chacun le craignait, et on l'appelait a le dyw » .

A dix ans, il était devenu un grand chasseur; mais il ne s'attaquait qu'aux lions et aux panthères.

A quinze ans, c'était un guerrier irrésistible. Si aucun oiseau n'échappait à sa flèche, aucun dragon n'échappait à son épée.

Comme il était encore tout jeune, il avait un précepteur. Mais la f^ocité de son caractère ne se signalait pas

moins contre ce maître que contre ses compagnons de jeu , et celui-ci , poussa à bout , vint un jour se plaindre à Abtyn, qui lui répondit simplement : « Prends sa tête, c'est un M fils de dyw; il est pervers et incorrigible. »

Cette menace ne fut pas exécutée; mais tout à coup Taversion universelle qu'inspirait Koush se changea en adoDÛration et en amour quand on l'eut vu combattre dans les rangs des Iraniens contre les Mèdes usurpateurs. Pas de défaite là où il était. A chaque rencontre , il forçait les guerriers d'Héféran à plier honteusement; il les massacrait par centaines, et il tua même, sans le connaître, son propre frère Ny waseb , seul fils que le roi d'Hamadan eût auprès de lui. On a vu en son lieu que la légende connaît aussi un autre Nywaseb, qu'elle donne non pour fils, mais pour père à Héféran.

La fortune des Iraniens se relevait, grâce au secours de Koush, et celle des Zohakides était si subitement et si profondément humiliée que ceux-ci ne comprenaient pas d'où leur venaient tant de défaites.

Enfin le bruit circula parmi eux que depuis peu de temps on voyait à la tête de leurs adversaires un jeune homm'e d'une forme effrayante, et que c'était ce nouveau venu qui causait tout le mal. Héféran averti trouva dans ses souvenirs l'explication des récits qui lui étaient faits. Il reconnut le fils de la dyw, le sien, et voulut l'attirer près de lui. Un homme adroit fut envoyé secrètement auprès de Koush-Pyldendan , de Koush « aux dents d'éléphant » ; il lui révéla le secret de sa naissance, lui offrit tous les charmes d'une vie de splendeur dans le palais d'Hamadan, en échange de l'existence rude et misérable qu'il menait auprès d'un roi de proscrits, et fit briller à ses yeux la perspective de l'héritage d'un trône auguste.

Koush n'hésita pas. Il quitta le camp iranien pendant Ja nuit, et comme le fils d'Abtyn, Sewar, qui l'aimait ten-

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