CHAPITRE IV. — ACTION DE CYRUS SUR LIRAN
disparu , et s'attacha avec un soin spécial à relever l'agriculture ; c'était entrer tout à fait dans l'ordre d'idées de ses sujets et donner protection à ce qu'ils estimaient davantage. Il appuya l 'effet de ses mesures, de ses ordres, de ses conseils , en distribuant là où il le fallait l'argent de son trésor, et il eut la satisfaction de voir l'Iran sortir de ses ruines, reprendre une physionomie animée, vivante, joyeuse, que depuis longues années les contrées de la Loi pure avaient presque entièrement perdue.
La perpétuité d'une œuvre si considérable et si nécessaire, son maintien même pendant la durée de la vie de Gynis dépendaient essentiellement de ce.fait : il fallait repousser définitivement les Arians-Scythes au delà des frontières septentrionales , et leur imprimer la conviction solide que de l'isthme caucasien au pied de l'Hindou-Kouh il n'y avait pas de passage qui ne leur ffit à jamais fermé. Â moins d'un pareil succès, tout effort d'amélioration était nécessairement faible et temporaire. Le Shah-nameh, auquel j'emprunte les faits et les détails que je consigne ici , est à cet égard aussi explicite que le pourrait être un historien moderne. Il explique avec une précision qui égale sa vivacité de couleurs, que l'invasion scythique, toujours imminente, maintenait l'Iran sur le bord de l'abtme; que Khosrou-Gyrus apprécia ce mal dans toute sa profondeur; qu'il le fit toucher du doigt à l'assemblée de ses feudataires, et qu'après avoir montré et prouvé le besoin d'en finir avec une puissance si menaçante, si démesurément forte , si résolue à ne rien ménager, à ne respecter aucune loi, à ne se tenir dans aucune mesure, à s'abandonner à tous les excès, à mettre sous ses pieds toutes les forces qu'elle jugeait utile d'anéantir, il conclut à la nécessité de lui faire une guerre inexorable» et de mettre cette affaire avant toutes celles que l'Iran pourrait estimer les plus nécessaires.
*W LIVRE m. — QUATRIÈME FORMATION DE L'IRAN.
Il obtint un assentiment {général. Les chefs applaudirent à ses projets, et s'engagèrent à les soutenir de leur mieux. Les Seystanys dans Test, les Gawides dans le nordouest , les Parthes au nord , les tribus du Khoraçan et celles qui se groupaient autour de la mer de Khawer, grands et petits, tous se déclarèrent prêts à suivre Rhosrou dans Tentreprise vitale qu*il leur proposait, et à fermer à jamais Taccès de l'empire pur, du Vara , du pays de Pehlou, aux Arians-Scythes et à leurs invasions. Le Grand Roi apportait pour sa part dans l'ensemble des ressources qu'il faudrait réunir à cette occasion bien plus qu'aucun de ses glorieux prédécesseurs n'aurait pu donner; il avait les hommes et les contributions de son arrière-fief de Susiane , ce que pouvait fournir le domaine de son père , la Perside , et les énormes ressources de ses récentes conquêtes, la Médie, l'Assyrie, la Lydie, la Babylonie, et leurs annexes, domaines désormais directs de sa couronne.
Cyrus, pour assurer le succès d'une levée si importante, ouvrit ses trésors , et ne réserva rien de ce qu'il possédait. Les troupeaux de chevaux , partie importante de ses richesses, furent amenés au camp et servirent h monter les cavaliers. C'étaient des étalons et des juments d'une parfaite beauté, appartenant sans doute pour la plupart à cette race sacrée qui excitait à un si haut degré l'admiration des Grecs, et pour lesquels les Iraniens et les Scythes surtout éprouvaient une affection qui prenait la forme du respect religieux.
Il fit rassembler les vêtements de prix entassés dans les magasins impériaux, et les distribua dans le camp. Il consigna les valeurs d'or et d'argent de ses coffres dans la caisse militaire, donnant ainsi un exemple d'abnégation d'autant plus mémorable aux yeux des Asiatiques qu'il a été moins imité par leurs souverains successifs. Enfin il