‹ Histoire des PersesChapitre 126 sur 192 · CHAPITRE !•'. — NAISSANCE ET JEUNESSE DE CYRUS · texte numérisé non relu

CHAPITRE !•'. — NAISSANCE ET JEUNESSE DE CYRUS

dane, il n'avait aucun droit a la couronne, car son père n'était qu'un homme tellement inférieur par le peuple auquel il appartenait , qu'il ne valait pas même un Mède de condition commune.

Quant au caractère moral , les deux légendes sont d'accord : Gyrus était impérieux, violent, brutal; Hérodote, plus modéré que Koutran, n'en fait pas à la vérité un Rssussin , mais il s'en faut de peu. Il lui donne la superbe et la rigidité impitoyable qu'un Grec pouvait considérer comme la condition essentielle de la tyrannie.

Cette façon de voir disparait absolument chez Ferdousy et les auteurs de sa suite, pour faire place à l'ensemble des vertus les plus séduisantes,, les plus pures, les plus chevaleresques, chez Syawekhsh et chez son fils Khosrou. Xià, de l'héroïsme à cœur joie ; là, rien qui ne soit beati , noble, élevé. Le caractère est aussi raffiné dans le bien que le cœur dans l'intrépidité. Il y a certainement une cause à cette différence si radicale dans le point de vue et dans les jugements portés sur un si grand prince que le fiit Gyrus.

Gette cause est apparente, et la voici. La Médie avait cessé depuis des siècles de jouer vis-à-vis de l'Iran le rôle prédoDDÛnant. Bien qu'elle n'eût exercé jadis cette suprématie qu'au nom de la puissance assyrienne, elle avait été de fîiit souveraine des pays purs, et il lui avait fallu se déshabituer de cette position éminente pour en prendre une tout à fait subalterne vis-à-vis de ses anciens vaincus. Mais du moins, dans sa nouvelle situation, elle avait dépendu des grands rois de l'est, des successeurs de Férydoun ou des princes iraniens qui avaient successivement occupé le trône, et sous la dynastie de même sang, maîtresse d'Ecbatane après les fîeudataires zohakides, sous les seigneurs du sang de Nestouh , elle avait continué à se considérer justement comme la supérieure, comme la su-

zeraine de cette petite province de Perside dont jusque-là aucune gloire ne s'était approchée , et qui avait toujours occupé dans la biéitirchie de Tempire comme dans ses annales la situation la plus subalterne. Même sous les derniers grands rois, personnages, on peut le craindre, un peu élus au hasard sous l'influence des grands vassaux de l'est, les Çamides, la Médie n'avait pas eu à souffrir dans son orgueil provincial. Avec Cyrus tout changeait. Il lui fallait reconnaître l'omnipotence non-seulement d'une famille jusqu'alors sujette de ses princes, mais d'un groupe de tribus dont les Mèdes n'avaient jamais encore songé à foire cas. Elle devenait vassale de ses vassaux, non plus seulement vassale de l'empire, mais vassale de ses propres sujets, des vavasseurs des anciens grands rois. Évidemment l'orgueil mède devait être révolté, et de là cette haine avouée pour Cyrus, cette manie de dénigrement qui s'attache à tout ce qui le touche , cet acharnement à le représenter comme un métis, comme un homme qui n'est pas Mède, dont le père, prince peut-être, n'était pourtant pas comparable au moindre des descendants directs d'Astyages, et, avec un degré d'exagération de plus, comme à une sorte de demi-homme où la nature bestiale du nègre dominait, comme un méchant dans toute la force du terme. La tradition suivie par Hérodote est bien médique, on le sait;.celle dont Koutran s'est inspiré a été incontestablement prise au même endroit; on l'induit sans peine de la richesse de renseignements que l'auteur du Koushnameh possède sur Ecbatane et tout le pays aux environs, et sur la prédilection avec laquelle il fait tourner tous les événements de l'histoire qu'il raconte autour de ce centre. Il est infiniment moins instruit sur l'est de l'Iran.

Ainsi donc, c'est l'orgueil blessé de la race médique qui nous a transmis la conception injurieuse pour Gynis dont les Grecs nous ont fait hériter, et que jusqu'ici nous

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