CHAPITRE V. — GÉNÉALOGIE DES FEUDATAIRES
lé beau-^ère qu*aime Gyrus ; pourquoi il est écouté dans ses conseils absurdes par un homme de la cour, qui pouvait bien prévoir la juste vengeance de la reine; pourquoi cet eunuque va ensuite chercher le cadavre dans le désert ; pourquoi enfin un seigneur aussi puissant qu'OEbaras, que protège la parole du souverain, se résout de lui-même à une mort lente et inutilement cruelle , afin d'éviter ce qui ne pouvait guère être pire. Il n'a fallu rien moins que la tendance à la niaiserie dont l'imagination grecque est si souvent entachée y pour comprendre et reproduire de la sorte un récit que nous allons maiiîte» nant lire dans le Shah-nameh avec un tout autre caractère et une tout autre portée.
Un jour que Gyrus était dans son palais avec Gouderz, fils de Keshwad , et les deux fils de ce héros , Gyw et Feriiad, Gourgyn, fils de Mylad, le seigneur de Bey, Shapour, Kherad , Toous et Bijen , et qu'assis dans un riche pavillon au milieu des arbres et des fleurs du jardin , il s'occupait à boire et à causer, des Arméniens habitant la firontière vinrent se plaindre en pleurant que leurs champs étaient ravagés depuis quelque temps par un sanglier énorme, qui fouillait de ses défenses monstrueuses la terre cultivée, déracinait les arbres et causait les plus grands dommages. Il n'est pas sans intérêt de comparer cette réclamation adressée à des héros par des paysans, avec l'histoire du sangUer de Galydon et celle non moins inté* ressante de la mort du fils de Grésus à la chasse du mont Olympe.
Gyrus, ému de pitié, engagea ses hâros à entreprendre la destruction du monstre. Il mit à cet exploit un prix âevé, promettant de donner au vainqueur, à celui qui lui rapporterait la hure de la bête , une table d'or enchâssée de pierreries, et dix chevaux harnachés d'or et d'étoffes syriennes.
486 LIVRE m. — QUATRIÈME FORMATIOBI DE L'IRAN.
Bijed , brûlant de jeunesse et de témérité , se leva aussitôt et demanda à accomplir l'aventure. En vain son père, Gyw, chercha- t-il a s'opposer à sa résolution, le jugeant encore trop jeune et trop inexpérimenté, il persista dans son dire, et Gyrus, charmé de le voir si vaillant, prit son parti contre Gyw, l'encouragea, et séchant que le jeune homme ne connaissait pas les chemins de l'Arménie, il ordonna à Gourghyn, fils de Mylad, de lui servir de guide et d'ami , et de le soutenir au besoin.
Mais Goui^hyn, blessé du rôle inférieur qui lui était assigné dans cette affaire , ne se montra nullement disposé à prêter son secours à Bijen , et quand celui-ci , arrivé dans la forêt où le sanglier avait sa bauge , voulut prendre des dispositions communes avec son compagnon, il Jui déclara que puisque à lui seul étaient promises les brillantes récompenses dont Gyrus avait parlé , à lui seul aussi de* valent revenir toute la peine et tout le danger. Bijen, piqué de cette réponse , laissa Gourghyn et pénétra seul dans le bois , où , attaqué bientôt par la bête énorme qu'il venait chercher, et dont la stature, les défenses, les yeux ardents, la force sauvage et la brutalité terrible eussent effirayé plus d'un guerrier de valeur, il réussit à l'abattre après un dur combat, lui trancha la tête pour la porter en trophée au roi de l'Iran, et laissa le corps sur la terre nue.
Gependant Gourghyn avait quitté la forêt, dans les profondeurs de laquelle il avait vu disparaître le jeune chevalier. Il espérait bien que jamais celui-ci n'en sortirait, et qu'il périrait victime de sa témérité. Mais en songeant aussi que l'abandon où lui, Gourghyn, avait laissé eon frère d'armes, deviendrait la honte et le désespoir du coupable, si jamais on pouvait savoir la vérité, il crai'gnait, et son cœur se remplissait de doute et de chagrin. Son regret fut donc égal à sa colère quand il vit repa-